Le premier ministre Justin Trudeau
Le premier ministre Justin Trudeau

Ottawa tentera de rapatrier tous les Canadiens, sans les juger

Lina Dib
La Presse Canadienne
OTTAWA — Le gouvernement canadien tente de rapatrier tous ses ressortissants, même ceux qui ont décidé de voyager après avoir reçu la recommandation de rester au pays, en temps de pandémie.

«Ce qu’on est en train de faire maintenant, c’est essayer d’aider tous les Canadiens. On ne va pas porter de jugement sur les gens. On va essayer tout simplement de les aider», a assuré le premier ministre Justin Trudeau, jeudi matin.

«Ce qu’on est en train de faire maintenant, c’est essayer d’aider tous les Canadiens. On ne va pas porter de jugement sur les gens. On va essayer tout simplement de les aider», a assuré le premier ministre Justin Trudeau, jeudi matin.

Un des ministres responsables de ce lourd fardeau a annoncé qu’il était, à son tour, en isolement, en attente d’un résultat de test de COVID-19. Ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne a ressenti des symptômes de rhume en rentrant de voyage.

Le gouvernement canadien multiplie les contacts avec les compagnies aériennes pour tenter d’organiser des vols de rapatriement.

«J’ai parlé aux dirigeants d’Air Canada et de WestJet hier soir. [...] On va travailler ensemble pour essayer de rapatrier d’urgence le plus grand nombre de Canadiens possible», a indiqué le premier ministre qui, encore une fois, rencontrait la presse devant sa résidence où se poursuit son isolement volontaire.

Le plus récent groupe de touristes rapatriés se composait de Canadiens coincés sur un autre bateau de croisière, accosté à Marseille, celui-là.

Une passagère canadienne a publié sur une page Facebook qu’elle et ses compatriotes seraient ramenés au pays par un avion affrété par Ottawa. Elle se trouvait à ce moment-là dans un autobus qui amenait son groupe vers un aéroport.

En fin de journée, le gouvernement canadien n’avait pas encore confirmé l’information.

Plus tôt dans la journée, cette même dame, sur cette même page Facebook, faisait des reproches aux services consulaires canadiens.

De chez lui, à Shawinigan, le ministre Champagne devait faire rapport sur tous les efforts consulaires à ses collègues du comité du cabinet sur la COVID-19, réunis à Ottawa jeudi après-midi.

«Pour les Canadiens qui se trouvent dans les pays qui ont complètement fermé la frontière, c’est spécialement difficile; mais on est en train aussi d’essayer de régler la situation pour ces personnes», a déclaré sa collègue Chrystia Freeland, quelques minutes avant cette réunion.

Migrants du Chemin Roxham

M. Trudeau a pu préciser que la frontière canado-américaine dont la fermeture a été annoncée mercredi sera effectivement interdite à tout passage de touristes «probablement dans la nuit de vendredi à samedi». Les marchandises et les travailleurs essentiels pourront continuer de traverser cette frontière. Et, bien sûr, les Canadiens en séjour aux États-Unis pourront rentrer chez eux, mais devront s’imposer un isolement volontaire de 14 jours.

Le premier ministre ne peut prédire combien de temps cette pandémie limitera les allées et venues des Canadiens. Les experts ont offert différents scénarios «allant de quelques semaines à quelques mois», a-t-il indiqué.

Après quelques cafouillages, Ottawa et Québec se sont entendus sur la gestion des migrants qui traversent au Chemin Roxham. C’est à partir de vendredi que ceux-ci seront logés, par le gouvernement fédéral, pendant 14 jours d’isolement obligatoire. L’hébergement, en temps normal, relève des autorités provinciales.

«Nous sommes dans une période de crise, une période d’urgence. [...] Il faut éviter absolument que toute l’efficacité du gouvernement soit minée par des discussions de compétence. Et c’est pour ça qu’à partir de maintenant, c’est le gouvernement fédéral qui va prendre en charge l’isolement de tous les migrants», a offert le président du Conseil du Trésor, Jean-Yves Duclos.

Matériel médical

«Les besoins pour [les] tests augmentent», a souligné M. Trudeau, en affirmant que son gouvernement continue de s’assurer que les provinces obtiennent les fournitures médicales dont elles ont besoin.

Jeudi, l’administratrice en chef de l’Agence de la santé publique du Canada avait compté 55 000 tests effectués depuis le début de la crise.

Aucune province n’a encore demandé l’aide d’Ottawa pour se procurer plus d’appareils respiratoires.

Dorénavant, le gouvernement fédéral considère l’option de demander aux forces armées de mettre la main à la pâte pour fabriquer du matériel médical. Déjà, Ottawa a approché des manufacturiers qui pourraient détourner leur production vers du matériel sanitaire.

«Nous regardons toutes les différentes mesures nécessaires et possibles pour s’assurer que tout l’équipement dont les gens ont besoin est disponible», a insisté M. Trudeau.

Particulièrement inquiet pour les communautés autochtones, le gouvernement fédéral a réservé des mesures et de l’argent afin de mieux les protéger. «Aucune communauté ne sera laissée pour compte», a promis le ministre des Services aux autochtones, Marc Miller.

Nombre de cas

Jeudi soir, l’Agence de la santé publique du Canada dénombrait 837 cas confirmés de la COVID-19 au pays. Ce bilan tient compte des 40 nouveaux cas recensés en Colombie-Britannique, portant le total dans la province à 271, et des 27 en Alberta, qui compte désormais 146 cas confirmés.

Un premier décès lié à la propagation est survenu en Alberta. Il s’agit d’un sexagénaire d’Edmonton qui souffrait de problèmes sous-jacents.

Un huitième décès a été rapporté en Colombie-Britannique. Le ministre de la Santé de la province, Adrian Dix, a dit qu’il s’agissait d’un résident du même centre pour personnes âgées où six décès ont déjà été enregistrés.

L’Ontario a rapporté jeudi un deuxième décès et 257 cas de maladie à COVID-19.

Le Québec rapporte maintenant 122 cas, dont un décès annoncé mercredi.

Un dixième passager du bateau de croisière Grand Princess, retenu en quarantaine à Trenton en Ontario, a développé la maladie. Ils sont 228 isolés à la base militaire de Trenton depuis leur rapatriement en avion, il y a maintenant neuf jours.

Le Nouveau-Brunswick a, à son tour, déclaré l’état d’urgence. Sa voisine, la Nouvelle-Écosse, compte maintenant cinq cas confirmés.

Le message du jour

«L’argent ne sera pas un obstacle», a garanti la ministre fédérale de la Santé, Patty Hajdu. Mais voilà, si ce problème «pouvait se résoudre seulement avec de l’argent, je pense que nous l’aurions déjà réglé».