Marie-Claude Masse expose dans sa salle à manger la vaisselle ayant appartenu à ses aïeules. Comme un hommage à ces femmes et leur travail invisible.

Une histoire de vaisselle berçante [VIDÉO]

Les objets peuplent nos vies et nos maisons. On les garde souvent par utilité, parfois par attachement sentimental. En ce début d’année, les journaux du Groupe Capitales Médias vous présentent des gens à travers un objet fort en symbole, en souvenirs et en émotions.

Marie-Claude Masse possède une assiette de service qui a appartenu à son arrière-grand-mère, sa grand-mère et sa mère. Elle ne l’utilise jamais. Elle préfère l’exposer au-dessus de sa table à manger, sur une tablette en bois, dans son petit musée de vaisselle ayant appartenu aux femmes de sa famille. Comme un hommage à ses aïeules.

« Il y a une notion de filiation puisque l’idée centrale est de faire voyager ces objets d’une génération à une autre. La vaisselle est aussi un symbole fort de tout le travail invisible de ces femmes. Que ce soit celui de cuisiner, nourrir, mais aussi laver, coudre, soigner », explique la correctrice de Magog.

À côté de la grande assiette de porcelaine, qui aurait servi ses premiers repas il y a environ 120 ans, se trouve, entre autres, un ensemble à thé japonais. Un cadeau de mariage de ses grands-parents dans lequel sa mère, enfant, buvait du jus de tomate, les dimanches, avec son frère et ses sœurs.

« C’est certain que ces objets me donnent l’occasion de parler de mes aïeules à mes enfants. C’est aussi une façon de garder vivante une trace de leur existence, leur mémoire », souligne Mme Masse.

L’assiette de service a été fabriquée par une entreprise britannique, The Mellow Taylor and Co, qui existait entre 1880 et 1903. Zibella Arsenault, l’arrière-grand-mère, a légué l’assiette à sa bru, Marguerite Sabourin, qui l’a donnée à la mère de Marie-Claude Masse, Marcelle Marleau.


« « La vaisselle, c’est le partage, c’est nourrir la famille. C’est certain que je donnerai cette vaisselle à mes enfants. Ils la lègueront, peut-être, aux leurs. » »
Marie-Claude Masse

« Je n’ai pas connu Zibella. Marguerite, elle, je l’ai bien connue. On vivait dans un village, Saint-Clet [à l’ouest de Montréal], où on allait partout à pied. La porte de ma grand-mère était toujours ouverte, elle nous recevait tous, cousins et cousines, avec ou sans invitation. On débarquait pour manger ou pour dormir », se souvient-elle, émue, ajoutant que cette grand-mère accueillante est décédée en 2011 à l’âge de 95 ans.

« Ma mère a conservé cette assiette. Sans l’utiliser ni l’exposer. Mais elle y tenait. Et pour ma mère comme pour ma grand-mère, s’il y a de la nourriture pour quatre, il y en a pour huit. Elle est réservée, mais très généreuse. C’est une femme de peu de mots, mais qui est sensible. Elle nous démontre beaucoup son amour par les repas, le fait de nous recevoir », enchaine-t-elle, toujours émue.

« La vaisselle, c’est le partage, c’est nourrir la famille. C’est certain que je donnerai cette vaisselle à mes enfants. Ils la lègueront, peut-être, aux leurs. En attendant, je reproduis des recettes de ma mère et de ma grand-mère, c’est une autre façon de les garder dans la famille, à notre table. »

Conserver ces objets aide Marie-Claude Masse à calmer ses inquiétudes. « La mort et l’absurdité de nos existences m’angoissent. Pour moi, c’est fou qu’on disparaisse et qu’on ne laisse rien. Les objets de ces femmes, certaines disparues depuis longtemps, sont des traces. Ça me calme inconsciemment de les garder. Ça me berce », raconte-t-elle en éclatant de rire, pour détendre l’atmosphère.

Belle image que cette vaisselle berçante.