Le centre récréatif François-Dupuis a été affublé d'une dénomination unilingue anglophone dans un nouveau site web bilingue - et bourré de fautes - du service des loisirs de la Ville d'Ottawa.

Des lieux francophones «rebaptisés»

Le fondateur d'Orléans se retournerait dans sa tombe s'il savait. Bernard Grandmaître, lui, ne cache pas son mécontentement. Résultat de mises à jour effectuées au site web de la Ville d'Ottawa, les centres récréatifs qui portent le nom de ces deux figures de proue de la francophonie ont été affublés d'une dénomination unilingue anglophone.
Le François Dupuis Recreation Centre (sic) offre de nombreuses courses en hiver (sic) aux résidents de la banlieue est de la capitale nationale. Des courses de danse, de yoga et d'art martiaux.
La Bernard Grandmaitre Arena (sic), dans le secteur Vanier, propose également ce genre de «courses». On parle évidemment de cours offerts par le Service des loisirs de la Ville d'Ottawa.
Ces nombreuses fautes - il y en a des dizaines - figurent sur le nouveau site bilingue Joindre Ottawa (join.ottawa.ca/fr/), lancé le mois dernier par la Ville, dans le but de mieux faire connaître les différents cours et programmes récréatifs de la ville. Les bibliothèques et centres communautaires de la capitale ont eux aussi été anglicisés, constate-t-on en consultant la page de la North Gloucester Library ou du Routhier Community Centre.
Pendant ce temps, le maire Jim Watson continue d'affirmer que «le bilinguisme pratique» fonctionne et que les francophones sont bien servis par la ville.
«C'est un manque de bon sens, c'est une insulte d'appeler ça la Bernard Grandmaitre Arena», affirme l'ancien maire de Vanier et père de la Loi ontarienne sur les services en français, en l'honneur de qui on a nommé cet aréna.
«C'est très décevant. Encore une fois, (la Ville) fait des erreurs, s'excuse, s'excuse à nouveau. Ça fait trop de fois qu'on s'excuse», ajoute M. Grandmaître, récemment élevé au rang d'officier de l'Ordre du Canada pour sa contribution à la francophonie ontarienne.
L'aréna d'Eastview fut construit en 1967 à l'occasion du centenaire du Canada, à une époque où les francophones comptaient pour 80% de la population de ce secteur, rappelle-t-il. «C'est vraiment une insulte pour la communauté.»
Le conseil du secteur Rideau-Vanier, Mathieu Fleury, se dit lui aussi frustré par la situation. L'accès à des renseignements en français de qualité devrait «être acquis». Près d'un millier de fonctionnaires municipaux sont en mesure de modifier le texte du site Joindre Ottawa. «Aucune bonne raison n'existe pour justifier (ce manquement)», précise-t-il.
Le directeur du service des loisirs, Daniel Chénier, et la direction des communications se sont abstenus de tout commentaire.
En 2001, Ottawa adoptait dans la controverse sa politique de bilinguisme: la capitale du Canada ne serait pas officiellement bilingue, mais offrirait des services dans les deux langues.