Le campement de fortune est installé à proximité de la station Bayview du train Léger.

Les itinérants du campement Bayview dans l’incertitude

L’incertitude règne toujours chez les itinérants qui refusent de quitter leur campement érigé il y a sept mois, derrière la station Bayview du train léger, à Ottawa.

Vendredi dernier, la Ville d’Ottawa a averti verbalement la douzaine de personnes de quitter l’endroit. Le groupe s’attendait à être évincé de ce secteur boisé appartenant à la Commission de la capitale nationale (CCN).

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Peu après 10 h, lundi, des intervenants sociaux soutenant le groupe ont fait savoir que les autorités n’allaient pas intervenir dans la journée

La majorité du groupe est sans domicile fixe depuis l’incendie d’une maison de chambres de la rue LeBreton, en avril.

La pénurie de logements abordables dans la région n’épargne pas les plus démunis. « C’est atroce. C’est le visage du manque de logement social dans la région », a lancé Stan Kupferschmidt, intervenant du Centre communautaire Somerset Ouest.

Ce que les occupants surnomment Tent City (le village de tentes) est placé en retrait de la station Bayview. Ils ne veulent pas quitter leur quartier, et refusent d’aller dans les refuges pour sans-abri du centre-ville, ou dans le secteur Vanier.

« C’est aussi une question de sécurité, explique M. Kupferschmidt. Ces gens ont peur d’aller dans les refuges du centre-ville, ou dans l’est. Ils disent qu’ils peuvent s’y faire voler leurs souliers pendant leur sommeil. Les membres du personnel de ces refuges du centre et de l’est de la ville font du mieux qu’ils peuvent, mais ils sont débordés. »

D’autres refusent de se rendre dans le secteur Vanier, qu’ils jugent trop dangereux ou trop loin de leurs services. 

« Les gens de ce campement de fortune sont liés au Centre communautaire Somerset Ouest, explique sa directrice générale, Naini Cloutier. C’est leur communauté, ils sont très impliqués ici. »

Par ailleurs, Mme Naini ne croit pas que la police d’Ottawa mènera d’éviction manu militari si ses occupants refusent toujours de bouger, dans les prochaines heures. « La Ville ne procède pas de cette façon. »

Depuis vendredi, les intervenants sociaux tentent de trouver une solution à court terme pour reloger ces gens. M. Kupferschmidt déplore toutefois que les hautes instances de la Ville d’Ottawa n’accueillent pas les idées provenant de son milieu communautaire. « Nous avons proposé d’utiliser des églises vides, ou des bâtiments non utilisés, mais nous essuyons des refus. »

La CCN fait valoir que la sécurité des campeurs est de plus en plus menacée par la baisse des températures, et les averses imminentes de neige. « La CCN est consciente que vivre sous la tente comporte des risques pour la santé et la sécurité, et n’est pas une solution durable. Elle souhaite donner le temps nécessaire à ses partenaires municipaux et communautaires pour trouver des solutions d’hébergement, en collaboration avec les occupants », a écrit l’organisme, lundi après-midi.

Cette affaire a attiré l’attention d’Amnistie internationale. Son secrétaire général pour le Canada, Alex Neve, se dit préoccupé par le respect des droits de la personne au logement. « Ça fait sept mois que ces gens n’ont pas de logements. Il aurait fallu trouver une solution bien avant aujourd’hui. »