Le dernier homicide a eu lieu dans le secteur du 125, rue McLeod, plus tôt cette semaine.

Fusillades à Ottawa: des cibles très peu collaboratrices

Les jours et les nuits se suivent et se ressemblent à Ottawa depuis le début de 2018, la capitale ayant enregistré sa neuvième fusillade de l’année tard jeudi soir.

Pas moins de dix-huit coups de feu ont été tirés vers 23 h 30 dans le secteur des avenues Burnside et Carruthers, dans le quartier Mechanicsville. 

Lorsque les policiers sont arrivés sur les lieux, ils ont trouvé plusieurs douilles au sol. Au moins une maison et un véhicule ont été atteints par des projectiles d’armes à feu. Personne n’a été blessé. La police d’Ottawa n’avait annoncé aucune arrestation dans cette affaire, vendredi. 

D’ailleurs, les enquêteurs se butent à l’absence de collaboration des cibles de ces fusillades lorsqu’elles sont interrogées après avoir été blessées.

« Lorsque nous parlons aux gens associés au monde criminel, ils ne nous disent pas qui leur a tiré dessus. Ils prennent les choses entre leurs mains, et nous observons ensuite des coups de feu en riposte. Nous croyons qu’une bonne partie de ces fusillades sont des actes de représailles », a expliqué l’inspecteur Mark Patterson de l’unité des bandes de rue et des armes à feu au Service de police d’Ottawa, une division passablement occupée depuis le début de l’année.

Inquiétudes

Le policier a tenu à préciser que les fusillades sont ciblées. La drogue, les disputes de territoires de drogues et des bisbilles verbales concernant des amies de cœur, par exemple, sont notamment à l’origine des actes de violence.

« Elles sont faites par un très petit pourcentage de la population, soit ceux impliqués dans le milieu criminel souterrain », a signalé le policier. 

« Pourquoi y a-t-il une prolifération de la violence impliquant des armes à feu ? Ce n’est rien de nouveau à Ottawa. On constate cette tendance à l’échelle provinciale et sur le plan national. Les jeunes hommes de 16 à 25 ans utilisent des armes pour régler leurs comptes », a résumé l’inspecteur Patterson.

Le danger est qu’une personne innocente soit blessée ou tuée. Le policier comprend que la population est préoccupée. « Nous avons été très chanceux que personne n’ait été atteint cette année », a indiqué le lieutenant.

Les gens se demandent pourquoi des fusillades surviennent dans leur quartier. La réponse du policier est claire. « Ces membres de gangs ou trafiquants de drogues sont partout en ville. Ils ne sont pas dans des poches ou restreints à un quartier. Ils sortent et ils utilisent des armes à feu pour régler leurs conflits. C’est une grande préoccupation pour nous de savoir comment nous pouvons traiter la situation en amont, et comment nous pouvons influencer ces gars pour qu’ils changent », a indiqué Mark Patterson, expliquant que de nombreux facteurs peuvent être en cause, comme l’absence d’un emploi, les familles dysfonctionnelles et des problèmes de logement.

Le SPO travaille avec plusieurs organisations, dont Prévention du crime Ottawa et la Société John Howard, afin d’offrir des informations en matière de prévention et d’intervention pour les jeunes qui gravitent dans cet environnement malsain.

« Ces comportements ne se sont pas modifiés du jour au lendemain, a expliqué le lieutenant de la police d’Ottawa. Pourquoi voit-on ces jeunes hommes graviter dans un milieu d’utilisation d’armes à feu, qui sont d’ailleurs de plus en plus accessibles, pour régler leurs différends ? C’est une question troublante que nous devons résoudre ».

« Notre message envers ceux qui embarquent dans ce milieu est celui-ci. Deux choses surviendront : vous allez mourir ou irez en prison. C’est un message puissant à envoyer à ces jeunes hommes de 16 à 25 ans, mais ils ne le comprennent pas », a déploré M. Patterson.

Mark Patterson précise que des gens savent que certains individus se déplacent armés. Il fait appel à eux pour les signaler aux autorités. Il existe plusieurs avenues pour le faire de manière anonyme, dont avec Échec au crime ou en appelant l’unité des bandes de rue et des armes à feu du SPO.

« Nous avons besoin de ces informations. On ne peut pas se fier à ceux qui sont impliqués dans le monde criminel pour nous donner des renseignements parce qu’ils ne collaborent pas ou sont réticents. Ils préfèrent régler leurs problèmes à leur manière », a-t-il expliqué.