Les deux principaux marchés publics d'Ottawa, au marché By et Parkdale, sont en difficulté.

Marché By: des commerçants lancent un cri du coeur

Il est minuit moins une dans le marché By pour les Jardins Rochon, qui y vend des légumes depuis 55 ans.
Pour le propriétaire de l'entreprise familiale, l'option de faire une croix définitive sur cet iconique secteur commercial est sérieusement envisagée, si le vent ne tourne pas pour de bon. 
Gérard Rochon fait partie de ceux qui sont venus lancer un cri du coeur aux élus de la Ville d'Ottawa mardi, alors qu'un pas de plus vers la revitalisation et un nouveau modèle de gouvernance des marchés By et Parkdale a été franchi, lors de la réunion du Comité des finances et du développement économique.
« Mes ventes baissent au point où je me demande si ça vaut la peine de rester. Ça pourrait être en 2018 ou en 2019, mais d'ici cinq ans, on va tirer la plogue. Nous ne sommes pas là juste pour user nos vieux pantalons, il faut vivre nous aussi. [...] Le marché est en déclin, les gens tombent un par un », se désole le producteur maraîcher de l'Est ontarien. 
Pour M. Rochon, qui espère ne pas avoir à mettre sa menace à exécution, ce n'est pas le prix de location des kiosques qui pose problème. L'un des principaux irritants, à ses yeux, c'est qu'il y a trop de revendeurs qui font des affaires dans les marchés publics de la capitale. À l'époque de son père, la ferme pouvait vendre ses produits uniquement au marché By. Aujourd'hui, la situation est complètement différente. 
« Quand tu es obligé de faire huit marchés pour survivre, ça veut tout dire », explique-t-il. 
Avec la nouvelle stratégie commerciale envisagée, Gérard Rochon veut bien donner la chance au coureur, mais qu'on se le tienne pour dit : beaucoup de travail est à faire pour redorer le blason du marché By. « Voulez-vous qu'on devienne un Costco extérieur ? Que voulez-vous sur le marché ? Voulez-vous des aliments à bon marché pour les gens comme l'offrent déjà des chaînes comme Food Basics, Loblaws, Metro ? Ou vous souhaitez avoir des producteurs qui offrent des produits que les gens savent d'où ils viennent et comment ils ont été produits ? [...] Il y a un mouvement pour le produit local. Les gens veulent acheter des producteurs, que ce soit des légumes, de l'artisanat, des fleurs, etc », plaide-t-il. 
D'abord et avant tout, le principal défi qui se dressera devant le nouveau comité de gouvernance des marchés sera de séduire les résidents d'Ottawa et les convaincre de venir faire quelques emplettes au grand air, estime le producteur maraîcher.
« Maintenant, ce ne sont que des touristes. Et un touriste n'achètera pas une douzaine de blés d'Inde et un chou-fleur pour les apporter dans sa valise. Le résident, lui, va en acheter », lance-t-il, ajoutant du même coup que le stationnement est aussi une problématique dans le marché By. 
En affaires depuis deux décennies, le propriétaire de Le Moulin de Provence, Claude Bonnet, croit qu'il est temps de donner un sérieux coup de barre. 
Dans son cas, les ventes ont chuté de 25 % depuis six mois. 
« Ça fait des années que je le dis. On nous demande d'attirer plus de clientèle, mais aucun effort n'est fait pour nous aider. Il faut adopter un nouveau modèle de gestion, avec une organisation à but non lucratif. Par contre, il faudra aussi revoir les loyers à la baisse. Moi, je paie 500 000 $ en loyer et en électricité par an, et je n'ai pas payé personne encore. Il faut vraiment y croire, quand on vend des gâteaux et des baguettes de pain. [...] La vision à long terme doit être revue afin d'inciter les gens à revenir dans le marché. Il y a un effet domino : depuis que les vendeurs de fruits et légumes sont moins présents, ça nous fait mal », mentionne l'homme d'affaires.
Un modèle éprouvé
Confrontés à une baisse de vitalité marquée depuis quelques années, les marchés By et Parkdale pourraient bien voir leur visage changer dès janvier 2018. 
La Ville d'Ottawa a donné son feu vert mardi à la mise sur pied du conseil d'administration du nouvel organisme externe qui chapeautera ces deux importants marchés publics.  
Parmi les trois options qui étaient à l'étude ces derniers mois, c'est la création d'une société de services municipaux devant fournir des services spéciaux de gestion et de leadership qui a été recommandé par le personnel municipal. Un modèle similaire, considéré comme innovateur, a fait ses preuves dans plusieurs villes dont Montréal, Hamilton et London.
Ce nouveau processus, exempt de la lourde réglementation actuelle qui agace bon nombre de commerçants, a entre autres pour but d'augmenter le nombre de marchands, la diversité des produits et l'achalandage, et par le fait même, les ventes.
Le conseiller municipal Mathieu Fleury croit que l'avenue empruntée est la bonne. 
«Au marché Jean-Talon à Montréal, par exemple, l'affluence a explosé ces dernières années. Les gens recherchent des produits frais et locaux. Ce sont des zones uniques», affirme-t-il, nullement surpris des revendications des marchands.
Selon l'élu, la nouvelle administration, qui devra nommer une direction générale en juillet, aura certes beaucoup de pain sur la planche, mais au final, tout le monde en sortira gagnant.