L'objet de ma vie

La plus précieuse des pierres

Les objets peuplent nos vies et nos maisons. On les garde souvent par utilité, parfois par attachement sentimental. En ce début d’année, les journaux du Groupe Capitales Médias vous présentent des gens à travers un objet fort en symbole, en souvenirs et en émotions.

Ce sont huit décennies d’histoire que renferme le diamant que porte à son doigt  Mario Brouillette, propriétaire de la Bijouterie Brouillette et fils.

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Un casque aux racines vikings

Les objets peuplent nos vies et nos maisons. On les garde souvent par utilité, parfois par attachement sentimental. En ce début d’année, les journaux de Groupe Capitales Médias vous présentent des gens à travers un objet fort en symbole, en souvenirs et en émotions.

Si les contes et légendes vikings font parfois rêver le commun des mortels, pour d’autres, c’est une façon de se rappeler leurs ancêtres qui ont traversé l’Atlantique au péril de leur vie pour s’enraciner à l’autre bout du monde, ici même au Québec.

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La main de grand-papa

Les objets peuplent nos vies et nos maisons. On les garde souvent par utilité, parfois par attachement sentimental. En ce début d’année, les journaux du Groupe Capitales Médias vous présentent des gens à travers un objet fort en symbole, en souvenirs et en émotions.

La photo était formidable. Émouvante et touchante par sa simplicité.

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Une histoire de vaisselle berçante [VIDÉO]

Les objets peuplent nos vies et nos maisons. On les garde souvent par utilité, parfois par attachement sentimental. En ce début d’année, les journaux du Groupe Capitales Médias vous présentent des gens à travers un objet fort en symbole, en souvenirs et en émotions.

Marie-Claude Masse possède une assiette de service qui a appartenu à son arrière-grand-mère, sa grand-mère et sa mère. Elle ne l’utilise jamais. Elle préfère l’exposer au-dessus de sa table à manger, sur une tablette en bois, dans son petit musée de vaisselle ayant appartenu aux femmes de sa famille. Comme un hommage à ses aïeules.

« Il y a une notion de filiation puisque l’idée centrale est de faire voyager ces objets d’une génération à une autre. La vaisselle est aussi un symbole fort de tout le travail invisible de ces femmes. Que ce soit celui de cuisiner, nourrir, mais aussi laver, coudre, soigner », explique la correctrice de Magog.

À côté de la grande assiette de porcelaine, qui aurait servi ses premiers repas il y a environ 120 ans, se trouve, entre autres, un ensemble à thé japonais. Un cadeau de mariage de ses grands-parents dans lequel sa mère, enfant, buvait du jus de tomate, les dimanches, avec son frère et ses sœurs.

« C’est certain que ces objets me donnent l’occasion de parler de mes aïeules à mes enfants. C’est aussi une façon de garder vivante une trace de leur existence, leur mémoire », souligne Mme Masse.

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L’étonnant confort d’une barre à clous

Les objets peuplent nos vies et nos maisons. On les garde souvent par utilité, parfois par attachement sentimental. En ce début d’année, les journaux du Groupe Capitales Médias vous présentent des gens à travers un objet fort en symbole, en souvenirs et en émotions.

Line Desgagné est descendue au sous-sol avec son père, dans son atelier, il y avait accrochée au mur la barre à clous qui était là depuis toujours, au travers des collections de vis et de clous triés.

— Ma fille, ça a 200 ans, cette barre à clous là.

— Deux cent ans?

— Pars avec, il ne faut pas qu’elle se perde dans le temps.

C’était en 1998, Line est repartie avec l’outil, prenant le relais de son histoire. C’est un des rares objets qu’elle garde de son père, Jérémie, qui habite dans une résidence au Saguenay. Qui, doucement, se perd dans le temps.

L’alzheimer.

Line est la gardienne de l’objet comme elle est la gardienne des souvenirs de son père, toutes ces histoires qu’il lui a racontées, qui ont quitté sa mémoire comme la barre à clous le mur de son atelier. 

Là où on ne pourrait voir qu’une simple barre de métal, Line imagine tout ce qu’elle a traversé, les mains qui l’ont empoignée. Il y a eu celles de son grand-père Boniface, qui a travaillé à Val-Jalbert, qu’il a dû quitter avec femme et enfant en 1927, quand l’usine de pâtes à papier a fermé.

Il a emporté la barre à clous.

Boniface et Anne sont allés s’installer à Hébertville-Station, ils ont eu leurs six autres enfants. «Mes grands-parents ont eu un commerce là-bas. Quand je suis allée au 100e, je suis allée au magasin, il y avait une photo de mon père avec le boucher.»

Ils ont dû plier bagage, encore. 

Le feu. 

Mai 1943, une cinquantaine de maisons sont réduites en cendres, 300 personnes se retrouvent à la rue. «C’était le troisième grand feu d’Hébertville-Station, leur maison a brûlé. Ils ont déménagé à Chicoutimi.»

Avec la barre à clous.

«Ils étaient sur la rue Taché, juste en bas de la petite maison blanche qui a résisté au déluge.» La leur, qu’ils n’habitaient plus alors, été emportée. 

«Elle n’existe plus aujourd’hui.»

L’outil, pour Line, c’est tout ça. «Ça parle, un objet comme celui-là. Ce n’est pas seulement un objet, ça se rattache aux gens qui ont fait son histoire. Ça pourrait être une simple épingle que ce serait intéressant de savoir à qui elle a appartenu, ça a été quoi son chemin jusqu’ici.»

Elle garde de sa grand-mère un mouchoir de poche avec de la dentelle.

La barre à clous s’est effacée de la mémoire de son père. «Il ne lui reste plus beaucoup de souvenirs. Mais il se rappelle certains gestes, comme se faire la barbe, se mettre une cravate. Quand on le sort au McDo, il prend un café, deux biscuits, il est heureux. Il ouvre la porte aux femmes.»

Comme l’outil, son corps résiste au temps. «Il est droit comme une barre». 

L’expression prend ici tout son sens.

Son père a conservé des objets qui le ramènent peut-être au temps d’avant. «Il a une tabatière, avec une pipe dedans. Il a sa musique à bouche dans son tiroir, avec sa montre de poche. Et une photo de lui et ma mère qu’il garde sur lui.»

Quand il voit sa Carmen, il la reconnaît.

Quand Line va voir son père, elle se rappelle l’homme qu’il était, fier. «Il ramassait toujours plein de choses. Il récupérait des vis, des clous, des poignées, tout ce qu’il trouvait. Et à chaque fois qu’il avait besoin de quelque chose, il l’avait.»

Line a comme lui ce besoin de s’entourer d’objets. Elle a gardé pendant longtemps la collection complète des Sélections du Reader’s Digest de son père, de 1943 à 2000. «On se rend compte qu’il y a bien des affaires qui n’ont pas changé, comme les guerres. C’est fascinant de voir ça.»

Elle conserve précieusement dans une boîte les «trente-deux ans de cartes de Saint-Valentin, de Noël et de fête» que son amoureux, décédé il y a quatre ans, lui a écrites. «Cette boîte-là est sacrée.»

Elle est pleine de vie.

Comme la barre à clous. Quand Line la regarde, elle fait un voyage dans le temps. «Je revois le sous-sol, les vis et les clous cordés, triés. Je trouvais ça rassurant.»

Le bonheur a parfois d’étonnants atours.

«Il y a un confort dans la mémoire des objets.»

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Le violon de Vilmos

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Est-ce que les réfugiés, en fuyant la guerre, transportent dans leurs bagages un objet important pour eux? Je veux dire, autre chose que l’essentiel, autre chose que des vêtements, de l’argent et une brosse à dents?

La Gatinoise Marijana Toma a ramené un violon de la guerre en Bosnie. Un vieux violon au vernis patiné par le temps, qu’un éclat de grenade a percé d’un trou noir et sinistre.

Au dos de l’instrument, une mystérieuse inscription a été grossièrement gravée dans le bois: Irena.

***

Ce violon, c’est le seul souvenir qu’il lui reste de son père Vilmos, en sus de quelques photographies en noir et blanc. Son père y apparaît dans toute la splendeur de sa jeunesse. Un beau gosse au regard perçant et aux lèvres charnues, revêtu d’un uniforme militaire. Sur certaines photos, il arbore le fameux violon qui l’accompagnait lors de ses tournées en ex-Yougoslavie.

«Mon père était un musicien professionnel, raconte Marijana en couvant du regard le précieux violon posé sur la table du salon. Vilmos jouait dans un orchestre de l’armée. Il a fondé des écoles de musique en voyageant d’une ville à l’autre.»

Sur son instrument, qui a survécu à une des guerres les plus meurtrières de la fin du XXe siècle, Vilmos jouait des mélodies populaires au temps du communisme. Il composait aussi des chansons en hongrois dont il transcrivait soigneusement les paroles et les notes dans un petit cahier.

Vilmos était un soldat, mais il n’est pas mort à la guerre. C’est la leucémie qui l’a emporté alors que Marijana n’avait que 6 ans. Sa mère, Anna, a conservé le violon dans ses affaires, à Sarajevo, avec le petit cahier de notes écrites à la main par Vilmos.

Le violon s’y trouvait toujours lorsque la guerre a éclaté. Quand une grenade a fait sauter tout un mur de l’édifice, l’instrument s’est retrouvé sur le chemin d’un éclat. Le petit bout de métal acéré a transpercé l’étui, puis la partie supérieure du violon. La mère de Marijana, qui s’était réfugiée au sous-sol, n’a pas été blessée.

***

À l’époque, Marijana et son mari Bato Redzovic étaient déjà au Canada. Ils avaient fui Sarajevo en proie à l’anarchie totale. La ville était encerclée. Il n’y avait plus d’eau courante, plus d’électricité, presque plus rien à manger. À la manière de gangs de rue, différentes factions armées prenaient le contrôle des quartiers. Bato et Marijana s’étaient fait confisquer leur logement.

«Des étrangers arrivaient, prenaient ton appartement et restaient dedans, raconte Bato. Nous, c’est une femme qui est arrivée chez nous avec son mari et son enfant. Il n’y avait plus de gouvernement, plus de loi. Celui qui avait le fusil faisait la loi».

Le couple avait fui Sarajevo avec un minimum de bagages. Quand ils sont retournés à leur appartement après la guerre, en 1997, il ne restait plus rien de leur ancienne vie. Tout avait été pillé. Les meubles, les albums photos, les souvenirs, tout.

Enfin, presque tout. Il restait le violon de Vilmos. Un objet important pour Marijana. Le souvenir d’un père qu’elle a peu connu. Un rappel du Sarajevo rayonnant qui a accueilli les Jeux olympiques d’hiver, en 1984. Un souvenir heureux transpercé par la violence de la guerre.

L’instrument n’a pas été touché depuis l’explosion. Il lui manque toujours une corde. Des petits copeaux de bois reposent au fond de l’étui: des restes du mur pulvérisé par la grenade.

Si ce violon pouvait parler, il aurait sûrement de fabuleuses histoires à raconter. Il a conservé une aura de mystère. Saura-t-on jamais qui est cette mystérieuse Irena, dont le nom est gravé au dos du violon?

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Un coffre aux mémoires

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Mathieu K. Blais collectionne les avis de décès, des coupures de journaux qu’il conserve précieusement dans un petit coffre en bois. Un coffre pour protéger la mémoire.

Actualités

La dynastie des dynasties

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Chaque chose en son temps

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C’était le temps des numéros de téléphone à cinq chiffres, dans le temps où prendre une photo était un événement.

Ce temps, qu’on dit vieux et bon.

Richard Marcoux a sorti la montre de poche qu’il conserve précieusement depuis deux décennies au moins, l’objet a été transmis de père en fils depuis plus d’un siècle. «Elle doit avoir 125, 130 ans. Je sais qu’elle a appartenu à mon grand-père, puis à mon père, puis à moi.»

Richard a un fils, un petit-fils et une petite-fille. «Elle va suivre.»

La montre est en or, on soupèse tout de suite sa qualité quand on la tient dans le creux de notre main.

Et elle tient encore l’heure.

Son tic tac est régulier, infatigable. Pas de piles évidemment, suffit de remonter son mécanisme pour qu’elle continue à trotter. Il est quelque chose de rassurant dans cette imperturbable cadence.

Quand il a hérité de la montre de son père, Richard n’y voyait alors qu’un simple objet, au mieux le témoin d’une époque révolue. «Au début, c’était juste le fait de l’avoir, je n’y portais pas vraiment attention. Mais depuis trois ou quatre ans, je ne la vois plus de la même manière, depuis que je m’intéresse à la généalogie.»

Il remonte le temps comme sa montre. «Je trouve ça fascinant de pouvoir remonter à mes origines, de connaître mon histoire. Je suis rendu à la troisième génération, on peut remonter jusqu’à 10! Je le fais aussi pour mon fils et pour mes petits-enfants.» Pour qu’ils sachent qui les a précédés.

Qu’ils sont la suite de quelque chose.

Richard a fait examiner la montre par un bijoutier il y a trois ans, pas tellement pour en connaître la valeur, celle qu’il lui porte est assurément plus grande. Le bijoutier a confirmé qu’elle était d’origine.

Comme la pochette en tissu, qui a traversé le temps avec elle.

Avec la montre, Richard a aussi ressorti un vieil album de photos de famille qu’il avait trouvé chez sa mère après son décès, et qu’il avait rangé sans vraiment y porter attention. «Je ne le vois plus de la même façon. Je le voyais comme un livre de photos. Je le vois maintenant comme un livre d’histoires.»

Il a pris le temps de l’observer sous toutes ses coutures, la couverture travaillée, «l’écriture biblique dans la tranche». Des passages religieux que le temps a élimés. «Ils devaient être en moyens pour avoir un album comme ça.» Richard tourne lentement les pages de carton épais, trouées de petites fenêtres où sont glissées les photos.

Il en manque.

Avec une petite pince, il tire celles qui ne sont pas figées. Il les a déjà toutes regardées une à une, a pu identifier certains membres de sa famille, regrette qu’elles ne portent aucune mention au verso. À part une, datée du 19 juin 1945. «Souvenir de moi à Paris.» C’est l’oncle Eusèbe, qui a fait la guerre. 

Qui a eu la chance d’en revenir.

Les photos les plus anciennes sont des ferrotypes, l’image est fixée sur une plaque métallique. Sur l’une d’elles, deux hommes debout, tirés à quatre épingles. Complet classique, montre de poche.

Celle dont a hérité Richard?

À l’endos des photos en carton, faute de savoir qui est posé, on trouve qui a immortalisé le portrait, les Livernois, Gingras, Roy, Plante qui avaient leurs studios dans Saint-Roch. Derrière celle où on voit un grand monsieur à moustache, prise par A. R. Roy, les adresses de deux studios, rue Saint-Joseph et côte du Passage à Lévis. 

Et ces mots : «vieux portraits réparés».

C’était l’époque où on réparait les choses au lieu de les jeter, jusqu’aux photos. 

Et on ne souriait pas.

Tous les clichés ont ceci en commun, personne ne sourit. Ni les enfants, ni les mariés, ni Yolande et Olive avec leurs diplômes dans les mains. On sent, d’une image à l’autre, le poids des conventions. Richard me montre une photo de famille, ses grands-parents avec leurs sept garçons.

Les hommes sont tous en costard, même le plus jeune, tout petit. «Ça fait Le parrain un peu…»

C’est un voyage dans le temps, en quelque sorte, à cette époque où les hommes et les femmes vivaient chacun dans leur sillon, en faisant leur devoir. Une époque où on devait soigner son image.

Et où on prenait soin des objets.

Regardez autour de vous. Combien d’objets chevaucheront le prochain siècle? En fonctionnant toujours? La montre de poche de Richard, elle, marque l’heure comme au premier jour, et son or brille encore. 

Et elle se rendra au prochain siècle.