Le budget 2021 du Service de police d’Ottawa doit marquer le début d’une réforme, selon son chef, Peter Sloly.
Le budget 2021 du Service de police d’Ottawa doit marquer le début d’une réforme, selon son chef, Peter Sloly.

Le budget 2021 de la police d'Ottawa ne fait pas l'unanimité

Julien Paquette
Julien Paquette
Le Droit
Le budget 2021 du Service de police d’Ottawa doit marquer le début d’une réforme, selon son chef, Peter Sloly. Cet optimisme s’est heurté à l’opposition de dizaines de citoyens lundi qui considèrent que ces changements ne viendront pas assez vite.

Une porte-parole de la Coalition Against More Surveillance, Erica Ifill, a par exemple qualifié le document financier de budget remplir «d’expressions à la mode» qui n’entraînera aucun changement significatif, durant la réunion du Comité des finances de la Commission des services policiers d’Ottawa.

Il s’agit d’un budget qui «semble avoir été écrit en 2015» avant la pandémie et la mort de George Floyd aux États-Unis, indique pour sa part Sam Hersh, membre du conseil d’administration de l’organisme militant Horizon Ottawa.

Le conseiller du quartier Capitale, Shawn Menard, a souligné son soutien au mouvement pour définancer la police, indiquant que des études démontrent que cette approche offre de bons résultats pour la lutte à la criminalité.

Robin Browne a quant à lui parler au nom du 613-819 Hub Noir, affirmant que l’organisation de défense des droits des noirs offre un soutien conditionnel au budget 2021. Si les actions mises de l'avant par Peter Sloly semblent être des promesses en l’air, les membres du 613-819 Hub Noir seront les premiers à le dénoncer.

Rappelons que le budget déposé la semaine dernière par le Service de police d’Ottawa prévoit une augmentation de 3% de ses dépenses, dont la majorité sert à financer les hausses de salaire prévues dans les conventions collectives et à l’entretien des infrastructures et de la flotte de véhicules du corps policier municipal.

M. Sloly a toutefois redirigé des fonds vers de nouvelles initiatives en santé mentale, pour lutter contre la violence faite aux femmes, ainsi que de nouvelles formations sur la lutte au racisme et la désescalade des tensions durant une intervention.

Le chef de la police d'Ottawa, Peter Sloly

Approche critiquée en santé mentale

Le chef Sloly a mis de côté 1,5 million $ dans le budget pour financer une nouvelle initiative en matière de santé mentale. Il souhaite toutefois qu’une vaste consultation ait lieu pour déterminer la meilleure façon de dépenser cet argent avant d’offrir plus de détails sur ce projet.

Plusieurs citoyens qui se sont inscrits pour commenter le budget 2021 de la police d’Ottawa lundi ont toutefois indiqué qu’ils aimeraient que les forces de l’ordre n’interviennent plus dans des cas qui impliquent un problème de santé mentale.

«Ce que la police fait en ce moment, c’est d'elle-même se nommer responsable de corriger un problème qu’elle a elle-même créée», a soutenu la coprésidente de Justice pour Abdirahman Abdi, Ifrah Yusuf.

La présidente de la Commission des services policiers, la conseillère Diane Deans, a répondu à des récriminations similaires en soulignant qu’aucun organisme offrant des services d’urgence en santé mentale n’est prêt à prendre la relève dans l’immédiat. Elle demande donc du temps pour identifier l’approche à suivre pour éloigner la police des enjeux de santé mentale et bâtir le réseau nécessaire.

Après s’être dit ouvert à limiter le champ d’intervention de son service plus tôt dans la réunion, dans son mot de clôture, Peter Sloly a tout de même souligné que ses hommes peuvent faire le travail dans l’intervalle.

«Nous venons d’avoir des discussions et saines sur la santé mentale, a lancé le chef Sloly. Nous recevons des centaines d’appels chaque année en lien avec ces enjeux et la vaste majorité d’entre eux sont gérés avec succès et de façon sécuritaire.»