Des chercheurs de l’Université d’Ottawa ont mis au point un modèle informatique permettant de suivre l’embourgeoisement des quartiers urbains.

Les quartiers urbains vus au fil des ans

Des chercheurs de l’Université d’Ottawa ont développé un modèle informatisé de cartographie permettant de suivre l’embourgeoisement des quartiers urbains. L’usage de cette intelligence artificielle peut aider des organisations ou des entrepreneurs à cibler des interventions en matière d’urbanisme et de justice sociale, selon les développeurs de l’algorithme.

Le procédé utilise les images de Google Street View (GSV) et détecte les transformations observables des propriétés susceptibles d’indiquer l’embourgeoisement d’un quartier comme, par exemple, l’ajout d’une clôture à une résidence, un nouvel aménagement paysager, la modernisation d’une maison, une peinture fraîche ou la construction d’un nouveau domicile à la suite de la démolition de l’ancienne demeure.

Les chercheurs ont analysé les images de GSV mises à jour tous les deux ou trois ans à Ottawa pour la période de 2007 à 2016. La banque contient les images de chaque immeuble de la ville.

Au total, les scientifiques ont amassé plus de 500 000 images. Selon le professeur Michael Sawada du département de géographie, environnement et géomatique de l’Université d’Ottawa, l’embourgeoisement des quartiers peut être positif pour certains, mais négatif pour d’autres.

« Un effet négatif de l’embourgeoisement est généralement le déplacement des moins bien nantis vers d’autres quartiers ou dans une situation où ils se retrouvent sans logis parce que les loyers augmentent dans les quartiers où il y a embourgeoisement. Si la Ville est au courant, elle peut contrecarrer certains effets en interdisant des modifications de zonage ou la délivrance de permis permettant de diviser une résidence en plusieurs logis », a expliqué M. Sawada, qui a travaillé sur le projet avec deux étudiants, Lazar Ilic et Amaury Zarzelli.

« Dans une perspective d’équité sociale, ce que nous avons fait peut être repris dans d’autres villes en Amérique du Nord, en particulier, afin de réduire les inégalités que l’embourgeoisement peut causer », a continué le professeur.

À l’opposé, a ajouté M. Sawada, l’embourgeoisement peut être très attrayant pour des promoteurs et des gens d’affaires.

« Savoir où l’embourgeoisement prend racine est très attirant pour un promoteur. Si vous savez où ça commence avant que ça se sache du grand public, vous pouvez acheter de l’immobilier et avoir un meilleur rendement sur votre investissement », a-t-il expliqué.

Le Glebe

Le Glebe est un quartier d’Ottawa qui a subi un embourgeoisement, phénomène qui se poursuit toujours. Présentement, a indiqué M. Sawada, le quartier Crestview-Meadowlands, au sud du chemin Baseline entre l’avenue Woodroffe et le chemin Merivale est en transformation.

Le modèle développé par les chercheurs de l’Université d’Ottawa est à point.

À preuve, dans le secteur Greenbelt à Ottawa, on a repéré 3483 indicateurs de transformation à 2922 propriétés.

La carte de densité qui en a résulté correspond de très près à une carte des endroits visés par les permis d’aménagement ou de construction qui ont été délivrés par la Ville, signale-t-on du côté de l’Université d’Ottawa.