Non, les opossums d’Amérique ne sont pas des alliés dans l’éradication de la maladie de Lyme, comme le suggère une publication virale qui circule sur Facebook depuis quelques semaines.

Opossums, maladie de Lyme et mésinformation

Non, les opossums d’Amérique ne sont pas des alliés dans l’éradication de la maladie de Lyme, comme le suggère une publication virale qui circule sur Facebook depuis quelques semaines. Le ministère de la Forêt, de la Faune et de Parcs (MFFP) appelle à la prudence quant à la diffusion des informations que celle-ci contient, qui représenteraient une très libre interprétation d’une étude menée en captivité en plus de clamer faussement que le marsupial ne serait pas porteur de la maladie de Lyme.

« Bonjour, mon nom est Opossum! Je suis le seul marsupial d’Amérique du Nord! Je suis aussi spécialiste de l’éradication des tiques! Un seul de mes congénères peut manger jusqu’à 5000 tiques en une seule saison! En plus, malgré toutes les tiques que je mange, je ne suis ni porteur ni transmetteur de la maladie de Lyme! (...)» indique l’image partagée près de 5000 fois à partir de la page d’un commerce de Terrebonne. Celle-ci présente également plusieurs versions anglaises quasi identiques sur les réseaux sociaux, notamment sur le compte d’une clinique vétérinaire américaine. Dans le cas de cette dernière, l’information a été partagée près de 40 000 fois. 

Selon Catherine Ippersiel, porte-parole pour le Ministère, ces informations s’inspireraient d’une étude réalisée en 2009 et qui aurait produit une extrapolation de la consommation de tiques des opossums, soit 5000 par an, à partir du comportement observé de cinq opossums gardés en captivité. Or, cette étude n’aurait jamais été vérifiée en milieu naturel, à la connaissance du MFFP. « Les animaux en laboratoire ne se comportent pas de la même façon qu’en nature, précise Mme Ippersiel à La Tribune. Les conclusions de cette étude, et encore plus de son extrapolation sont donc à diffuser avec précautions. »

« Lors de cette étude, les auteurs ont constaté que l’opossum, tout comme l’écureuil gris d’ailleurs, serait moins tolérant à la présence de tiques installées dans leur fourrure pour se nourrir (parasitisme). C’est en effectuant régulièrement le toilettage de sa fourrure et en étant très méticuleux que l’opossum consommerait des tiques. Ce n’est donc pas un spécialiste de l’éradication des tiques dans l’environnement, contrairement à la croyance », explique Mme Ippersiel.  

Même si son hygiène fait que peu de tiques réussissent à s’établir et à s’alimenter avec succès [NDLR L’étude a estimé que 3 % d’entre elles réussissaient], la porte-parole affirme que, contrairement à ce qui est avancé dans la publication, l’opossum peut être porteur de la bactérie Borrelia burgdorferi, responsable de la maladie de Lyme, et la transmettre.  

Anna Madison, conseillère principale en relations médias pour l’Agence de Santé publique du Canada (ASPC) confirme que « à l’heure actuelle, la gestion des populations d’opossums afin de réduire le risque de la maladie de Lyme n’est pas envisagée par l’ASPC et par la communauté scientifique. » 

Une présence à éviter 

En plus d’exagérer le rôle de l’opossum en ce qui a trait à la diminution de tiques, la publication minimise les risques associés à la présence de cet animal près des résidences en affichant : « Je suis un allié de taille pour vos animaux de compagnie, alors si vous me croisez quelque part, laissez-moi faire mon travail, je suis de votre côté! » 

« Bien qu’il semble inoffensif, l’opossum est pourvu de petites dents pointues et il n’hésitera pas à s’en servir pour se défendre contre vos animaux domestiques ou vous-mêmes. Considérant que l’opossum peut être porteur de plusieurs maladies qui peuvent vous affecter ou contaminer vos animaux domestiques, il est important d’éviter de favoriser leur présence près des bâtiments. » 

Les opossums peuvent également être porteurs de zoonoses, soit des maladies infectieuses qui se transmettent à l’humain, comme la leptospirose ou la tularémie, note par exemple Anna Madison.

« Bien que ce soit plus rare, l’opossum peut être porteur du virus de la rage, comme les mammifères. Il est donc important de rappeler qu’il faut éviter d’avoir des contacts directs avec des animaux sauvages » prévient Mme Ippersiel.  

L’opossum d’Amérique, un animal à déclaration obligatoire au Québec, est omnivore et opportuniste. La présence de l’animal est enregistrée dans les régions du Centre-du-Québec, de la Montérégie, de l’Estrie et de Montréal. « Il semble y avoir une expansion de la répartition de l’espèce, écrit Mme Ippersiel. Une augmentation des mentions est également observée. Cette dernière peut résulter du fait que l’opossum est une espèce très prolifique. Une femelle peut avoir jusqu’à 14 petits dans une portée. »