En plus des bornes, dont le coût total d’acquisition devrait varier entre 477 000 $ et 590 000 $, de grosses pierres seront également installées face à la Place Marion-Dewar, où l’on retrouve entre autres la Patinoire des rêves des Sens depuis 2012 ainsi que des tables à pique-nique.

Des bornes anti-camion bélier devant l’hôtel de ville d’Ottawa

Face à la hausse marquée du nombre d’attentats perpétrés à l’aide d’un véhicule ces derniers mois dans le monde, la Ville d’Ottawa s’apprête à relever d’un cran ses mesures de sécurité. Des bornes anti-camion-bélier seront installées autour de la Place Marion-Dewar, devant l’hôtel de ville.

Une cinquantaine de bornes fixes, amovibles et rétractables doivent faire leur apparition sur le parterre de cette place publique. Les travaux d’installation sont prévus dès ce printemps, une fois la période de dégel terminée.

Après une analyse qui s’est étalée sur plusieurs mois, c’est l’administration municipale qui a recommandé aux élus d’opter pour une telle mesure de sécurité. 

« La Ville a reçu l’automne dernier un rapport d’un consultant au sujet de la sécurité de l’extérieur du bâtiment lorsqu’il y a des gens présents. Le rapport comprenait à la fois une évaluation des risques et une atténuation des risques. C’est ainsi que l’installation de bornes a été recommandée. On a décidé d’aller de l’avant pour assurer la sécurité des usagers et un appel d’offres a été lancé », affirme le chef de la Sécurité et de la Gestion des mesures d’urgence, Pierre Poirier.

En plus des bornes, dont le coût total d’acquisition devrait varier entre 477 000 $ et 590 000 $, de grosses pierres seront également installées face à la Place Marion-Dewar, où l’on retrouve entre autres la Patinoire des rêves des Sens depuis 2012 ainsi que des tables à pique-nique. 

Les attaques terroristes impliquant un véhicule se sont multipliées un peu partout sur le globe ces dernières années. La plus marquante d’entre elles est survenue à Nice le 14 juillet 2016. Alors que des dizaines de milliers de personnes étaient réunies sur la promenade des Anglais à l’occasion du traditionnel feu d’artifice de la fête nationale française, le conducteur d’un camion lourd a délibérément foncé sur la foule. La course folle s’est déroulée sur plusieurs centaines de mètres, avant que les policiers n’abattent le suspect après un échange de coups de feu. Bilan : 86 morts et près de 500 blessés. L’attaque sanglante avait été revendiquée par le groupe armé État islamique.

Plusieurs autres incidents du même type sont survenus, dont celui lors duquel un camion a heurté les passants en plein cœur d’un populaire marché de Noël à Berlin, en décembre 2016. Celui-ci avait coûté la vie à 12 personnes. Dix mois plus tard, une camionnette s’est engouffrée dans une piste cyclable de New York, tuant huit personnes. De Melbourne à Stockholm en passant par Londres et Barcelone, de tels attentats ont été commis dans plusieurs villes.

De l’avis du maire d’Ottawa Jim Watson, même si la capitale fédérale n’a à ce jour pas été confrontée à un événement de ce genre, mieux vaut prévenir que guérir. 

« Notre monde change, malheureusement. C’est le côté triste de tout cela. Aujourd’hui, pour les terroristes, on ne parle plus seulement de fusillades ou de bombes. Les voitures et les camions sont aussi utilisés comme armes », explique-t-il, rappelant que la capitale nationale a été ciblée en octobre 2014 lorsque le caporal Nathan Cirillo a été assassiné lors de l’attentat au Monument commémoratif de guerre du Canada.

Le premier magistrat assure cependant que l’objectif de la démarche n’est pas non plus de restreindre la liberté de mouvement des gens.  

[...] On veut s’assurer que ça demeure une place publique toujours accessible, mais en même temps sécuritaire. Il faut protéger les citoyens, visiteurs et employés. La recommandation vient de notre personnel et c’est vraiment important pour nous de suivre leurs conseils, car ils sont des experts en sécurité », a-t-il dit. 

« Le niveau de sécurité totale n’existe pas »

Les bornes anti-camion-bélier que souhaite installer la Ville d’Ottawa auront-elles un effet dissuasif pour les terroristes ? Quant à la population, se sentira-t-elle rassurée ou au contraire inquiète ? Était-il temps qu’une telle mesure soit mise en place ? 

De nombreuses interrogations auxquelles la professeure à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et spécialiste en média et terrorisme, Katharina Niemeyer, a tenté d’apporter des éclaircissements. 

À son avis, l’un des éléments-clés sera le matériel de fabrication de ces bornes puisque, spécifie-t-elle, des tests effectués en Allemagne avec des camions sur des barrières et des blocs de béton n’ont pas été concluants. Un camion de dix tonnes roulant à une vitesse de 50 km/h a entre autres pu briser une barrière de 2,5 tonnes. 

« Il est clair que ça ne peut pas forcément éviter d’autres formes d’attentats, mais d’un autre côté le niveau de sécurité totale n’existe pas. Pragmatiquement parlant, si ça devait arriver, est-ce que ça fonctionne ? [...] Il faut un minimum de sécurité, mais en même temps on ne peut pas non plus trop restreindre les libertés individuelles », affirme-t-elle, ajoutant que la mesure est aussi en quelque sorte « symbolique », car elle est implantée dans la capitale fédérale. 

La réaction face à de telles mesures de sécurité est propre à chaque individu, souligne Mme Niemeyer. 

« Il y a des gens qui vont peut-être dire que c’est nécessaire, alors que d’autres vont rester indifférents ou vont avoir une impression de peur. À Berlin, par exemple, lors de l’attentat au marché de Noël, il y a des personnes qui sont retournées magasiner dès les jours suivants, tandis que d’autres ont décidé d’éviter les foules et de rester à la maison. [...] Par contre, en général, les gens ont tendance à se sentir plus en sécurité ici qu’en Europe. J’ai l’impression qu’ils ressentent moins le besoin de se sentir protégés, car il y a eu moins d’événements comme ça », soutient-elle.