En guise de protestation contre l’entrée en vigueur de la nouvelle loi ontarienne, quelques manifestants pro-vie ont déambulé sur la rue Sparks, jeudi à Ottawa. Des gens ont aussi manifesté ailleurs au pays. PATRICK WOODBURY, Le Droit

Les cliniques d’avortement protégées

Les manifestants pro-vie en Ontario devront s’y faire : fini les actes d’intimidation envers les patientes ou le personnel aux abords des cliniques d’avortement. Terminé également la prise de photos, les conseils pour dissuader les femmes de passer à l’acte ou encore l’affichage de photos choquantes.

Avec sa nouvelle loi qui crée des zones tampons inviolables aux abords de ces établissements, entrée en vigueur jeudi lors d’une annonce à Ottawa, la province la plus populeuse du pays emboîte le pas à la Colombie-Britannique, au Québec et à Terre-Neuve-et-Labrador, qui ont légiféré en la matière respectivement en 1996 et 2016.

La nouvelle loi ontarienne dotera toutes les cliniques qui offrent des services d’interruption volontaire de grossesse d’un périmètre de sécurité de 50 mètres. D’autres établissements où sont pratiqués des avortements, tels que les hôpitaux, les pharmacies ou des cabinets de professionnels de la santé réglementés, pourront de leur côté faire une demande pour obtenir une zone d’accès d’au maximum 150 mètres.

Le gouvernement ontarien accorde aussi automatiquement le droit à tous les fournisseurs de services d’interruption de grossesse, qu’il s’agisse d’un médecin, d’une infirmière ou encore de tout autre employé de ces endroits, d’avoir une zone de sécurité de 150 mètres autour de leur résidence privée.

Selon le procureur général de l’Ontario et député d’Ottawa-Centre, Yasir Naqvi, cette loi enverra un message on ne peut plus clair.

« Les femmes qui ont recours à ces services vont maintenant pouvoir le faire en toute sécurité, sans crainte d’intimidation, ni interférence. Le tout doit pouvoir se faire dans la dignité et en toute intimité. [...] Comme étudiant à l’époque, comme avocat et désormais comme politicien, j’ai toujours défendu le droit des femmes de choisir. C’est une décision purement personnelle », a lancé le ministre.

« C’est le début d’un temps nouveau dans cette ville et cette province », s’est quant à elle exclamé la conseillère municipale Catherine McKenney, dont le quartier abrite plusieurs cliniques d’avortement.

M. Naqvi ne nie pas qu’il est surréaliste qu’un gouvernement soit forcé de légiférer pour faire cesser de tels actes... en 2018.

« Je suis d’accord qu’il y a lieu de se poser des questions, sachant que nous vivons dans une société progressiste et inclusive. Mais on doit être proactif pour s’assurer que les femmes sont protégées », a-t-il dit.

Il a indiqué que l’application de la loi sera à la discrétion de chaque policier et que certains pourront choisir de sévir d’abord avec des avertissements.

À ce sujet, le maire Watson a d’ailleurs indiqué que des policiers d’Ottawa avaient été déployés spécifiquement pour cette raison au centre-ville jeudi. Des pancartes expliquant la loi ont aussi été installées pour délimiter les zones tampons en question.

Les personnes qui enfreindront la nouvelle loi seront passibles, dans le cas d’une première infraction, d’une amende maximale de 5000 $ et d’une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à six mois.

Les récidivistes s’exposeront quant à eux à une amende maximale de 10 000 $ et à un emprisonnement maximal d’une année.

Rappelons que c’est en 1988 que l’avortement a été décriminalisé au Canada. Au cours des 19 années précédentes, l’interruption de grossesse n’était permise que sous certaines conditions.