Plusieurs règles encadrent le processus électoral en Ontario. Mais, dans le «Far-West» des médias sociaux, peu d'entre elles survivent.

Des élections à l'ère Twitter

Il y a encore une date pour commencer à installer des affiches électorales. Une date pour les enlever. Un moratoire sur la publicité le jour du vote. Mais dans les médias sociaux, plus aucune règle ne survit. La campagne ontarienne bat son plein à coups de «gazouillis» sur le site de microblogues Twitter depuis des mois, sans que la Direction générale des élections n'ait son mot à dire.
Mardi, fin d'après-midi. Le premier ministre Dalton McGuinty partage sur son compte Twitter que grâce à son gouvernement, les Ontariens attendent désormais moins longtemps pour une opération du genou. Peu après, le chef progressiste-conservateur Tim Hudak partage que son parti va «offrir du répit aux familles» s'il forme le prochain gouvernement.
Rapidement, les messages des deux chefs font le tour de la province. Les militants de chaque parti s'empressent de les retransmettre, alors que leurs détracteurs ne se gênent pas pour les discréditer.
Un «Far-West» électoral
«Il n'y a plus une seule clôture qui tienne avec les médias sociaux. Nous assistons à une sorte de révolution dont nous n'avons pas encore saisi toute l'importance. Les autorités qui régissent les campagnes électorales vont devoir y réfléchir. Pour l'instant, les médias sociaux sont un véritable Far-West. Il faudra élaborer des lois», affirme Luc Dupont, professeur agrégé du département de communication de l'Université d'Ottawa.
Selon M. Dupont, les politiciens ontariens commencent à peine à saisir l'importance de médias sociaux comme Twitter, Facebook et YouTube. Il faut dire que le phénomène est tellement nouveau qu'il n'était même pas un facteur lors des dernières élections provinciales, en 2007.
«Les médias sociaux ont l'avantage de laisser les politiciens passer leur message sans filtre. Mais pour qu'ils jouent bien leur rôle, il faut les alimenter continuellement. Ce sont les perrons d'églises des temps modernes. C'est là que les gens se réunissent pour discuter. Il faut donc que les politiciens y soient aussi pour répondre aux questions et défendre leurs idées», compare M. Dupont.
C'est aussi l'avis de la députée progressiste-conservatrice Lisa MacLeod, qui alimente constamment son fil Twitter. Elle l'utilise également comme un fil de presse pour se tenir au courant de tout ce qui se passe dans sa circonscription de Nepean-Carleton et sur la scène provinciale. «Les médias sociaux rendent les politiciens plus accessibles aux gens qu'ils représentent. Ils brisent le moule du 9 à 5.»
Un outil différent des autres
Même si la très grande majorité des candidats dans l'Est ontarien ont un compte Twitter, très peu d'entre eux savent vraiment s'en servir, selon M. Dupont. «Le problème est que très souvent, les politiciens utilisent les médias sociaux comme des médias traditionnels. Ils ne font que passer leur message et ne s'engagent pas vraiment dans un dialogue avec leurs électeurs.»
C'est justement le piège que le Nouveau Parti démocratique (NPD) tente d'éviter. «Nous passons notre message directement et sans filtre, mais nous prenons aussi le soin d'engager les gens et de répondre aux questions qu'ils nous posent», explique Jennifer Hassum, la directrice des communications du parti d'Andrea Horwath.
Mais autant les médias sociaux peuvent être utiles en campagne électorale, autant ils peuvent nuire à un politicien imprudent qui en négligerait la portée. «Les politiciens ont intérêt à tourner le doigt sept fois dans les airs avant d'appuyer sur le bouton 'envoyer', car tout ce qu'ils publient dans les médias sociaux risque de les suivre longtemps», prévient M. Dupont.
Jusqu'à présent, M. Dupont constate que les médias sociaux se sont toujours bien autoréglementés; c'est-à-dire que leurs utilisateurs prennent eux-mêmes l'initiative de dénoncer et corriger les fausses informations qui y sont véhiculées. L'expert en marketing s'attend à ce que Twitter et Facebook occupent encore plus de place dans les campagnes électorales, à mesure que les politiciens apprendront à mieux les maîtriser. Il ne s'attend toutefois pas à ce qu'ils en viennent à remplacer les médias traditionnels.
De son côté, Élections Ontario n'a pas donné suite à nos demandes d'entrevue.
Fpdufault@ledroit.com