<em>Le Droit</em> vous offre un aperçu des principaux débats qui risquent de retenir l’attention au cours des prochaines semaines.
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Budget 2021 à Ottawa: de vifs débats à l’horizon

Julien Paquette
Julien Paquette
Le Droit
Le conseil municipal devra faire des choix déchirants au cours des prochaines semaines dans le cadre du processus d’étude du budget 2021 de la Ville d’Ottawa. La pandémie cause une pression sans précédent sur les finances de la municipalité, alors que les revenus sont en chute libre — notamment pour OC Transpo et le service des loisirs — alors que les élus ont des objectifs ambitieux dans plusieurs secteurs. Le Droit vous offre un aperçu des principaux débats qui risquent de retenir l’attention au cours des prochaines semaines.

HAUSSE DE TAXES PLAFONNÉES

Le budget provisoire adopté par le conseil municipal mercredi — qui servira de bases pour les discussions budgétaires du prochain mois — prévoit une hausse des taxes foncières de 3%.

Catherine McKenney – qui représente le quartier Somerset – n’a pas manqué de critiquer le plafond rigide à la hausse de taxes imposée dans le cadre de ce processus, durant la réunion du conseil municipal de mercredi.

«On nous demande chaque année de déshabiller Pierre pour habiller Paul [si on souhaite financer un projet], c’est comme ça depuis plusieurs années», a lancé Catherine McKenney.

Son collègue du quartier Rideau-Rockcliffe, Rawlson King, croit qu’il aurait été pertinent de discuter du plafond à imposer, compte tenu des pressions financières et des importantes dépenses encourues par la Ville pour répondre à la crise sanitaire.

Le maire, Jim Watson, reconnaît que le processus force les élus à trouver une source de financement pour financer leurs initiatives. 

Il précise toutefois que dans un budget de près de 4 milliards $, les conseillers ont suffisamment de flexibilité pour faire leur travail.

Le conseiller de Rideau-Vanier, Mathieu Fleury, est confortable avec le plafond imposé puisqu’il ne voudrait pas imposer un trop grand fardeau financier aux résidents d’Ottawa qui ont perdu leur emploi cette année. Il aimerait toutefois que le conseil municipal innove pour conclure cette année sans précédent.

«Ce n’est pas facile, parce qu’il faut se concentrer sur le financement de ce qui est nouveau et laisser de côté quelque chose qu’on finance depuis longtemps. La Ville n’est pas très bonne à faire ça», explique M. Fleury.

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Itinérance, santé publique, service de police et hausse de taxes sont au cœur des débats pour le prochain budget de la Ville d’Ottawa.

SERVICE DE POLICE OU SANTÉ PUBLIQUE

L’actualité des derniers mois concernant la brutalité policière à l’endroit des minorités visibles a rattrapé le conseil municipal d’Ottawa cette semaine.

Dans un contexte où l’argent disponible se fait rare, les conseillers Shawn Menard et Catherine McKenney ont voulu faire d’une pierre deux coups : réduire le budget du Service de police d’Ottawa — une demande de nombreux groupes militants — afin de dégager des sommes pour augmenter le financement de Santé publique Ottawa (SPO).

Proposer une augmentation du budget de la police d’Ottawa de 1,5 % — plutôt que 3 % comme c’est le cas dans le budget provisoire présenté au conseil municipal mercredi — aurait permis de sauver plus de 4 millions $, selon M. Menard.

La proposition a rapidement été rejetée par une majorité des élus à la table du conseil. Le conseiller de Rideau-Rockcliffe et agent de liaison municipal pour la lutte contre le racisme et les relations ethnoculturelles, Rawlson King, estime que le moment est mal choisi de demander une réduction du budget du Service de police d’Ottawa.

« Évidemment, je veux du changement et une réforme, soutient M. King. Notre nouveau chef de police a un plan pour s’y attaquer. Je pense qu’il est important de prendre cette opportunité d’amener le vrai changement qu’il propose. Si ça ne fonctionne pas, nous explorerons d’autres approches. »

Santé publique

Un aspect de la motion des conseillers Menard et McKenney a suscité plus d’enthousiasme chez les élus : augmenter le budget de SPO.

« On a un besoin immédiat, c’est ça qui est le plus prioritaire », affirme le conseiller de Rideau-Vanier, Mathieu Fleury.

Le maire, Jim Watson, est rapidement intervenu pour lancer un avertissement à ses collègues.

« Nous devons compter sur le soutien de la province puisqu’elle doit fournir entre 70 % et 75 % du budget de la santé publique. Ce n’est pas possible pour nous de compenser si le gouvernement ne fait pas sa part », explique M. Watson.

Le conseil s’est résigné à soutenir une motion demandant au maire et au président du Conseil de santé d’Ottawa, Keith Egli, d’entreprendre des discussions avec la province afin d’obtenir du financement supplémentaire pour les activités au cœur de la mission de SPO qui ont dû être laissées de côté en raison de la pandémie.

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LOGEMENT ABORDABLE EN SITUATION D'URGENCE

Le conseil municipal a déclaré une situation d’urgence en matière de logement abordable et d’itinérance en début d’année. Il sera intéressant de voir si les pressions financières causées par la COVID-19 empêcheront la Ville de se donner les moyens de ses ambitions en 2021.

Le conseiller de Rideau-Vanier et président de Logement communautaire d’Ottawa (LCO), Mathieu Fleury, soutient qu’il est trop tôt pour savoir si des fonds supplémentaires seront octroyés pour le logement. Il entend toutefois militer pour que ça se produise.

«La COVID-19, si ç’a soulevé une chose, c’est le manque de résilience des services sociaux à Ottawa. Je ne cible aucun organisme en particulier», explique M. Fleury.

Ce dernier soutient que LCO aurait besoin de 13 à 15 millions $ de plus chaque année pour être en position de construire de nouveaux logements. Avec cette somme, LCO pourrait bâtir entre 500 et 700 unités par année, soutient le conseiller Fleury.