L’installation de caméras de surveillance dans le marché By ne fait pas l’unanimité, même le conseiller du secteur n’y croit pas vraiment.

Caméras dans le marché By: «Faisons les choses différemment»

Au lendemain d’un rassemblement où de nombreux experts ont fait la démonstration de l’inefficacité de l’installation de caméras de surveillance pour combattre la criminalité, le conseiller de Rideau-Vanier, Mathieu Fleury, admet qu’il y a un objectif secondaire au projet dans le marché By.

«Je le reconnais que c’est polarisant, mais je le fais parce que personne n’est prêt à parler des enjeux de criminalité dans le marché et sur la rue Rideau sauf moi. Ça fait des années que j’en parle. C’est moi qui suis devant les caméras chaque fois et qui vis les conséquences, affirme M. Fleury. L’outil de la caméra force la conversation. En fin de compte, on va arriver à une meilleure intégration, un meilleur processus décisionnel et une meilleure sensibilisation aux enjeux.»

Une des voix qui s’est levée pour parler de la situation dans le marché By est la Coalition Against More Surveillance (CAMS) qui participait à un débat organisé par des universitaires mercredi soir à l’hôtel de ville d’Ottawa.

Une porte-parole du groupe, Samantha McAleese, explique que la coalition de citoyens s’est formée en apprenant que la Ville d’Ottawa souhaitait installer des caméras de surveillance en circuit fermé pour prévenir la criminalité.

«Nous savons que ça ne fonctionne pas. Plusieurs villes l’ont essayé et on ne voit aucune corrélation entre ces caméras et une diminution de la criminalité», soutient Mme McAleese qui souhaite que les fonds destinés à l’achat de caméras et à leur entretien servent à financer du logement communautaire et des services sociaux.

Mathieu Fleury soutient qu’il se sent un peu seul face à la montée des crimes violents dans le marché By. En plus de forcer une discussion plus vaste sur cet enjeu, il voit tout de même une utilité à ces caméras.

Mathieu Fleury, conseiller municipal d'Ottawa

«La semaine dernière, un homme qui travaille dans le marché va se chercher un café à 9h. Quelqu’un arrive derrière lui et le punche dans la face. Il va se chercher un café et il a des dents cassées, le nez fracturé. Il n’a pas de passé criminel, il n’a pas vu qui l’a punché et il n’y avait personne autour», raconte le conseiller de Rideau-Vanier, ajoutant que des caméras auraient pu aider à identifier le fautif ce qui permet de rassurer les victimes de gestes violents comme celui-ci.

Rebâtir le corps policier

M. Fleury se dit enthousiaste par le discours du nouveau chef de police d’Ottawa, Peter Sloly, qui prône une approche communautaire.

L’élu dit avoir hâte de le rencontrer pour lui parler des enjeux dans le marché By, mais ajoute qu’il faut revoir le processus d’embauche des nouveaux policiers.

«On ne peut pas juste avoir des policiers qui vont à la Cité collégiale et qui sont des gradués en criminologie et en technique policière. Il faut que ça soit des gens de divers milieux avec différentes qualifications en enseignement, en psychologie, en travail social pour redevenir communautaire et être partenaires dans leur milieu», lance Mathieu Fleury.

«On a embauché 75 officiers au cours des trois dernières années. Comment on fait pour les engager? On prend un policier à la retraite et on les embauche comme consultant. Ils interviewent 300 candidats et ils recommandent les 75 meilleurs à engager. C’est un vieux monsieur blanc avec une vision de la police du passé», ajoute l’élu.

Le conseiller de Rideau-Vanier ajoute qu’il faut également augmenter le financement pour le logement social et revoir notre approche face à la toxicomanie.

«Si les gens n’ont pas accès à un logement, on ne peut pas leur demander de se stabiliser, soutient Mathieu Fleury. Si on ne repense pas le war on drugs, on va continuer à se battre contre la toxicomanie. Si le gars doit s’injecter 11 fois et qu’il doit commettre 11 crimes pour payer sa drogue, faisons les choses différemment.»