Le nouveau chef de la police d’Ottawa, Peter Sloly

Le nouveau chef de la police d'Ottawa mise sur une approche plus humaine

Peter Sloly a pu se familiariser avec une partie de la réalité sociale de la Basse-Ville d’Ottawa et du marché By, tôt lundi, dès son premier quart de travail comme chef de police d’Ottawa.

Le policier de 53 ans qui arrive de Toronto a commencé sa journée au Tim Hortons sur la rue Saint-Patrick où il a commandé beigne et café.

« Il y avait une jeune fille devant le commerce qui était visiblement aux prises avec des problèmes de santé mentale et de dépendance. Elle ne semblait pas vraiment plus vieille que ma fille de 13 ans. Je suis retourné à l’intérieur et j’ai commandé un muffin chaud que je lui ai remis », a raconté en point de presse le nouveau chef du Service de police d’Ottawa (SPO), qui a été assermenté à 6 h 45, lundi.

M. Sloly, qui a notamment été chef adjoint de la police de Toronto dans sa carrière, a été occupé en cette première journée à la tête du SPO à se mettre au parfum de nombreux dossiers, notamment.

« Mais encore plus important, ce sont mes hommes et mes femmes qui sont allés sur la route aujourd’hui à travers la ville afin d’en faire un endroit plus sécuritaire et meilleur. Mes défis sont donc moins grands que les leurs », a signalé celui qui succède à Charles Bordeleau.

Le nouveau chef de la police d’Ottawa, Peter Sloly, serre la main du maire Jim Watson, sous le regard du président par intérim de la Comission de services policiers d’Ottawa, Sandy Smallwood.

Les problèmes de santé mentale dans la rue et au sein de la force policière sont des défis auxquels le chef Sloly veut se pencher. Il a précisé que les choses ont évolué depuis qu’il a quitté la police il y a quatre ans, et qu’il existe aujourd’hui une plus grande reconnaissance du rôle que jouent les troubles de santé mentale et de la dépendance dans la criminalité, dans la sécurité publique et au sein de la police. Il n’a pas été sans rappeler la tragédie qui a secoué le SPO lorsqu’un des leurs, l’agent Thomas Roberts, s’est enlevé la vie au quartier général, le 27 septembre dernier.

« Mes intentions sont d’être très présents pour mes agents, d’être disponible, de faire la promotion de la santé et du mieux-être et de faire la promotion de la sécurité dans la ville », a partagé M. Sloly.

Fusillades

Comme plusieurs grandes villes, Ottawa est aux prises avec une recrudescence de l’usage d’armes à feu dans ses rues. Jusqu’à présent en 2019, il y a eu 64 fusillades, dont quatre ont été mortelles.

« La police va certainement jouer un rôle central pour affronter ces dossiers complexes en nous assurant d’apporter les meilleures et plus innovatrices stratégies, mais nous ne pouvons faire cela seul. Toute la ville doit s’impliquer. Nous devrons avoir l’appui de l’hôtel de ville, de nos partenaires communautaires, de la Santé publique. Dans certains cas, nous dirigerons le bal alors que dans d’autres nous ferons partie d’une équipe. On peut déjà voir des progrès. La violence est en baisse cette année, mais on ne se reposera pas sur nos lauriers. Personne n’a déclaré victoire et chaque acte de violence est un acte de trop », a expliqué celui qui dirige maintenant une force de près de 1400 agents.

Ponts à rebâtir

Le chef Sloly est conscient qu’il y a des ponts à rebâtir entre la haute direction du SPO et les agents de première ligne. Les relations entre l’ancien chef de police Bordeleau et le président de l’Association des policiers d’Ottawa, Matt Skof, étaient loin d’être harmonieuses, ce dernier ayant accusé M. Bordeleau et sa garde rapprochée de protéger des hauts gradés et de ne pas traiter les agents justement.

« Il n’y a aucun doute qu’il y a des tensions dans l’organisation et entre l’organisation et l’Association des policiers d’Ottawa. Ma priorité est de ne pas regarder derrière, mais plutôt vers l’avant. Une des raisons de mon assermentation durant la session de breffage du matin avant les sorties visait à signaler à nos agents de première ligne et à nos employés civils que mon accent sera particulièrement axé sur apprendre à les connaître, leur permettre de me connaître, bâtir un niveau de confiance et travailler sur les relations avec ces membres. Et ça, des agents jusqu’aux membres de mon commandement », a-t-il indiqué lors d’une entrevue avec Le Droit.

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PETER SLOLY EN BREF

  • Diplômé de la FBI National Academy, il a connu une carrière de 27 ans au sein de la police de Toronto où il fut notamment chef de police adjoint. Il a quitté la force policière en février 2016 ;
  • Avant d’accepter le poste de chef de police d’Ottawa, il fut associé chez Deloitte où il dirigeait à l’échelle nationale le groupe Sécurité et Justice ;
  • M. Sloly a été affecté à deux occasions à la mission de maintien de la paix des Nations Unies au Kosovo ;
  • Le policier, qui a été décoré de plusieurs médailles durant sa carrière dans les forces de l’ordre, possède une maîtrise en administration des affaires et un baccalauréat en sociologie ;
  • Il a été joueur de soccer professionnel et membre de l’équipe canadienne masculine de soccer dans les années 1980 ;
  • Né en Jamaïque et déménagé à Scarborough à l’âge de 10 ans, Peter Sloly est marié et père de deux enfants.

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Le conseiller municipal du district Rideau-Vanier, Mathieu Fleury

FLEURY VEUT DES RESSOURCES DANS LA BASSE-VILLE ET LA CÔTE-DE-SABLE

Dans l’objectif de rebâtir la police communautaire qui a été pratiquement décimée en 2017 pour des raisons budgétaires, la police d’Ottawa a lancé au cours des derniers jours un projet pilote avec des équipes de patrouilles de quartier dans trois secteurs à grande criminalité, soit Vanier/Overbrook, Carlington/Caldwell et Heron Gate/Ottawa Sud, mais le conseiller municipal du district Rideau-Vanier, Mathieu Fleury, déplore que les secteurs de la Basse-Ville, du marché By et de la Côte-de-Sable n’aient pas été considérés. M. Fleury s’était opposé à la mesure d’il y a deux ans alors que les policiers communautaires ont été redéployés dans les patrouilles régulières pour répondre aux appels d’urgence.

« Il y a eu un effritement de la confiance de la communauté », a déploré M. Fleury, lundi, en marge de la réunion de la Commission de services policiers d’Ottawa à laquelle participait pour la première fois le nouveau chef de police, Peter Sloly.

« Pour changer de modèle, ça a coûté 12 millions $ à la police d’Ottawa. Le modèle fonctionnait, il aurait pu simplement être restructuré », a continué M. Fleury, tout en indiquant que la police d’Ottawa a perdu par ces changements un regard proactif dans sa communauté composée d’attraits touristiques, de commerces et de refuges.

« Je suis content qu’ils reviennent dans ces quartiers, mais ce n’est qu’une partie de la solution. Ils devraient être présents dans la grande majorité des quartiers où on retrouve des taux de criminalité plus élevés », a-t-il continué.