Clive Doucet se veut le candidat de l’opposition lors de l’élection municipale à Ottawa.

Doucet, la seule opposition

Clive Doucet se présente comme le candidat de l’opposition. Il veut assurer un débat d’idées lors de la campagne à la mairie d’Ottawa.

« Je n’avais aucun intérêt en fait à poser ma candidature, mais ça devenait très clair à la dernière minute qu’il n’y avait pas personne d’autre. J’avais l’impression que j’aurais été lâche si je n’avais pas été prêt à donner au moins deux ou trois mois de ma vie [pour faire campagne]. Ça devient un peu plus difficile si je gagne, mais je suis content d’avoir pris la décision », confie M. Doucet en entrevue éditoriale avec Le Droit.

Il s’est présenté au bureau des élections 1 h 30 avant la fin de la période de mise en candidature. Selon lui, la municipalité est mal gérée et il souhaite éviter un couronnement de Jim Watson, le maire sortant.

Les Ottaviens devront choisir parmi 12 candidats pour les représenter à la tête de la Ville. « Aucune autre personne n’a de l’expérience au niveau municipal », note le septuagénaire qui s’était présenté à la mairie aux élections de 2010. Il avait récolté 14 % des voix, derrière Larry O’Brien (24 %) et Jim Watson (48 %).

Manque de transparence

L’ancien conseiller municipal accuse le maire sortant de manquer de transparence et de ne pas écouter la communauté.

Il décrit M. Watson comme un politicien de carrière qui « serre beaucoup de mains ».

« Quand je le vois de loin, je vois un changement graduel, mais constant dans son caractère, illustre M. Doucet. Il garde son sourire et serre des mains, mais de plus en plus les dossiers deviennent gérés par les promoteurs et les autres intérêts que ceux de la communauté et je ne sais pas pourquoi. »

Celui qui a représenté les citoyens du quartier Capitale de 1997 à 2010 donne en exemple le cas du méga refuge de l’Armée du Salut, qui doit être construit dans le quartier Vanier et les modifications de règlement de zonage pour des projets du côté de Westboro entre autres.

« On fait des consultations, on coche la case, mais on n’écoute pas. Je vois ça partout. On dit que la Ville veut savoir ce que vous pensez. C’est ridicule ! Si vous voulez savoir, suivez avec l’action, déplore Clive Doucet. Comment peut-on compter sur une économie égale et juste pour la communauté et le promoteur si l’hôtel de ville peut tout changer en un claquement de doigts ? »

Vers un changement de culture

Clive Doucet milite pour un vent de changement s’il est porté au pouvoir le 22 octobre prochain.

La Ville doit envisager une vision « très très différente » en matière de transport en commun, de rapport entre les francophones et les anglophones et en ce qui a trait à la pénurie de logements abordables.

« Ottawa a besoin d’un changement de culture. Un changement dans sa vision et dans la façon de faire avancer la Ville », croit l’aspirant maire.

En matière de logements abordables, la municipalité doit en faire plus pour répondre à la pénurie.

Clive Doucet pointe du doigt le problème du côté de Heron Gate où le promoteur a expulsé les locataires afin de construire des logements plus modernes.

« Si j’étais maire maintenant, je dirais au promoteur qu’il ne recevrait pas une augmentation de zonage. On ne le laisserait pas bénéficier de l’expulsion des gens ordinaires, soutient-il. Maintenant l’hôtel de ville est prêt à donner un cadeau presque d’anniversaire pour lancer des gens dehors. Moi j’arrêterais ça tout de suite. »

Clive Douvet sur...

  • ... le bilinguisme :

La province de l’Ontario a reconnu le caractère bilingue de la Ville d’Ottawa en décembre dernier. Près de 10 mois après l’adoption du projet de loi, « rien n’a changé » observe le candidat à la mairie.

M. Doucet croit qu’il faut pousser la culture francophone plus vigoureusement du côté de la Ville. Il donne en exemple les différents festivals où des artistes se produisent sur scène. Selon lui, la culture francophone gagnerait à s’intégrer aux événements anglophones.

Il concède que les défis sont immenses pour changer les habitudes. « Ce n’est pas quelque chose qui se fait en quatre ans, mais on peut commencer », soutient-il.

Quant aux employés de la haute direction qui suivent en moyenne moins de 20 heures par année de formation linguistique en français, M. Doucet voit un manque de volonté politique.

« Je préfère parler en français mal, que de ne pas parler. Ce désir d’avoir tout parfait, c’est un peu un étranglement », confie l’acadien d’origine.

  • ... le train léger :

Selon lui, le projet de train léger sur rail (TLR) se développe dans la mauvaise direction. La Ligne de la Confédération doit entrer en service au début de l’année 2019, après deux retards dans l’échéancier initial. Clive Doucet aimerait que la Ville fournisse plus de détails pour expliquer les délais.

Il propose un train régional de la capitale pour relier les quatre coins de la région d’ici 2022. 

Il estime que la ville doit avoir quatre niveaux de transport en commun, un pour les points de distance, un train léger pour l’intérieur de la ville, des autobus pour la banlieue et des autobus communautaires. 

L’ex-conseiller municipal s’explique mal pourquoi le pont Prince-de-Galles a été relayé aux oubliettes au cours des dernières années. Selon lui, le train léger doit traverser ce lien ferroviaire pour connecter Ottawa et Gatineau,

« Bob Chiarelli et moi avions acheté le pont pour 10 millions $, il y a 15 ans, rappelle-t-il. Dans ce temps-là, ça coûtait 4 M$ pour le rénover et maintenant c’est 40 M$. Il [Jim Watson] a laissé cette possibilité de connexion avec Gatineau pourrir pendant 15 ans, c’est ridicule. »

  • ... les plaines LeBreton :

L’aspirant maire craint que le projet de revitalisation des plaines LeBreton ressemble au parc Lansdowne.

« Le manque de transparence et le manque de responsabilité pour les finances publiques ça me fait peur. Ça me rappelle Lansdowne. On raconte la même histoire, que ça ne coûtera pas un sou pour la Ville », soutient M. Doucet.

Le candidat à la mairie d’Ottawa ne s’oppose pas à la construction d’un nouvel aréna sur les plaines LeBreton, tout comme il ne critique pas le nouveau stade à la place TD. Il se prononce contre la construction massive de condos dans ces développements. « J’ai un problème avec le reste. On va perdre toute cette grande place publique pourquoi ? » questionne-t-il.

Clive Doucet insiste sur l’importance de consulter la population pour assurer une pérennité. 

Propos recueillis par Sylvie Branch