Les maires Maxime Pedneaud Jobin et Jim Watson étaient de la rencontre de la Fédération canadienne des municipalités qui se tenait à Ottawa, jeudi.

Cannabis et logement social font jaser

À une dizaine de jours du dépôt du prochain budget fédéral, les maires de 22 grandes villes du pays, dont Jim Watson et Maxime Pedneaud-Jobin, ont présenté jeudi leur liste d’épicerie à plusieurs ministres du gouvernement Trudeau.

Le logement abordable, le transport collectif et surtout la légalisation imminente du cannabis ont été au centre des discussions en marge de cette rencontre organisée par la Fédération canadienne des municipalités au Château Laurier, dans la capitale fédérale. Des enjeux qui préoccupent tout autant les maires d’Ottawa et de Gatineau.

« On répète qu’on ne veut pas que la légalisation du cannabis coûte un sou aux contribuables. Il faut vraiment que ça sorte des poches du gouvernement fédéral. Là, ils ont libéré une partie de l’argent vers les provinces, mais pour nous le message est simple, simple, simple : il ne faut pas que ça coûte un sou aux contribuables dans nos villes. Ce n’est pas notre décision. Nous, on doit l’assumer, sauf qu’il ne faut pas qu’on augmente les taxes pour la financer », a d’emblée lancé M. Pedneaud-Jobin.

Watson
Son homologue ottavien partage exactement le même avis, précisant qu’il a envoyé une lettre à la première ministre ontarienne Kathleen Wynne pour l’interpeller sur la situation.

Il rappelle que cette nouvelle réalité engendra dès l’été prochain une multitude de coûts additionnels pour les villes, par exemple la police et la santé publique.

Comme tous ses collègues d’un océan à l’autre, M. Watson fait pression sur le fédéral pour qu’il finance davantage de logements sociaux, le besoin étant criant à plusieurs endroits.

« Il y a une liste de 10 000 personnes sur notre territoire qui ont besoin d’un logis », a-t-il dit, semblant toutefois confiant, car « la relation avec l’actuel gouvernement est positive ».

Sur la rive gatinoise, le dernier bilan faisait état de 1300 citoyens à la recherche d’un logis abordable.

Maxime Pedneaud-Jobin a également rappelé que l’une des craintes exprimées par les villes est que les provinces ne s’accaparent d’une trop grande part des fonds dédiés aux infrastructures.

« On gère 60 % des infrastructures et on ne reçoit que 8 % des taxes et impôts, alors je pense que nous sommes les premiers à avoir besoin d’aide, par exemple si on veut investir en transport en commun. C’est l’une de nos inquiétudes. Comment le fédéral va s’assurer que l’argent qu’il libère aille directement dans les villes ? », a-t-il expliqué.

Sans surprise, l’octroi de financement pour la phase 3 du train léger à Ottawa et le futur lien rapide dans l’ouest de Gatineau font également partie des priorités des maires des deux villes voisines.

Les maires veulent l’argent fédéral dès maintenant

Les maires des grandes villes canadiennes aimeraient que les sommes promises soient allongées plus rapidement.

Les libéraux ont dévoilé l’an dernier un plan pour le logement social qui prévoit des investissements de milliards de dollars du fédéral, et des sommes à l’avenant aux provinces et aux municipalités. Mais la plus grande partie de ces sommes ne sera pas versée avant des années. Ce plan prévoyait notamment la construction de 100 000 unités de logement abordable, et la rénovation de 240 000 autres.

Le maire d’Edmonton, Don Iveson, président du Caucus des maires des grandes villes, a indiqué que le message avait été relayé jeudi au ministre des Finances, Bill Morneau : resserrez les cordons de la bourse fédérale pour que les subventions à la rénovation soient au moins versées au cours de la prochaine année financière, en attendant que l’on s’entende sur la construction des logements neufs.

Des retards existent déjà entre le début des travaux de rénovation et le versement des subsides fédéraux, parce qu’Ottawa rembourse les provinces et les municipalités à la réception des factures. Les municipalités craignent que les retards dans les travaux de rénovation ne jettent à la rue des milliers de familles.

« Nous pouvons dès cette année refaire le toit, les fenêtres et l’isolation ou remplacer les chaudières dans des immeubles vieillissants, tout en créant des emplois et en maintenant ces unités dans le parc immobilier », a estimé le maire Iveson dans un point de presse en mi-journée. « Certaines unités (...) ne sont pas habitables actuellement parce qu’on a trop tardé, et on aimerait bien les remettre à la disposition des Canadiens qui en ont besoin — et créer des emplois — dès maintenant, pas dans un an ou deux. »

Le ministre de l’Infrastructure, Amarjeet Sohi, a assuré que son gouvernement souhaitait trouver, avec les municipalités, une solution à ce problème.

Pour la première fois depuis des années, les municipalités ne demandaient pas plus d’argent d’Ottawa — elles savent déjà que le gouvernement fédéral leur versera 180 milliards $ sur 10 ans pour les infrastructures. 

Elles veulent seulement que cet argent soit versé plus vite que lors de la première phase du programme d’infrastructures.

La première série de subventions du programme libéral d’infrastructure en eau et en transport collectif devait être versée d’ici la fin de mars : les libéraux repoussent maintenant l’échéancier à 2020. Les gouvernements fédéral et provinciaux soutiennent qu’ils ont tiré des leçons de cette première phase : les libéraux souhaitent conclure d’ici le 31 mars des ententes de financement pour la prochaine phase de subventions, qui promet 33 milliards $. Le ministre Sohi a réitéré jeudi cet objectif du 31 mars.

La Presse canadienne