«On veut éviter le orange et ça, c’est un moyen concret», a justifié la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, en conférence de presse.
«On veut éviter le orange et ça, c’est un moyen concret», a justifié la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, en conférence de presse.

Opération policière dans plus de 1000 bars et restaurants [VIDÉO]

Olivier Bossé
Olivier Bossé
Le Soleil
Si vous sortez dans un restaurant ou un bar cette fin de semaine, attendez-vous à croiser les forces de l’ordre. Vendredi, le gouvernement a lancé «une vaste opération policière» où plus de 1000 établissements titulaires d’un permis d’alcool seront visités partout au Québec pour faire respecter les consignes sanitaires, surtout en zone jaune de préalerte comme à Québec.

«On veut éviter le orange et ça, c’est un moyen concret», a justifié la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, en conférence de presse.

Elle réfère au système d’alerte par région qui compte quatre paliers représentés par des couleurs, vert, jaune, orange et rouge. En ce moment, 8 régions sur 18 pour 75 % de la population du Québec sont en zone jaune.

«À mesure que la couleur devient chaude, on peut penser qu’on sera de plus en plus répressif. Mais l’objectif est justement de ne pas se rendre au orange, encore moins au rouge, de rester au jaune et de retourner dans le vert. C’est pour ça qu’on fait ça en fin de semaine. Mais si on a besoin, on va ajouter de nouvelles mesures. C’est une gradation», a-t-elle expliqué.

Pour accentuer la démonstration d’autorité, la ministre était accompagnée des patrons des trois plus importants corps policiers au Québec, soit la Sûreté du Québec et les services de police de Montréal et de Québec. Mme Guilbault est aussi vice-première ministre du Québec et ministre responsable de la région de la Capitale-Nationale.

Le premier ministre, François Legault, et le ministre de la Santé, Christian Dubé, ont insisté cette semaine que la majorité des foyers d’éclosion de COVID-19 au Québec naissent lors de rassemblements «dans les maisons».

«Chaque semaine, on voit des images de planchers de danse bondés, alors il faut admettre qu’il y a des situations d’infraction aux règles de santé publique dans certains bars et restaurants», insiste néanmoins Mme Guilbault. «Les jeunes, moins jeunes et les exploitants de ces endroits-là qui seraient tentés d’être relâchés dans les mesures en fin de semaine vont trouver les policiers sur leur chemin.»

OSCAR en action

Baptisée OSCAR pour Opération Systématisée sur les Comportements À Risque, l’opération mobilisera plusieurs effectifs policiers d’ici dimanche. À Montréal, 40 agents seront affectés à cette tâche précise.

«À Québec, nos effectifs sont variables en fonction du nombre d’appels qu’on peut recevoir et d’établissements qu’on peut visiter», explique le directeur du Service de police de la Ville de Québec, Robert Pigeon, qui est aussi président de l’Association des directeurs de police du Québec.

Les policiers ne peuvent pas fermer un bar ou un restaurant sur-le-champ. Mais il leur est possible d’obtenir une rencontre en moins de 24 heures avec les gens de la Régie des alcools, des courses et des jeux et de la Santé publique, qui eux agiront en conséquence.

La ministre Guilbault n’exclut pas qu’une autre opération du genre puisse être tenue dans le futur.

Un constat d’infraction peut coûter entre 400 $ et 1000 $, tandis qu’une récidive atteindrait jusqu’à 6000 $.

Ticket à la maison?

Quant aux rassemblements dans les maisons privées, Mme Guilbault va bientôt fournir aux policiers le pouvoir d’y décerner des constats portatifs, c’est-à-dire de bons vieux tickets. Méthode «plus directe, efficace et dissuasive», croit la ministre.

Ce qui reste impossible présentement, le représentant des forces de l’ordre devant plutôt rédiger un constat d’infraction général où il demande la permission de porter des accusations qui, le cas échéant, parviennent au fautif plusieurs semaines plus tard.

L’idée d’entrer dans les résidences privées sans mandat est discutée, «mais ni moi ni le premier ministre n’avons envie d’assiéger les maisons privées du jour au lendemain. Par contre, la chose responsable à faire est d’étudier toutes les possibilités existantes», répond-elle.

Réaction des maires

Les élus de Québec et de Montréal ont réagi favorablement à l’annonce de l’opération policière dans les bars et restaurants. Le maire de Québec, Régis Labeaume, estime que ces interventions sont nécessaires et que les policiers agissent de façon «raisonnée et intelligente».

«Je pense qu’on n’est pas à la veille d’avoir un État policier, n’exagérons pas. (...) Si c’est nécessaire (d’intervenir), faisons-le», a-t-il commenté.

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, estime également qu’»on est loin de l’État policier». Si on veut garder les commerces et restaurants ouverts, il est «correct» selon elle d’augmenter la présence des forces de l’ordre afin de veiller au respect des règles.

«Il y a une chose qui est évidente, plus la soirée avance (...) c’est la nature humaine d’oublier, parce qu’en plus, on a eu une année difficile.» Avec La Presse Canadienne