En 2017, la facture mensuelle moyenne pour Hydro Ottawa était de 95,43$ selon la Commission de l’énergie de l’Ontario.
En 2017, la facture mensuelle moyenne pour Hydro Ottawa était de 95,43$ selon la Commission de l’énergie de l’Ontario.

Chemin sinueux vers l’unification des tarifs d'électricité à Ottawa 

Une situation «complètement inéquitable» sévit depuis plusieurs années dans la capitale fédérale, selon le conseiller d’Orléans, Matthew Luloff. Des gens qui habitent sur la même rue paient des tarifs d’électricité différents depuis la création d’Hydro Ottawa au début du nouveau millénaire.

«Ç’a plein de bon sens d’avoir une seule grille tarifaire pour toute la ville, soutient de son côté M. Luloff. Peu importe où tu sois en ville, en ce moment, c’est le même taux de taxes immobilières et pour la facture d’eau. Ça devrait être la même chose pour l’électricité.»

Le conseiller d’Orléans reconnaît que la différence entre les deux factures n’est pas énorme, mais par souci d’équité, il aimerait tout de même que tous les résidents de la capitale fédérale soient desservis par Hydro Ottawa, une société privée qui appartient à la municipalité.

Temporairement en raison de la COVID-19, le problème ne se pose pas puisqu’un décret du gouvernement ontarien a fixé les tarifs à 12,8 sous le kilowattheure pour l’ensemble des fournisseurs d’électricité.

En 2017 par contre [dernière année de référence disponible], la facture mensuelle moyenne pour Hydro Ottawa était de 95,43 $, selon la Commission de l’énergie de l’Ontario. Pour Hydro One, cette moyenne allait de 101,78 $ en milieu urbain à 109,43 $ dans les secteurs à faible densité de population.

«C’est une situation qui n’a pas beaucoup de sens, renchérit le député provincial d’Orléans, Stephen Blais. Même Place d’Orléans se trouve à avoir deux fournisseurs de service différents.»

Le centre commercial se trouve effectivement sur la frontière entre les zones desservies par Hydro One et Hydro Ottawa. Des citoyens paient également des tarifs différents que ceux de leur voisin d’en face sur la rue Juniper à Orléans, sur le chemin Maple Grove et la promenade Huntmar de Kanata, par exemple.

M. Blais souligne qu’en ce moment, son attention et celle des autres élus à Queen’s Park est principalement portée vers la crise sanitaire causée par le nouveau coronavirus. Une fois que cette situation sera résorbée, il entend toutefois faire partie de la solution pour unifier les tarifs d’électricité partout sur le territoire de la Ville Ottawa.

«Ça doit toutefois être initié par Hydro Ottawa et par la Ville, prévient le député d’Orléans. Si c’est une priorité pour eux, ils doivent recommencer le processus pour acheter des zones de couverture à Hydro One.»

Matthew Luloff propose quant à lui que la Ville renonce aux dividendes annuels que lui rapporte Hydro Ottawa — 22,6 millions $ en 2020 — pour que cet argent permette l’acquisition de zones de couverture d’Hydro One dans la capitale fédérale.

Le conseiller d’Orléans, Matthew Luloff

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LA GROGNE NE DATE PAS D'HIER

La disparité des tarifs d’électricité entre certains voisins à Ottawa existe depuis la création de la grande ville au début du millénaire.

Hydro Ottawa a été formée après la fusion des compagnies d’électricité municipales de Gloucester, Goulbourn, Kanata, Nepean et Ottawa, laissant au passage certains secteurs sur le territoire de la nouvelle ville unifiée à Hydro One.

Quelques années ont suffi avant que des élus soulèvent publiquement cet enjeu. En 2006, les conseillers d’Orléans et de Cumberland, Bob Monette et Rob Jellett, ont lancé une pétition pour que les clients d’Hydro One à Ottawa soient desservis par Hydro Ottawa, comme la majorité des résidents de la municipalité.

M. Monette indique qu’ils avaient réussi à obtenir plus de 3000 signatures. Quelques années plus tard, le conseil municipal adoptait une motion pour demander à Hydro Ottawa de lancer des négociations avec Hydro One.

Dans une déclaration écrite, le fournisseur d’électricité municipal indique qu’en 2011, après d’intenses négociations, une transaction n’a pu être conclue. Selon Hydro Ottawa, certains critères établis par la Commission de l’énergie de l’Ontario pour superviser de telles acquisitions n’auraient pu être respectés, notamment le principe de «l’absence de dommage» qui prévoit qu’une transaction ne doit pas entraîner de hausses de tarifs pour les clients actuels.

«Bien que le processus et l’évaluation finale restent protégés par une entente de confidentialité, Hydro Ottawa est prête à reconnaître que l’évaluation de la valeur de ces zones de couverture réalisée par Hydro One est valable et défendable», écrit Hydro Ottawa en réponse à une demande d’entrevue du Droit.

Pour le député provincial d’Orléans, Stephen Blais, ce principe de «l’absence de dommage» doit être assoupli puisqu’il enlève pratiquement toute marge de manœuvre pour qu’une municipalité comme Ottawa puisse harmoniser les tarifs d’électricité sur son territoire.

«C’est un montant énorme, ça n’avait pas beaucoup de sens pour Hydro Ottawa à l’époque, explique M. Blais. Le point d’avoir un système unique, c’est que tout le monde paie la même chose, pas que les tarifs soient plus hauts.»