En raison de la pandémie, l’OSEG n’engrange aucun revenu pour ses activités sportives et de divertissement depuis mars dernier.
En raison de la pandémie, l’OSEG n’engrange aucun revenu pour ses activités sportives et de divertissement depuis mars dernier.

Importantes pertes de revenus pour OSEG à Lansdowne

Julien Paquette
Julien Paquette
Le Droit
Frappé de plein fouet par la pandémie dans tous les aspects de son modèle d’affaire, l’Ottawa Sports and Entertainment Group (OSEG) demande à la Ville d’Ottawa une prolongation de 10 ans du partenariat du parc Lansdowne.

Avant le début de la crise sanitaire, l’OSEG s’attendait à enregistrer des profits pour la première fois durant l’année 2022, soutient le président du groupe, Mark Goudie. Avec la COVID-19, ça viendra au plus tôt en 2026, ajoute le grand patron d’OSEG en entrevue avec Le Droit.

Prolonger de 10 ans la durée du partenariat public-privé de 30 ans pour l’opération des infrastructures sportives et commerciales du parc Lansdowne donnerait plus de temps à l’OSEG pour redresser le navire et, ainsi, rendre l’aventure profitable au bout du compte.

L’OSEG souhaite également accéder de façon exceptionnelle au fonds de réserve d’immobilisations — argent mis de côté chaque année pour financer l’entretien des infrastructures — pour payer ses factures courantes en 2021.

Selon un rapport rédigé par le directeur municipal de la Ville d’Ottawa, Steve Kanellakos, il y a actuellement 4,7 millions $ dans le fonds de réserve. Même en utilisant cet argent pour ses opérations courantes en 2021, OSEG continuerait de contribuer comme prévu à ce même fonds et s’engagerait à le reconstituer d’ici la fin de l’entente — qui serait maintenant à la fin de l’année 2054.

Finalement, l’OSEG propose également l’abolition du loyer participatif, soit «la répartition à parts égales des flux de trésorerie nets provenant des activités de vente au détail», écrit M. Kanellakos dans son rapport.

Le terrain de football du Rouge et Noir d'Ottawa, à la Place TD.

Éliminer le risque

Dans son rapport, Steve Kanellakos soutient que les changements au partenariat du parc Lansdowne proposés par l’OSEG sont «raisonnables, justes et prudents». Il souligne que la cheffe des finances de la Ville d’Ottawa et un expert externe ont évalué les coûts et les bénéfices de cette approche.

«L’adoption de ces mesures par le conseil municipal non seulement aiderait [l’OSEG] à faire face aux répercussions de la pandémie, mais améliorerait la situation financière de la Ville de 4 à 21 millions $ sur la durée de la convention», écrit le directeur municipal.

M. Kanellakos ajoute qu’en vertu du partenariat, l’OSEG assume les risques liés au marché de la vente au détail pendant la durée de l’entente. Il ajoute que sans les changements proposés au partenariat, déclarer faillite pourrait devenir «la meilleure décision d’affaires pour l’organisme».

«Une faillite de l’OSEG obligerait la Ville à reprendre les opérations du parc Landsowne, explique Steve Kanellakos. Même avec les hypothèses les plus optimistes, le scénario de faillite devrait entraîner un coût actualité net négatif […] d’un ordre de grandeur compris entre 118 et 407 millions $.»

Le président de l’OSEG, Mark Goudie, précise toutefois en entrevue avec Le Droit ne pas avoir laissé entendre qu’une faillite était probable durant ses discussions avec l’administration de la Ville d’Ottawa. Il croit que ce scénario est évoqué en prévision de questions qui pourraient venir des membres du conseil municipal.

«Je crois que ce que la Ville fait, c’est faire l’exercice parce qu’on va leur poser la question: “quelles seraient les implications s’ils devaient rejeter nos demandes?”, explique M. Goudie. Nous avons approché la Ville avec ce que nous considérons être des demandes raisonnables. Ce que nous ne voulions pas faire, c’est approcher notre partenaire avec une menace.»

En raison de la pandémie, l’OSEG n’engrange aucun revenu pour ses activités sportives et de divertissement depuis mars dernier.

Les recettes engendrées par les loyers des espaces commerciaux au parc Lansdowne sont également en baisse cette année en raison de la crise sanitaire. L’OSEG s’attend à toucher 75% des loyers en 2021 et prévoit qu’il faudra cinq ans avant que le groupe touche aux mêmes recettes de location qu’avant la pandémie.

Les recettes engendrées par les loyers des espaces commerciaux au parc Lansdowne sont en baisse cette année en raison de la crise sanitaire.

«Troublant»

Le conseiller du quartier Capitale, Shawn Menard, a indiqué dans une déclaration écrite jeudi, au lendemain de la publication du rapport de Steve Kanellakos sur le site web de la Ville d’Ottawa, que le document est «troublant».

«L’administration y recommande des changements drastiques à la structure du partenariat du parc Lansdowne, souligne M. Menard. En tant que conseiller local, on ne m’a pas donné l’opportunité de le réviser et de le commenter. J’ai été mis au courant de son contenu seulement deux heures avant qu’il soit rendu public.»

L’élu estime que l’administration ne donne pas assez de temps au conseil municipal de prendre connaissance du rapport qui sera déposé la semaine prochaine durant une réunion du Comité des finances et du développement économique de la Ville d’Ottawa.

«Le Vérificateur général a indiqué que de l’information pertinente se trouvera dans son rapport sur son enquête de suivi sur le système de distribution en cascade des recettes du partenariat. Ce rapport doit être dévoilé le 24 novembre, une journée avant que le conseil soit invité à se prononcer sur les demandes de l’OSEG», affirme Shawn Menard.

Ce dernier ajoute qu’il est raisonnable d’explorer ce que la municipalité peut faire pour aider son partenaire privé à traverser la pandémie, mais déplore qu’il n’y ait aucune garantie que ces changements empêcheront une faillite de l’OSEG dans la prochaine année.

Prolonger de 10 ans la durée du partenariat public-privé de 30 ans pour l’opération des infrastructures sportives et commerciales du parc Lansdowne donnerait plus de temps à l’OSEG pour redresser le navire et, ainsi, rendre l’aventure profitable au bout du compte.

Vétusté des estrades nord

Au printemps 2019, l’OSEG a fait part de ses préoccupations par rapport à l’usure des estrades située au nord de la Place TD, structure à laquelle est intégré l’aréna des 67’s d’Ottawa. L’âge des estrades — construits il y a plus d’un demi-siècle — entraînait des coûts d’entretien plus élevés que prévu pour le groupe.

Le partenaire de la municipalité dans les opérations du parc Lansdowne devait présenter un rapport au printemps 2020 sur l’état de cette infrastructure, mais ces plans ont été retardés en raison de la COVID-19.

«Nous n’avons pas avancé à ce chapitre», confirme Mark Goudie.

Dans ses recommandations au conseil municipal, Steve Kanellakos propose la création d’un comité formé d’élus et de représentants de l’administration pour se pencher sur des façons d’attirer davantage de visiteurs au parc Lansdowne et évaluer les infrastructures vieillissantes, ce qui ouvre la porte à des dépenses supplémentaires de la part de la Ville d’Ottawa.

Dans l’entente de partenariat, «il est prévu que les estrades du côté nord et l’aréna vont durer pendant tout le partenariat», indique M. Goudie au Droit.

«S’il y a une conclusion que ces infrastructures ne dureront pas jusqu’en 2044, je crois que nous devrons avoir une conversation à savoir ce que nous allons faire conjointement pour s’attaquer à ce problème», affirme le président de l’OSEG.