Selon Nathale Desrosiers, le gouvernement devrait plutôt «mettre ses culottes» et interpeller directement la Ville d'Ottawa au sujet du bilinguisme officiel.

Bilinguisme: vers une mort au feuilleton, dit l'opposition

La députée néo-démocrate et porte-parole de l'opposition aux affaires francophones, France Gélinas, est prête à parier que le projet de loi privé sur le bilinguisme de la Ville d'Ottawa déposé par la députée Nathalie Des Rosiers n'a «zéro chance» d'atteindre la troisième lecture à Queen's Park l'automne prochain.
Une telle annonce en toute fin de session parlementaire donne de faux espoirs aux gens, déplore l'élue de Nickel Belt, qui tient malgré tout à préciser qu'elle ne doute aucunement de la bonne foi de sa consoeur libérale à l'endroit de la cause. 
«Quand j'ai entendu la nouvelle, une partie de moi était heureuse et excitée, mais l'autre partie comprend bien qu'il s'agit d'un projet de loi présenté par une députée d'arrière-ban à l'avant-dernière journée en Chambre. Bien des choses peuvent se passer entre les vacances estivales et la reprise des travaux en septembre. En politique, on apprend avec le temps à lire entre les lignes. [...] Je lui accorde mon appui, je voterai pour, sauf qu'il n'y a aucune chance que ce projet de loi soit appelé et se rende jusqu'au fil d'arrivée. Le gouvernement est majoritaire et décide de ce qui se rend jusqu'au bout du processus ou non», mentionne celle qui siège à l'Assemblée législative depuis 2007.
Selon la députée du NPD, le gouvernement devrait plutôt «mettre ses culottes» et interpeller directement la Ville d'Ottawa au sujet du bilinguisme officiel.
«J'ai eu des discussions avec Mme Des Rosiers et elle est une députée solide et intelligente, sauf que ce serait pas mal plus facile si on demandait à Marie-France Lalonde (ministre déléguée aux Affaires francophones) d'amener un tel projet de loi sur la table en tant que ministre. Or, pour faire ça, il faut que les libéraux lui donnent l'autorisation. Et je crois que si elle l'avait, elle courrait vers le fil d'arrivée pour le faire», poursuit-elle, ajoutant tout de même que le projet de loi privé aura des répercussions et aura le mérite de changer les perceptions s'il est adopté.  
Ayant siégé avec M. Watson il y a quelques années quand celui-ci était député provincial d'Ottawa-Ouest Nepean, Mme Gélinas a sa petite idée pourquoi le maire de la capitale ne veut pas accéder à la demande de bon nombre de francophones. 
«Il n'ose pas le faire, car il est un fin politicien qui passe toutes ces décisions au travers d'un filtre. Il regarde pour son bien-être personnel bien avant le bien-être des gens qu'il dessert. Malgré tout, je ne veux pas que les gens lâchent», lance-t-elle.
Ne révélant pas si elle votera pour ou contre la proposition, la députée du Parti progressiste-conservateur et porte-parole de l'opposition aux affaires francophones, Gila Martow, aurait quant à elle préféré que Mme Des Rosiers privilégie une approche plus collaboratrice avec la Ville, rappelant que la décision d'accorder un statut bilingue relève présentement du monde municipal. 
«C'est un signal qui doit venir de leur part. De notre côté, on préfère travailler avec nos partenaires municipaux, il faut les consulter. M. Watson répète depuis longtemps que sa ville est bilingue. Ma suggestion aurait été de faire une motion tripartite à Queen's Park pour féliciter la Ville d'Ottawa d'être bilingue», lance l'élue de Thornhill.
Pas d'objection à l'hôtel de ville
Ouvertement favorable à l'octroi d'un statut bilingue officiel à la capitale fédérale, l'élue du quartier Somerset, Catherine McKenney, croit que la pièce législative, si elle est adoptée, aura le mérite de renforcer le caractère bilingue de la Ville.
Des élus municipaux ont réagi favorablement jeudi au projet de loi privé sur le bilinguisme de la Ville d'Ottawa déposé 24 heures plus tôt par la députée libérale Nathalie Des Rosiers.
Ouvertement favorable à l'octroi d'un statut bilingue officiel à la capitale fédérale, l'élue du quartier Somerset, Catherine McKenney, croit que la pièce législative, si elle est adoptée, aura le mérite de renforcer le caractère bilingue de la Ville. 
« J'ai toujours appuyé le bilinguisme à Ottawa et je pense que nos politiques fonctionnent bien. Sauf qu'un tel projet de loi, même s'il ne changera rien en pratique pour les citoyens, permettrait de garantir qu'un futur conseil municipal ne pourrait pas tout chambarder à sa guise. Ça reconnaît la présence de notre communauté francophone qui doit pouvoir avoir le loisir de communiquer dans la langue avec laquelle est le plus confortable », affirme-t-elle, ne cachant pas que le projet de loi pourrait être « difficile » à adopter. 
De son côté, le conseiller du quartier Orléans, Bob Monette, tient un discours similaire même s'il rappelle qu'il ne voterait pas « à tout prix » en faveur d'une motion réclamant le bilinguisme officiel d'Ottawa.
« Comme francophone, je n'ai pas de problème avec ce projet de loi, mais ça ne vient que confirmer ce que la Ville fait présentement. Nos services sont essentiellement bilingues. C'est simplement une autre façon de démontrer que notre capitale est bilingue. [...] Et je n'ai jamais dit que j'étais indécis au sujet du bilinguisme officiel, ce sont les médias qui ont rapporté ça. Ce que je dis, c'est que si une motion est apportée à la table du conseil, je n'ai pas de problème à l'appuyer, mais tout dépend de son contenu », dit-il.
Ardent défenseur du bilinguisme à la table du conseil, le conseiller de Rideau-Vanier, Mathieu Fleury, est absent de l'hôtel de ville et n'était pas disponible pour commenter le dossier, a indiqué son équipe. Les conseillers Stephen Blais et David Chernushenko n'ont également pas retourné nos appels.
Le président de l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario, Carol Jolin, ne croit pas que ce projet de loi privé n'aurait aucun impact sur la suite des choses. 
« Uniquement le fait que ça ait été annoncé, ça attire l'attention sur le sujet, ça met le dossier à l'avant-scène. Je considère qu'il s'agit d'un bon pas en avant. Maintenant, à savoir s'il sera adopté ou non et s'il se rendra assez loin ou mourra au feuilleton, ça, c'est la partie des politiciens, je n'ai pas de contrôle là-dessus », indique-t-il, déplorant du même coup que certains élus municipaux qui s'opposent au statut bilingue continuent de propager des informations « erronées ».