Le conseiller Mathieu Fleury dit avoir été inondé d'appels et de courriels.

Le centre communautaire pris d'assaut par les citoyens

Plusieurs centaines de citoyens inquiets et parfois furieux ont pris d'assaut le centre communautaire Richelieu-Vanier, lundi soir, où avait lieu la première discussion publique informelle portant sur le déménagement possible du refuge de l'Armée du Salut, de ses locaux actuels du Marché By aux entrepôts de l'organisme sur le chemin Montréal dans le secteur Vanier.
Le conseiller municipal qui organisait la rencontre, Mathieu Fleury, semblait lui-même dépassé par les événements. 
Outre les quelques centaines de places assises disponibles à l'intérieur de la salle principale, pratiquement autant de citoyens ont été refusés à l'extérieur, par mesure de sécurité. Quelques-uns d'entre eux agitaient des pancartes sur lesquelles on pouvait lire «SOS Vanier». D'autres criaient leur mécontentement devant le choix d'une salle assurément trop petite pour recevoir tout le monde.
D'entrée de jeu, le conseiller municipal a tenu à expliquer à la foule qu'il ne s'agissait que d'une discussion publique et non d'une consultation formelle. Il a, de plus, refusé de laisser la parole aux résidents du quartier présents, en leur promettant qu'ils auraient l'occasion de le faire en temps et lieu ; ce qui en a déçu plusieurs. 
À la suite de l'annonce par l'Armée du Salut d'un déménagement et d'une concentration de ses activités au coeur du secteur Vanier, dans les prochaines années, une levée de boucliers a eu lieu dans ce quartier déjà échaudé par la criminalité et la pauvreté. Le conseiller Fleury dit avoir été inondé de courriels et d'appels téléphoniques à ce sujet.
Deux pétitions ont même commencé à circuler dans le quartier et Mathieu Fleury a décidé de prendre en main cette vague de fond pour mieux l'organiser, de concert avec les députées fédérale et provinciale d'Ottawa-Vanier, Mona Fortier et Nathalie Des Rosiers.
«Faut pas courir comme des poules pas de tête ; faut s'organiser !», a-t-il expliqué aux citoyens réunis à l'intérieur, après avoir tenté de calmer à l'extérieur les résidents refoulés à la porte.
«Y a beaucoup de confusion là-dessus, beaucoup d'inquiétude, beaucoup d'anxiété dans notre communauté, a-t-il indiqué au Droit, lors de la rencontre. Aujourd'hui, c'est une première séance de discussion communautaire, la Ville est pas là, l'Armée du Salut est pas là (...) On veut en venir à une stratégie communautaire.»
Le conseiller municipal et les deux députées du quartier s'opposent au choix du site de Vanier pour y établir un centre multidisciplinaire de 103 000 pieds carrés qui abriterait une unité de soins spécialisés et de l'hébergement d'urgence pour itinérants. Mathieu Fleury est d'avis que ce type de centralisation de services en zone urbaine et centrale est contraire au plan de la Ville en matière d'itinérance ; plan qui privilégie plutôt, selon lui, la décentralisation des services offerts aux sans-abris et toxicomanes, et cible des services pour des clientèles plus restreintes, pour favoriser leur retour à la vie normale. 
Le conseiller Fleury et ses collègues demandent à l'Armée du Salut de suspendre sa soumission quant au changement de zonage réclamé pour l'aménagement des nouveaux locaux, le temps que d'autres sites potentiels soient évalués, et exigent également que les citoyens, commerçants et élus puissent être entendus sur le projet, dans un souci de transparence.
L'Armée du Salut souhaite débuter le réaménagement de ses nouveaux locaux du 333, chemin Montréal, au printemps 2019.
Jacques Normand Sauvé, Le Droit