Des membres du groupe SOS Vanier, qui s'opposent au projet de méga refuge de l'Armée du Salut sur le chemin de Montréal, dans le secteur Vanier.
Des membres du groupe SOS Vanier, qui s'opposent au projet de méga refuge de l'Armée du Salut sur le chemin de Montréal, dans le secteur Vanier.

Le dossier de l’Armée du Salut devant le tribunal

L’impact d’un mégarefuge de l’Armée du Salut sur la viabilité des commerces du chemin de Montréal à Ottawa ainsi que ses effets potentiellement négatifs, avancent certains, sur la communauté francophone du quartier Vanier ont suscité de nombreux échanges lundi lors de la première journée d’audiences du Tribunal d’appel de l’aménagement local (TAAL) sur le projet.

Le dossier se retrouve devant le tribunal administratif en raison d’une contestation de la décision du conseil municipal d’Ottawa d’approuver un changement de zonage pour le projet de Centre multifonctionnel de l’Armée du Salut à Vanier. L’organisme de bienfaisance veut déménager son établissement du marché By au 333, chemin de Montréal puisque les lieux actuels sur la rue George ne répondent plus aux besoins de sa clientèle. Mais des commerces de Vanier et un organisme pour les autochtones redoutent un impact négatif sur la communauté francophone.

Une quinzaine de témoins doivent être entendus par le tribunal au cours sur trois prochaines semaines.

Dans son exposé introductif, l’avocat Michael Polowin a indiqué que ses clients cherchent tous à participer à la revitalisation du chemin de Montréal ainsi qu’à l’économie du quartier Vanier, et qu’ils ne s’opposent pas au travail qu’accomplit l’Armée du Salut pour les personnes dans le besoin. Ils croient cependant que le mégarefuge de 350 lits, dont 140 pour les personnes en situation d’urgence, aura un impact négatif sur le développement économique et social de cette artère commerciale.

L'avocat des plaignants, Me Michael Polowin.

« Le conseil municipal a, pendant dix ans, refusé d’accorder des permis pour des refuges sur les rues principales. Il n’y a aucune raison qui explique pourquoi l’Armée du Salut devrait être une exception », a argumenté M Polowin, qui a aussi fait remarquer que l’immeuble aura trois côtés sur des rues résidentielles, ce qui est contraire à la politique municipale, a-t-il souligné.

Me Polowin affirme aussi que le projet brime les droits constitutionnels des francophones en milieu minoritaire.

« La présence du refuge aura un impact négatif sur la communauté francophone, ce qui les forcera à quitter Vanier, se séparant du cœur historique qu’est Vanier et des services qui leur sont offerts », a expliqué l’avocat en point de presse.

« Pas de preuve »

L’avocate de l’Armée du Salut, Me Ursula Melinz, a répliqué qu’il n’y a pas de preuve indiquant que le mégarefuge pourrait être néfaste pour la communauté francophone, argumentant notamment que celle-ci « ne se limite pas qu’à quatre ou cinq blocs ».

Le directeur général du Centre Booth de l’Armée du Salut dans le marché By, Marc Provost, demeure positif relativement à ce que le projet devienne réalité.

« On demeure certain que c’est un endroit tout à fait approprié, a indiqué M. Provost en point de presse. C’est un projet sur plusieurs années, et il est certes important de continuer à travailler avec les gens et d’écouter leurs préoccupations, ce que nous faisons et que nous allons continuer de faire. Nous nous ajusterons là où il le faudra au fur et à mesure du processus ».

Le directeur général du Centre Booth de l'Armée du Salut, Marc Provost.

L’Armée du Salut n’est pas propriétaire du terrain situé au 333, chemin de Montréal. Elle a une entente pour son achat. Le projet de mégarefuge avec différents services offerts aux clients est évalué à 53 millions $.

Témoin des appelants, le vice-président de la firme-conseil Tate Economic Research, Sameer Patel, a entre autres indiqué que l’arrivée du mégarefuge, qui doit accueillir des itinérants, des toxicomanes et des personnes souffrant de problèmes de santé mentale, notamment, aura des impacts négatifs sur le développement économique du secteur notamment en raison de la perception que peuvent avoir des gens d’affaires. Selon lui, un tel projet n’augmentera pas la clientèle pédestre qui se fait déjà minime dans ce secteur comparativement à d’autres artères commerciales de la ville.

L’avocat de la Ville d’Ottawa, Stephen Waqué, a tenu à rappeler que l’Armée du Salut attirera quelque 140 employés à temps complet et 300 bénévoles, et que la Ville a récemment commencé des travaux d’environ 50 millions $ pour revitaliser les infrastructures du chemin de Montréal. Un programme financier destiné aux commerçants leur permettra de rajeunir leurs bâtiments et terrains.

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Une esquisse du projet de méga-refuge de l'Armée du Salut.

INQUIÉTUDES AU SEIN DE LA COMMUNAUTÉ FRANCOPHONE

Plusieurs membres de S.O.S. Vanier ont tenu à être présents lors de la première journée d’audience du Tribunal d’appel de l’aménagement local sur le projet de déménagement du complexe de l’Armée du Salut à Vanier, dont des citoyens francophones qui s’inquiètent de l’arrivée possible du Centre multifonctionnel et de sa clientèle sur la communauté francophone. Le secteur Vanier d’Ottawa est reconnu comme étant le quartier francophone de la capitale.

« Ça va détruire Vanier. Ça va détruire l’union que nous avons, la composition de Vanier. Nous sommes très liés les uns aux autres. On se connaît presque tous. C’est un quartier francophone », a fait valoir Denise Beauchamp.

« De plus en plus, nous perdons des francophones à Vanier. Les gens s’assimilent, a continué Mme Beauchamp. Ça va vraiment détériorer la vie, la culture dans Vanier, la vie communautaire ».

L’avocat de la partie appelante, Michael Polowin, croit lui aussi que la présence du Centre multifonctionnel de l’Armée du Salut aura des conséquences négatives sur la composition sociale du quartier alors que, selon lui, des francophones migreront ailleurs dans la région. Selon lui, les décideurs dans ce projet devaient prendre en considération les impacts sur la communauté francophone, ce que la Ville n’aurait pas fait « Ce n’est pas à propos du design des rues. C’est à propos de la préservation du cœur historique de la communauté francophone à Vanier, qui est le cœur historique de la communauté francophone à Ottawa », a plaidé Me Polowin.

Les intervenants n’ont pas voulu préciser comment exactement la présence du mégarefuge de l’Armée du Salut nuira à la communauté francophone. Deux témoins de la partie appelante doivent comparaître devant le tribunal pour expliquer leurs points de vue.