Le maire sortant d’Ottawa Jim Watson fait du porte à porte dans le sud de la ville.

Hi, I’m Jim...

CHRONIQUE / En faisant du porte-à-porte à l’occasion de la campagne électorale, le maire sortant d’Ottawa Jim Watson a eu droit à un accueil particulièrement chaleureux de la part d’un électeur. « Merci mon Dieu, vous voilà ! » lui lance un monsieur en lui ouvrant grand la porte. Il a l’air soulagé.

« Vraiment ? Et pourquoi donc ? », lui demande M. Watson, intrigué par cet accueil inhabituel.

« Parce que vous êtes ici pour réparer ma télé. »

« En fait, non, je suis le maire d’Ottawa… »

« Eh bien, lui répond l’électeur sans masquer sa déception, vous ne me serez pas d’une grande utilité… »

L’anecdote, que le maire sortant a rapportée sur son fil Twitter plus tôt cette semaine, lui a valu des milliers de retweets. Si le maire Watson verse aussi allègrement dans l’autodérision, c’est qu’il peut se le permettre. Le politicien de 57 ans semble voguer vers une réélection facile lundi prochain, pour un troisième mandat à la mairie d’Ottawa.

Dans le local électoral de la rue Bank où je l’ai retrouvé, une grande carte d’Ottawa est affichée. Les dizaines de rues qu’il a arpentées sont marquées d’un trait rose. Une journée, son compteur de pas affichait une distance parcourue de 24 km. « My feet are killing me! », me glisse-t-il, dans une des rares phrases en anglais qu’il prononcera à mon endroit.

M. Watson est ce jour-là ralenti par un vilain rhume, sans doute attrapé à force de serrer les mains de centaines d’électeurs. Entre deux gorgées de thé qu’il prend pour soulager son mal, il me lance en riant : « Quelqu’un de normal s’octroierait une journée de repos. Moi, je suis trop entêté pour faire ça ! »

À quelques jours du vote, il met plutôt les bouchées doubles. Après un discours devant des jeunes à l’Université Carleton et l’inauguration d’un commerce d’accessoires pour animaux sur Baseline, nous prenons le chemin de Barrhaven, dans l’ouest d’Ottawa. Au programme, une séance de porte à porte dans un paisible quartier résidentiel.

En sortant de la voiture, Jim Watson frissonne dans son petit coupe-vent noir trop léger pour la saison. Rien pour aider son rhume. Dans cette rue, tout le monde semble avoir un chien à en juger par les jappements frénétiques qui retentissent derrière les portes.

Une porte s’ouvre devant le maire sortant. « Hi, I’m Jim… », commence-t-il. Il n’a pas le temps de finir. « Mais oui, je vous connais », lui répond une dame. Un monsieur apparaît derrière elle. « On a déjà voté pour vous ! »

Porte suivante, une dame âgée tente de retenir un petit chien qui cherche à se faufiler entre ses jambes. « Hi, I’m… », commence le maire. Il n’a pas le temps de terminer. « You’re doing a great job, mister mayor! »

Autre maison, autre jappement. Cette fois, le monsieur n’est pas si avenant. Il ne répond pas quand le maire lui demande l’âge de son chien. Il fait de l’entretien dans un édifice municipal et se plaint de ne pas avoir été payé. M. Watson l’écoute patiemment, lui donne son courriel, lui promet de vérifier dès le lendemain. Radouci, le monsieur retient le maire par le bras. « Puis-je prendre un égoportrait avec vous ? Mon chien a deux ans, en passant… »

Quelques fois, des gens invitent M. Watson à entrer. Comme cette jeune femme qui s’inquiète du nombre grandissant de fusillades. « Je n’ose plus me promener au centre-ville », regrette-t-elle. Jim Watson lui dit que ses inquiétudes sont légitimes. Il lui parle de son engagement d’embaucher 65 nouveaux policiers. Elle promet de voter pour lui.

Plus loin, un VUS s’arrête à la hauteur de M. Watson. Une jeune femme vêtue d’un manteau rose l’a reconnu et insiste pour se faire prendre en photo avec lui. Le maire sortant accepte de bonne grâce. La photo se retrouvera éventuellement sur son fil Twitter.

Dans ce secteur, les gens voteront majoritairement Watson.

Pause dîner dans un Swiss Chalet sur Merivale. Pendant que le maire avale son poulet et ses frites, je le questionne sur la déclaration de son adversaire Clive Doucet, qui soutient avoir le vote francophone derrière lui. Il est en désaccord. Au contraire, il argue que les plaintes pour les services en français sont en baisse, insiste sur les investissements pour améliorer les services en français, parle du million qu’il compte aller chercher pour La Nouvelle-Scène…

Je le questionne sur le déménagement du refuge de l’Armée du Salut à Vanier, qui mécontente beaucoup de francophones. Il se défend en disant que c’est un projet privé et que l’affaire sera tranchée par la Commission des affaires municipales de l’Ontario.

Et Doug Ford ? Vous serez capable de travailler avec lui ? La question fait rire cet ancien ministre libéral. Watson dit qu’il n’a pas eu de problème… jusqu’à maintenant. C’est vrai que le nouveau premier ministre conservateur s’est surtout acharné sur Toronto. « Mais ça pourrait changer s’il annonce des coupures », prévient-il.

En terminant, je le questionne sur cette campagne à la mairie qui soulève peu de vagues à Ottawa. À l’exception de Clive Doucet, M. Watson fait face à dix candidats inconnus. Il ne s’en plaindra pas. Sauf pour s’inquiéter du taux de participation à l’élection de lundi. En 2014, à peine 39 % des gens sont sortis voter. « C’est le problème quand tu n’as pas de gros candidats. Les gens ne sortent pas voter. » Dommage en effet. Surtout quand on considère que le palier municipal est le plus près des électeurs.