La saga de l'agrandissement du Château Laurier se poursuivra jeudi.

Château Laurier: le vote décisif reporté de 24 heures

Visiblement, même si l’issue du vote risque d’être la même ou presque, le suspense de prolonge pour encore 24 heures dans le controversé dossier de l’agrandissement du Château Laurier, à Ottawa.

La motion du conseiller du quartier Rideau-Vanier, Mathieu Fleury, qui visait à révoquer le permis en matière de patrimoine accordé en juin 2018 à Larco Investments et ainsi obliger l’entreprise à refaire ses devoirs pour le design proposé, a été rejetée à 14 voix contre 9 mercredi après plus de deux heures de discussions à l’hôtel de ville. La résolution devait obtenir l’approbation des deux tiers des élus.

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La motion de l’élu prétendait entre autres « que le demandeur n’a pas respecté les conditions imposées pour la demande de modification de la propriété ». 

Mais espérant reporter l’ultime décision à la fin août (voir autre texte), la conseillère Diane Deans a sorti un lapin de son chapeau en présentant une motion de réexamen de la proposition de M. Fleury. Même si elle-ci a été refusée à 13 contre 10, elle a pu aller de l’avant, car selon les règles en vigueur, au minimum un tiers du conseil (8 élus) doit se prononcer en faveur.

Le hic, c’est que le maire Jim Watson avait vraisemblablement prévu le coup et a répliqué en convoquant une séance extraordinaire du conseil municipal pas plus tard que ce jeudi à 14 h, soit sept semaines plus tôt que ce qu’avaient anticipé Mme Deans et ses acolytes. Sa motion a été approuvée par une majorité d’élus (15-8). C’est donc à ce moment que le conseil se prononcera de façon définitive sur le sort de l’emblématique hôtel sis au 1, rue Rideau.

Selon le maire Watson, après 1200 jours à faire couler de l’encre et quelque 200 réunions à la fois au sein de l’administration municipale et avec le promoteur, il est grand temps que le projet puisse avancer. Il plaide qu’il s’agit d’une propriété privée qu’au-delà des opinions, la Ville a des règles à suivre et des responsabilités légales. 

« On sait tous que ça se finira en cour, que ce soit avec Larco ou les Amis du Château Laurier (groupe opposé au projet et créé par Patrimoine Ottawa) », a-t-il lancé.

Estimant qu’il est peu probable que les gouvernements provincial ou fédéral se mêlent du dossier, il affirme ne pas craindre que les gens se souviennent de lui comme le maire qui a approuvé un projet « impopulaire ». 

« J’ai reçu, je pense, 500 courriels dans une ville d’un million d’habitants. Ce sera aux journalistes et aux historiens de déterminer quel est mon legs, pas aux politiciens », a-t-il répondu.

Tenant à préciser malgré tout qu’il n’a « jamais été confortable » avec les plans de l’annexe proposée, ayant par exemple comparé celle-ci à un conteneur maritime en mai dernier, M. Watson croit que le temps fera son œuvre et qu’au final, les plus critiques seront peut-être d’avis que « c’est moins pire qu’ils ne le pensaient ». Selon lui, l’ancien conseil n’a pas fait erreur en donnant le feu vert au projet en 2018. 

Au sujet du vote de jeudi, il ne croit pas que quiconque va changer d’opinion après une nuit de sommeil. 

Quant à Mathieu Fleury, il se dit déçu de la tournure des événements et se dit très surpris que le maire ait été informé à l’avance qu’une motion de réexamen serait soumise. 

« Je suis un peu confus. Je pense qu’il a été averti par le bureau du greffier. Il y a quelque chose là de malsain et que je vais chercher à clarifier. […] Le résultat du vote de demain (jeudi) sera de 13-10. […]  Ce qui est frustrant, c’est que les gens qui n’ont pas appuyé ma motion ont des questions sur les éléments légaux qu’on avait déjà clarifiés. Et ils n’aiment pas plus le projet, tout en ne trouvant pas de solutions ni en présentant des motions additionnelles. À un moment donné, qu’est-ce que je peux présenter comme faits pour avoir une influence sur ses collègues-là ? C’est là où je suis un peu tourmenté », affirme-t-il.

L’élu soutient que sans qu’il y ait de parti politique officiel, il a l’impression qu’il y a « un parti du maire » qui règne à l’hôtel de ville.

« Nous sommes des élus indépendants, mais on sent de moins de moins que c’est vrai. Les votes sont pré-déterminés », déplore M. Fleury.

La plus récente esquisse du projet de Larco Investments, la cinquième proposée en l’espace de deux ans et demi, comprend un bâtiment de sept étages construit à l’arrière de l’immeuble, ainsi qu’une cour intérieure, 147 chambres et un stationnement intérieur de quatre étages. 

Il y a un mois, la compagnie anticipait que les pelles mécaniques puissent s’activer à la fin de l’année si toutes les approbations étaient accordées.

Mathieu Fleury

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Une manœuvre pour gagner du temps échoue

La conseillère du quartier Gloucester-Southgate, Diane Deans, ne le cache pas : la motion qu’elle a présentée à la toute dernière seconde à la table du conseil mercredi pour réexaminer la motion de son collègue Mathieu Fleury avait un but : gagner du temps. Mais la manœuvre a échoué.

« Quand on a vu qu’on perdrait le vote, Rick Chiarelli a décidé de voter contre la motion (selon la procédure, au moins un élu qui s’y oppose doit ensuite appuyer la motion de réexamen). On espérait reporter le vote au prochain conseil (prévu le 28 août), ça aurait permis de maintenir le dialogue tout l’été, de rencontrer la communauté. […] Malheureusement, quelqu’un a informé le maire que ça arriverait et j’imagine qu’il ne voulait pas avoir à aborder le sujet lors des BBQ cet été », lance-t-elle.

Tout comme Mathieu Fleury, Mme Deans ne se berce toutefois pas d’illusions au sujet du nouveau vote jeudi, affirmant que son camp ne disposera pas d’assez de temps pour renverser la vapeur. 

Mais devant le scénario qui se dessine, elle tient à souligner « qu’ultimement, jamais une décision qui divise la communauté ne s’avère une bonne décision ». 

La conseillère estime qu’il serait bénéfique que tout le monde mette de l’eau dans son vin. 

« Aujourd’hui, ce que vous avez vu, c’est un conseil municipal très divisé et une communauté qui ne sera pas heureuse de la décision qui sera prise », a-t-elle dit.

Cette dernière en a profité pour décocher une flèche au maire Watson en affirmant que depuis un certain temps, la démocratie est mise à mal à l’hôtel de ville. 

Indiquant que le maire a « récemment fermé le micro de la conseillère McKenney » lors d’une réunion, elle a aussi fait allusion au fait que le débat a commencé de façon acrimonieuse mercredi.

C’est qu’après que Mathieu Fleury ait lu sa motion au conseil, M. Watson lui a refusé le droit de questionner des employés de la Ville, statuant qu’il avait écoulé son temps de parole. 

Cette décision a rapidement été contestée par Jeff Leiper puis renversée par une majorité d’élus à la table. M. Fleury a ainsi pu s’exprimer comme il le prévoyait.

Diane Deans pointe du doigt le maire pour avoir voulu bâillonner le conseiller sur un enjeu très important à Ottawa, qui plus est dans son propre quartier.

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CE QU'ILS ONT DIT

Riley Brockington: «Quand je me place au parc Major et que j’imagine la façade de la nouvelle aile, je ne peux pas m’empêcher de penser que ça va miner la beauté du site patrimonial, tous ceux qui ont vu les images ont été choqués, ce n’est pas complémentaire à l’hôtel existant. On parle que ça pourrait coûter 250 000 $ en frais juridiques à la Ville, mais dans une ville d’un million d’habitants, mais ça représente 25 cents par citoyen. Je pense que les gens sont prêts à payer, c’est raisonnable. […] On veut faciliter l’agrandissement de l’hôtel, certes, mais on doit respecter l’aspect patrimonial.»

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Laura Dudas: «Si cette motion est honorable côté intention, elle est mal avisée et induit le public en erreur. Je crains que si est adoptée, elle renforce la croyance du promoteur que la Ville agit de mauvaise foi et on pourrait revenir à la motion initiale de 12 étages. Et si je n’aime pas l’esquisse actuelle, je déteste encore plus la conception initiale.»

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Rawlson King: «Je suis tombé en amour avec cette ville quand j’y suis venu pour la première fois en 1986 et que je suis resté au Château Laurier avec mes parents. Mes électeurs s’opposent presque unanimement à ce croquis, ils parlent de vandalisme architectural. Les résidents s’attendent à ce qu’un bâtiment semblable soit traité avec le respect voulu. […] Le moment est venu que le conseil avoue qu’il a commis une erreur (en 2018).»

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Jean Cloutier: «Ce n’est pas un édifice municipal, il n’est pas sur un terrain fédéral, il est sur un site adjacent à des terrains fédéraux. Ça ne veut pas dire que cette demande soit comme toutes les autres, loin de là, c’est un endroit emblématique, mais le personnel a depuis trois ans consacré plusieurs heures à l’étude de ce dossier. […] Le promoteur a dépensé des milliers de dollars, cet investissement va aussi rehausser l’économie de la ville.»