Le président du c.a. de la CCN, Russell Mills, ainsi que le premier dirigeant de l'agence fédérale, Jean-Francois Trépanier

La CCN dit non aux maires

Jim Watson et Maxime Pedneaud-Jobin peuvent toujours rêver : pas question pour la Commission de la capitale nationale (CCN) de changer ses façons de faire. Et encore moins d'admettre dans ses rangs les maires d'Ottawa et de Gatineau comme ceux-ci l'exigent dans une lettre adressée au premier ministre Stephen Harper.
Le ton était à la confrontation, hier après-midi, au quartier général de la Commission de la capitale nationale, alors que réagissaient les principaux dirigeants de la société d'État aux demandes faites la veille par les maires d'Ottawa-Gatineau.
« Le maire d'Ottawa ne représente que 3 % des Canadiens. Maxime Pedneaud-Jobin, 1 %. Notre boulot, c'est de représenter l'ensemble des Canadiens. [...] Cela créerait un déséquilibre », a résumé le président de la CCN, Russell Mills, au cours d'un point de presse.
Si l'agence fédérale souhaite améliorer la relation entre elle et les villes, elle cache bien son jeu. « Toute chose qui pourrait miner le rôle de la CCN ne pourra donner de meilleurs résultats. Nous devons conserver le pouvoir que nous avons d'empêcher la réalisation de mauvais projets (par les villes d'Ottawa ou Gatineau), comme par exemple un chemin de fer le long d'une précieuse berge », a lancé le président Mills.
Les maires des deux municipalités ont exigé une réforme du conseil d'administration afin de prendre part aux décisions qui ont un impact sur elles. Ils s'expliquent mal comment un groupe non élu s'immisce dans des décisions locales comme la fermeture de la rue Gamelin, à Gatineau, ou la construction du train léger, à Ottawa.
La dernière rencontre du conseil de la CCN avait été marquée par une confrontation sans précédent entre les commissaires de la société d'État et les fonctionnaires de la Ville d'Ottawa, venu leur offrir une mise à jour du projet de prolongement - en surface - du train léger rapide vers l'ouest, le long de la rivière des Outaouais de Westboro à Lincoln Fields. Ce que n'acceptera sous aucune condition la CCN, a dit M. Mills.
La promenade Sir-John-A.-MacDonald et les espaces verts qui l'entourent sont des attraits de la capitale nationale trop importants pour l'ensemble des Canadiens, estime-t-il. La CCN a donc demandé à la ville d'enfouir complètement le train léger à cet endroit. Ce qu'a accepté le maire Watson.
À peine 10 % de la superficie de la région de la capitale nationale est détenue par la CCN. Un autre 3 % appartient au gouvernement fédéral. Les conflits surviennent uniquement lorsque des projets touchent à cette fraction du territoire de la région, souligne M. Mills. « C'est parfois choquant pour les gens d'ici de réaliser que la région est d'intérêt national. »
Des alliés au NPD
Face à l'intransigeance de la CCN, les maires d'Ottawa et Gatineau pourraient trouver des alliés au sein du Nouveau parti démocratique. Les députés Paul Dewar et Nycole Turmel entendent déposer une motion en chambre affirmant que « le conseil d'administration de la Commission de la capitale nationale devrait inclure un représentant du conseil municipal d'Ottawa et un représentant du conseil municipal de Gatineau ».
« La détérioration de la relation entre la société d'État et les deux villes est regrettable », affirme la députée de Hull-Aylmer, Nycole Turmel. Celle-ci avait déploré le climat de confrontation qui caractérisait les relations entre la CCN et Gatineau dans le dossier de la fermeture de la rue Gamelin, l'été dernier. « J'appuie complètement les deux maires. »
L'ensemble des députés néo-démocrates de la région enverra sous peu une lettre au ministre John Baird réclamant la modification des règles de sélections des membres du conseil d'administration de l'agence fédérale.