Le «campement temporaire» des plaines LeBreton a fait ressortir les problèmes de logements sociaux à Ottawa.

Logement et lutte à l’itinérance: Ottawa face à l’ampleur du défi

La question du logement a retenu l’attention une bonne partie de la semaine dans la capitale fédérale : l’éviction du campement de la station Bayview, une grande manifestation et une possible déclaration de l’état d’urgence.

Catherine McKenney, qui représente le quartier Somerset au conseil municipal d’Ottawa, a déposé mercredi une motion en prévision de la prochaine séance du conseil municipal afin de déclarer l’état d’urgence en matière de logement abordable et d’itinérance.

Dans sa proposition, Catherine McKenney présente des statistiques éloquentes quant à la situation actuelle à Ottawa. Le recours aux refuges a augmenté de 6,5 % dans la dernière année. Plus de 12 000 ménages sont en attente de logement abordable — une augmentation de 14,8 % par rapport à 2017 —, dans un marché immobilier parmi les plus onéreux en Ontario où 42 % des locataires dépensent plus de 30 % de leur revenu brut pour payer leur loyer.

Le campement de fortune est devenu un symbole du manque de logements abordables dans la capitale fédérale. Au départ, les campeurs étaient les résidents d’une maison de chambre de la rue LeBreton, incendiée en mai dernier. Ils se sont installés près d’un sentier, derrière la station Bayview de l’O-Train, à la frontière entre les quartiers Somerset et Kitchissippi.

« C’est une véritable crise, un enjeu sur lequel il faudra se pencher aussitôt que possible, avec un sentiment d’urgence », souligne le conseiller de Kitchissippi, Jeff Leiper.

Une région en difficulté

Les ressources d’aide aux plus démunies d’Ottawa sont particulièrement débordées en raison des difficultés des villes et villages avoisinants.

Des itinérants de Gatineau doivent se tourner vers les refuges de la capitale fédérale en raison du manque de places à Gatineau, soulignaient les organismes rassemblés à la manifestation pour le logement social de mardi.

« L’Est ontarien aussi a de grandes difficultés. Qu’on parle d’Hawkesbury, de Cornwall ou de Renfrew, ils ont des enjeux au niveau du logement locatif et abordable, c’est un petit peu un effet catalyseur. C’est exponentiel ce qu’on ressent en raison de ces difficultés », indique de son côté le conseiller de Rideau-Vanier et président de Logement communautaire Ottawa, Mathieu Fleury.

En plus des ressources aux itinérants, du côté gatinois, il faut souligner que le taux d’inoccupation des logements est historiquement bas à environ 0,5 %.

« Il y a très peu de logements disponibles, donc on voit une hausse des coûts de ces logements. Ils ne sont plus abordables pour ceux qui ont moins de revenus, soulignait mardi la coordonnatrice du Collectif régional de lutte à l’itinérance en Outaouais (CRIO), Janick Allyson. On a vécu une tornade et des inondations, ça aggrave cette problématique. On voit des gens qui sont prêts à sortir de leur situation d’itinérance, des refuges, qui sont prêts à entrer en logement, mais il n’y a pas de logement pour eux. »

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Le conseiller de Rideau-Vanier, Mathieu Fleury

LA VILLE NE PEUT TOUT FAIRE SEULE

En plus des manifestants venus majoritairement de Montréal et des Laurentides mardi pour interpeller directement le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, les élus municipaux d’Ottawa sont nombreux à interpeller les paliers de gouvernement supérieurs pour combler les besoins en matière de logement.

Catherine McKenney a pris soin de l’écrire dans sa motion pour déclarer l’état d’urgence : « la Ville ne détient pas les ressources nécessaires pour gérer cette crise seule et le conseil municipal doit demande aux gouvernements provincial et fédéral de l’aider en offrant du financement d’urgence ».

« Nous avons besoin de l’aide des niveaux de gouvernement provincial et fédéral », confirme le conseiller de Kitchissippi, Jeff Leiper.

Le conseiller de Rideau-Vanier, Mathieu Fleury, partage également cette opinion, même s’il croit que la Ville peut en faire plus. Selon lui, l’investissement de 15 millions $ pour la création de logements abordables en 2019 — renouvelé dans le budget 2020 — est insuffisant malgré qu’il représente un sommet dans l’histoire de la municipalité.

« On dépense 32 millions $ au niveau opérationnel pour ne pas que les gens restent dans la rue, mais on n’est pas prêt à investir le même montant pour les loger », affirme M. Fleury.

Ce dernier préside Logement communautaire Ottawa et il estime que le coût moyen pour la construction d’une nouvelle unité de logement abordable est de 300 000 $. 

Une simple opération mathématique permet d’établir que ces 15 millions $ permettent donc de construire environ 50 logements abordables.

Comme 12 000 ménages sont sur une liste d’attente pour un logement abordable, il n’est pas clair que doubler le financement comme le souhaite Mathieu Fleury permettrait de combler les besoins. 

L’élu de Rideau-Vanier croit toutefois que ça enverrait un message clair à Queen’s Park et au gouvernement fédéral.

« On leur dit qu’on est aligné, qu’on a une stratégie et qu’on veut des appuis, affirme M. Fleury. On est unique en Ontario, on est la seule province où le logement abordable est au niveau municipal. Les outils sont limités. Les gouvernements, surtout en Ontario, sont concentrés sur les grands centres. On sent que l’argent, en Ontario, c’est surtout concentré à Toronto. »