La professeure Kenza Benali de l’Université d’Ottawa a témoigné mardi aux audiences du Tribunal d’appel de l’aménagement local dans le dossier du projet de mégarefuge de l’Armée du Salut sur le chemin de Montréal.

Armée du Salut: «Vanier n’est pas un territoire anodin»

«Le quartier Vanier n’est pas un territoire anodin. Il a une charge historique, identitaire (pour la communauté franco-ottavienne)», a plaidé mardi une professeure de l’Université d’Ottawa spécialiste du patrimoine urbain franco-ontarien lors des audiences d’un tribunal administratif sur le projet de mégarefuge de l’Armée du Salut sur le chemin de Montréal.

Les impacts négatifs potentiels de l’arrivée du Centre multifonctionnel de l’Armée du Salut sur la communauté francophone du quartier Vanier font partie des arguments principaux des opposants au projet. Rappelons que le Tribunal d’appel de l’aménagement local tient présentement des audiences sur un changement de zonage adopté par le conseil municipal d’Ottawa qui permettrait la construction du refuge de 350 lits pour itinérants et personnes aux prises avec des dépendances et des troubles mentaux.

«Le processus de revalorisation (du quartier Vanier) est menacé par ce type de projet», a affirmé Kenza Benali, professeure agrégée au département de géographie, environnement et géomatique à l’Université d’Ottawa, et spécialiste des quartiers historiques francophones.

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Mme Benali, témoin des opposants au projet, a rappelé dans son témoignage que d’autres quartiers d’Ottawa qui avaient une bonne concentration de francophones ont subi les contrecoups du développement urbain après la Deuxième Guerre mondiale, comme ceux qui habitaient les plaines LeBreton et le secteur Est de la Basse-Ville.

«Il y a eu une mobilisation (contre les décisions de l’époque), mais elle n’a pas été entendue parce que c’était surtout des populations pauvres», a indiqué Mme Benali, précisant que 60 % des habitants de ces quartiers étaient des francophones, et que plusieurs se sont réimplantés à Vanier qui était alors une municipalité indépendante.

Mme Benali a tenu à signaler que Vanier est un bastion du militantisme franco-ontarien, et a rappelé les mobilisations contre la loi 17 afin de défendre le droit à l’éducation en français dans la province, et pour le maintien de l’Hôpital Montfort.

«C’est un quartier qui a une vitalité francophone», a-t-elle indiqué, faisant aussi durant son témoignage une comparaison avec l’avenue Preston, qui est le coeur du quartier italien d’Ottawa, et qui attire toujours la communauté italienne qui n’habite plus le secteur «parce que ça demeure leur port d’attache».

En contre-interrogatoire, Mme Benali a précisé que les populations vulnérables et stigmatisées comme celles du refuge de l’Armée du Salut, qui a présentement pignon sur rue dans le marché By, s’approprient des espaces publics, ce qui crée des problèmes de cohabitation et des conflits avec les autres populations.

Le contre-interrogatoire de Mme Benali se poursuit jeudi.