Le ministre du Patrimoine canadien, Pablo Rodriguez

Château Laurier: le ministre Rodriguez invité à s’en mêler

Dans une lettre ouverte acheminée mardi au ministre du Patrimoine canadien Pablo Rodriguez, le sénateur Serge Joyal et l’architecte de renom Phyllis Lambert enjoignent le gouvernement fédéral d’intervenir dans le controversé dossier de l’agrandissement du Château Laurier.

La missive, publiée dans Le Droit, a été envoyée alors qu’une décision cruciale sera prise mercredi à l’hôtel de ville d’Ottawa. Le conseil municipal votera sur une motion du conseiller Mathieu Fleury visant à retirer le permis en matière de patrimoine accordé par la capitale fédérale à Larco Investments. Advenant que celle-ci soit adoptée, l’entreprise serait forcée de retourner à la planche à dessin.

La plus récente mouture du projet, la cinquième proposée en deux ans et demi par le propriétaire de l’emblématique édifice érigé en 1912, a obtenu le feu vert du comité de l’urbanisme le 13 juin dernier. Elle comprend un bâtiment de sept étages construit à l’arrière de l’immeuble, soit cinq de moins que dans la proposition initiale, ainsi qu’un stationnement souterrain de quatre étages, une cour intérieure et 147 chambres.

Le sénateur Joyal, qui considère que le Château Laurier fait partie intégrante «d’une certaine façon» de l’enceinte parlementaire, estime que le ministre Rodriguez et la Commission de la capitale nationale (CCN) ont jusqu’ici «déclaré forfait et [s’en lavent] les mains, comme s’il s’agissait d’une banale histoire d’arrière-cours».

À son avis, le ministre refuse à tort de s’immiscer dans le dossier sous la recommandation des fonctionnaires.

«On lui a probablement dit: tenez-vous loin de cela, ça va être une controverse. Et il peut se retrancher derrière le fait que la clôture de la colline parlementaire arrête derrière le canal (Rideau). Le Château Laurier est ceinturé. Mais je crois que le ministre a été mal avisé. À mon avis, il ne peut pas abdiquer ses responsabilités publiques aussi facilement dans un contexte comme celui-ci. [...] Ce n’est pas uniquement une question qui a un impact pour la ville d’Ottawa. C’est l’ensemble du Canada qui est concerné par la symbolique de la capitale nationale et de ses édifices. On ne veut pas bloquer le projet d’agrandissement en soi, mais on veut qu’il se fasse dans le respect de l’intégrité architecturale des lieux», affirme le sénateur libéral.

Les deux signataires de la lettre invitent le ministre à faire preuve de leadership et font un parallèle avec une situation survenue en 1966, lorsque le ministre des Travaux publics de l’époque, George McIlraith, avait approuvé la démolition de la Gare Union, en face du Château Laurier, dans le but de construire un stationnement public sur le site. Face à une levée de boucliers de citoyens, le ministre n’avait eu d’autre choix que de reculer. L’édifice a été restauré et accueille aujourd’hui le Sénat pour une période minimale d’une décennie.

«Ce qui a fini par influencer la décision du gouvernement, c’est que la Gare Union et le Château Laurier formaient un ensemble inséparable promu à l’origine personnellement par le premier ministre Sir Wilfrid Laurier. [...] Nous vous rappelons ces faits parce que la décision à laquelle vous faites face vous inscrira dans l’histoire et marquera votre mandat à la tête de ce ministère: serez-vous visionnaire comme Laurier, en son temps, ou platement utilitaire comme l’était au début le ministère de McIlraith, en 1966, lui aussi responsable à cette époque de la CCN, laquelle s’était benoîtement rangée devant l’argutie administrative du ministère, tout comme la commission actuelle et son président devant ce projet bâclé?», écrivent-ils.

La lettre a aussi été envoyée à la ministre de l’Environnement et responsable de Parcs Canada, Catherine McKenna.