Le nouveau premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, s’est ouvertement opposé aux centres d’injection supervisée.

Centres d'injection supervisée: «un enjeu ni noir ni blanc»

Le conseiller municipal Mathieu Fleury, dont le quartier compte trois sites d’injection supervisée, dit espérer que le nouveau gouvernement Ford ne prendra pas de décision précipitée au sujet du financement de ces centres à travers la province.

Durant la campagne électorale, le premier ministre désigné a ouvertement affirmé qu’il s’opposait à ce modèle.

Or, selon l’élu d’Ottawa, « sans vouloir pointer du doigt », si quelqu’un devrait avoir une « discussion profonde » sur cet enjeu de société, c’est bien Doug Ford, étant donné l’expérience vécue par son défunt frère, Rob.

« Je lui demanderais de prendre du recul, d’être prudent, de consulter les communautés », affirme le conseiller du quartier Rideau-Vanier.

Ce dernier se dit tout à fait conscient qu’un centre d’injection supervisée est un sujet polarisant, mais il soutient que toute la communauté fait partie de la solution, des centres de santé à la Ville en passant par les policiers, les paramédics, les organismes et les familles impliquées.

« Ce n’est pas une question de jouer des jeux politiques ou de prendre position. Je pense qu’il faut comprendre la réalité sur le terrain. Personne ne veut des sites d’injection supervisée, personne ne veut voir quelqu’un souffrir de toxicomanie, personne ne veut voir d’arrestations policières. Moi, je vois cela comme une panoplie de stratégies qui sont disponibles. [...] Les gens vont dire qu’ils sont pour ou contre, sans comprendre que c’est l’un des volets de réponse. Est-ce que c’est le seul ? Absolument pas. Est-ce qu’on veut que les gens continuent à consommer ? Absolument pas. Mais si quelqu’un est pour consommer, j’aime bien mieux que ce soit dans un tel centre que d’avoir un impact dans notre communauté », poursuit l’élu membre du conseil de Santé publique Ottawa.

Watson plus nuancé
Quant au maire Jim Watson, il affirme respecter la vision du Conseil de santé d’Ottawa même s’il n’a jamais caché être personnellement davantage en faveur de traitements pour les personnes souffrant de dépendances. Mais qu’importe la méthode privilégiée, il rappelle que la municipalité ne peut assumer les coûts seule et doit avoir un coup de pouce financier des autres paliers de gouvernement.

« On a reçu de l’argent pour nous aider avec les opérations de ces centres. Il faut que ça continue, car nous ne sommes pas capables de tout financer », a-t-il indiqué.

Les centres d’injection supervisée ont entre autres pour objectif de réduire les décès par surdose d’opioïde, de diminuer la propagation de maladies transmissibles et les infections, ainsi que d’aider les personnes ayant peu de ressources ou qui ont un accès limité aux services de santé, comme les sans-abri. Les gens s’injectent des drogues telles que de l’héroïne, du fentanyl et du crack.

En mai dernier à Ottawa, on a dénombré une vingtaine de visites à l’urgence pour des surdoses d’opioïdes.

Le centre d’injection supervisée de Santé publique Ottawa, situé sur la rue Clarence, a reçu 906 visites le mois dernier, une hausse de 12 % par rapport à avril.

WATSON N'A PAS ENCORE DISCUTÉ AVEC DOUG FORD

Un peu plus de dix jours après l’élection des progressistes-conservateurs à la tête de la province, le maire d’Ottawa Jim Watson affirme qu’il n’a toujours pas eu de conversation avec le premier ministre désigné Doug Ford, pas même au téléphone. 

« J’ai parlé avec Lisa MacLeod (députée de Nepean) et les autres députés de la région », dit-il. M. Watson espère cependant avoir une rencontre avec lui une fois qu’il aura été assermenté à la fin juin, ou du moins, au cours de la saison estivale. 

« Il commence son mandat le 29 juin et je pense qu’il y a beaucoup d’autres priorités, mais j’espère qu’il va visiter Ottawa durant l’été et que j’aurai la chance de lui parler des priorités de la Ville et des citoyens », a-t-il indiqué. Invité à réagir à l’annonce de M. Ford lundi de procéder à un gel des embauches au sein de la fonction publique provinciale, le premier magistrat n’a pas voulu trop s’avancer. 

« C’est sa décision. Il avait le mandat de trouver 6 milliards $ à Queen’s Park. C’est un de ses buts ambitieux, probablement l’un des plus difficiles, alors c’est une façon de faire ça », a-t-il commenté.