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Geneviève Mollema et Rachelle Lecours veulent que la Ville d’Ottawa protège le boisé de la rue Nantes.
Geneviève Mollema et Rachelle Lecours veulent que la Ville d’Ottawa protège le boisé de la rue Nantes.

Lutte pour la protection d’un boisé à Ottawa

Julien Paquette
Julien Paquette
Le Droit
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Des résidents d’Avalon se battent actuellement pour éviter un projet de développement sur une partie du boisé de la rue Nantes, situé à côté de l’école élémentaire publique des Sentiers. La Ville d’Ottawa a exprimé son intention de protéger cette forêt il y a une quinzaine d’années, mais n’a jamais acheté les terrains nécessaires.

Ce boisé a été désigné zone de protection de l’environnement (EP) en 2006, en même temps qu’une série d’autres terrains détenant des caractéristiques naturelles.

Le Regional Group a acheté la propriété sise au 2065, boulevard Portobello au cours des dernières années. L’entreprise prévoit construire trois immeubles de 4 étages — comprenant 177 unités locatives — sur ce terrain, ce qui nécessiterait l’abattage d’une partie de la forêt.

Le promoteur a déposé son projet qui devra obtenir un changement de zonage de la part du conseil municipal. Si les élus rejettent cette proposition, la Ville devra entrer en négociation avec le propriétaire du terrain pour l’acheter à la valeur du marché et assurer sa protection, explique Nick Stow, urbaniste du département de la planification, des infrastructures et du développement économique de la Ville.

Geneviève Mollema, une résidente du secteur, s’insurge de cette proposition et demande à la Ville de protéger ce boisé, comme elle s’était engagée à le faire en 2006. Elle s’explique mal pourquoi le terrain n’a pas déjà été acquis par la municipalité.

«On ne nous a jamais offert d’acheter le terrain. Nous ne pouvons pas forcer un propriétaire foncier à vendre son terrain, sauf par la voie d’une expropriation, ce qui est toujours un mécanisme de dernier recours que nous essayons d’éviter. Nous avons choisi d’attendre jusqu’à ce que le propriétaire mette un projet de développement sur la table et, à ce moment-là, négocier l’achat du terrain», répond M. Stow.

La conseillère s’insurge

Mme Mollema n’est pas seule dans sa quête afin de protéger le boisé de la rue Nantes. L’Association communautaire du Grand Avalon (ACGV) se bat également contre le projet du Regional Group, tout comme la conseillère de Cumberland, Catherine Kitts.

La conseillère de Cumberland, Catherine Kitts

Cette dernière souligne qu’elle ne s’oppose pas au développement de la partie du terrain au 2065, boulevard Portobello qui n’est pas couverte d’arbres.

«La partie controversée est celle qui permet l’aménagement résidentiel d’une partie du boisé. Quand ce sera présenté au Comité de l’urbanisme, je m’y opposerai. C’est décevant que la Ville n’ait pas fait plus d’efforts pour protéger les secteurs identifiés dans le rapport de 2006 et sécuriser le financement des acquisitions», soutient Mme Kitts qui ajoute que la Ville aurait économisé grandement en achetant ces terres dès qu’elles ont reçu la désignation EP.

À noter que des négociations sont bien entamées entre la Ville d’Ottawa et le Regional Group afin d’utiliser les obligations du promoteur en vertu du Règlement sur l’affectation de terrains à la création de parcs afin de diminuer le coût d’acquisition du reste du boisé et assurer sa protection, si la proposition du promoteur devait être approuvée par le conseil. La municipalité cherche également à protéger les arbres les plus matures de cette forêt.

Questionné par Le Droit, Nick Stow soutient que la municipalité négocie actuellement avec un seul autre promoteur à travers la ville pour un projet de développement sur une zone EP. Certains de ces terrains appartiennent toujours à un propriétaire privé, mais il signale qu’il ne faut pas s’attendre à ce que la Ville soit forcée de les acheter parce que la plupart d’entre eux ne peuvent faire l’objet d’un développement, par exemple, parce qu’ils se trouvent sur des zones humides.

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La communauté s’est impliquée pour nettoyer le boisé de la rue Nantes, mais l’urbaniste Nick Stow n’est toujours pas convaincu de sa valeur écologique.

DÉBATS SUR LA VALEUR ÉCOLOGIQUE DU BOISÉ

Dans un rapport datant de 2010, l’urbaniste Nick Stow conclut que la valeur écologique du boisé de la rue Nantes est faible, notamment en raison de la présence de nombreux déchets et de la nuisance humaine.

La présidente de l’ACGV, Rachelle Lecours, croit toutefois que la Ville devrait revoir sa position à cet effet, surtout depuis que l’école des Sentiers — située juste à côté du boisé — a décidé de parrainer cette petite forêt et de s’en servir à des fins éducatives.

« Quand M. Stow a fait l’évaluation environnementale du boisé […], le fermier qui était propriétaire du terrain s’en servait un peu comme un dépotoir. Quand l’école a commencé à parrainer le boisé, il a été complètement nettoyé. On a sorti un réfrigérateur, des matelas, du fil barbelé… il a été nettoyé complètement. Il n’y a aucune raison pourquoi la Ville dirait à ce moment-ci que le boisé n’a aucune importance », estime Mme Lecours.

Peu de changements

L’urbaniste reconnaît qu’il y a eu des améliorations depuis l’implication des élèves et du personnel de l’école des Sentiers, mais il considère que la valeur écologique de la majorité du boisé demeure plutôt faible.

« Les sentiers ont été quelque peu nettoyés par la communauté et l’école, mais en général, il n’y a pas eu énormément de travail fait pour améliorer la condition du boisé, explique Nick Stow. Quand nous avons mis de l’avant notre Stratégie visant les caractéristiques naturelles urbaines et que nous avons examiné des boisés partout à travers la ville, celui-ci a été identifié comme ayant une valeur écologique faible, mais il a été reconnu comme étant important pour la communauté locale. »

En raison de cette évaluation de la valeur écologique du boisé, la conseillère de Cumberland, Catherine Kitts, dit s’attendre à ce que l’administration de la Ville d’Ottawa recommande au conseil municipal l’approbation du projet du Regional Group.

« Je m’opposerai au changement, mais je ne sais pas si mes collègues le feront aussi. Je pense que le rapport de la Ville va soutenir la position que c’est un changement nécessaire, parce que la valeur écologique est jugée faible et parce que, même si le changement de zonage est rejeté, la Ville doit encore acheter la forêt si on veut encore que ça devienne un parc municipal », affirme Mme Kitts.