John Redins est l'un des usagers qui éprouvent des difficultés avec le service de réservation de trajets de Para Transpo.
John Redins est l'un des usagers qui éprouvent des difficultés avec le service de réservation de trajets de Para Transpo.

Grogne envers Para Transpo: «Je considère facturer la Ville pour mon temps»

Julien Paquette
Julien Paquette
Le Droit
« Je te parle de ces problèmes en ce moment et j’ai de la difficulté à respirer, tellement je suis contrarié », affirme Kyle Humphrey au bout du fil. Les usagers du service Para Transpo comme lui sont nombreux à exprimer leur mécontentement face à ce qu’ils considèrent être des déficiences du service.

La mère de Kyle, Helene Humphrey, estime que c’est devenu la mission d’une vie pour son fils, paralysé depuis la naissance, et qui a récemment appris qu’il est atteint de la sclérose en plaques.

« Avoir son nom rattaché à cette lutte est très important pour lui, affirme Mme Humphrey. S’il peut accomplir ceci pour les autres, quand il mourra, il saura qu’il aura fait une différence dans ce monde. »

Kyle Humphrey

L’une des principales doléances des usagers de Para Transpo est le service de réservation des trajets. Un service en ligne devrait arriver d’ici la fin de l’année 2020, mais d’ici là, ils doivent continuer de le faire au téléphone, un processus qui prend 30 minutes en moyenne, selon les données d’OC Transpo.

« Quand vous êtes en ligne dès 7 h le matin, ça prend environ 10 à 15 minutes. Si tu oublies quelque chose et que tu dois rappeler après le dîner, ça peut prendre quelque chose entre une heure et quatre heures et demie », soutient John Redins qui dépend du service de Para Transpo pour ses déplacements.

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Le directeur des systèmes et de la planification d’OC Transpo, Pat Scrimgeour, reconnaît que le temps d’attente moyenne est insatisfaisant. Il précise toutefois que le système de réservation en ligne qui réglera plusieurs de ces problèmes sera prêt d’ici la fin de l’année 2020. Il souligne également que dans l’intervalle, après deux minutes au bout du fil, les usagers peuvent laisser leur numéro de téléphone et raccrocher sans perdre leur priorité d’appel, un service dont se prévalent 62 % des passagers.

M. Redins rétorque toutefois qu’il ne fait pas confiance à ce service de rappel depuis qu’on l’a contacté après 19 h alors que son appel initial avait été fait en début d’après-midi.

Fiabilité

« J’utilise les services d’OC Transpo tout le temps parce que ceux de Para Transpo sont si peu fiables », affirme sans détour Kyle Humphrey.

Ce n’est pas peu dire dans le contexte actuel où OC Transpo fait l’objet de critiques constantes pour les retards sur la Ligne de la Confédération de l’O-Train et les nombreuses annulations de trajets d’autobus. M. Humphrey donne l’exemple de son amie Sally Thomas dont un récent trajet s’est effectué en plus de 300 minutes.

« Ils disent que ça peut prendre jusqu’à une heure pour un trajet local et deux heures pour un trajet qui traverse la ville, souligne Kyle Humphrey. Je peux prendre l’autobus d’Orléans jusqu’à Bayshore et faire la moitié du chemin du retour pour le même temps. De devoir vivre ce genre de choses est inacceptable. »

« Je considère facturer la Ville pour mon temps, à ce point-ci », lance M. Humphrey.

Pat Scrimgeour explique cependant que les trajets peuvent parfois être prolongés quelque peu de façon à desservir le plus grand nombre d’usagers.

« La vie de ces gens est déjà difficile en raison du handicap qui les force à recourir à ce service. On doit absolument s’assurer que nous leur offrons le meilleur service possible. On veut aussi s’assurer de servir le plus de personnes possible. On doit être efficace et ça veut notamment dire de remplir autant que possible les autobus chaque jour, de façon à ce que le plus grand nombre de personnes puissent obtenir le service. Les besoins sont en constante évolution. »

Mme Thomas ajoute que parfois, ce n’est pas le trajet en soi qui est trop long, c’est plutôt attendre le véhicule qui peut l’être.

« J’ai réservé un transport à midi ce dimanche et l’autobus s’est présenté à 14 h 15 », indique Sally Thomas, porte-parole du mouvement Para Parité pour exiger plus d’équité entre les services d’OC et de Para Transpo

« C’est simple, s’ils décident que les usagers d’OC Transpo méritent d’avoir du service jusqu’à 2 h du matin, on y a droit nous aussi », peste Mme Thomas.

« Pour le train léger, on dit que les plateformes sont trop remplies et ils les élargissent. Qu’il n’y a pas assez d’autobus, alors ils en ajoutent à leur flotte. Pourquoi c’est si facile de le faire pour le train léger, de mettre des autobus en attente pour le train léger qui ne fonctionne pas, mais qu’on demande depuis des années de régler des problèmes avec Para Transpo et on repousse toujours à plus tard », ajoute Helene Humphrey.