Le maire d’Ottawa Jim Watson en avait long à dire sur la loi québécoise sur la neutralité religieuse.

Neutralité religieuse: Jim Watson dénonce la loi 62

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le maire d’Ottawa Jim Watson ne passe pas par quatre chemins pour exprimer son opinion sur la loi québécoise sur la neutralité religieuse.

Se disant « consterné » par l’adoption de cette législation dans la province voisine, il a décidé d’écrire une lettre au premier ministre Philippe Couillard pour lui dire qu’il est tout à fait hors de question que les chauffeurs d’OC Transpo ne l’appliquent à bord des autobus.

« J’espère que vous ne vous attendez pas à ce que les chauffeurs d’autobus de la Ville d’Ottawa, qui servent aussi les résidents de Gatineau, prennent des mesures pour faire respecter cette législation, car, pour être on ne peut plus clair, on leur aura expressément enjoint de ne pas le faire », a-t-il écrit dans sa lettre acheminée mercredi.

Le maire Watson qualifie la loi, adoptée à 66 voix contre 51 il y a une semaine par l’Assemblée nationale, de « législation régressive qui constitue une violation du droit fondamental des personnes d’exprimer leur religion de la façon qui leur convient comme le permet la Charte des droits et libertés ». Selon lui, il s’agit aussi d’une discrimination envers les femmes qui ont fait ce choix.

« Je crois que c’est clairement inconstitutionnel. On a des autobus dans la région qui vont d’Ottawa vers Gatineau et vice-versa, et je veux que ce soit très clair que cette loi, elle ne fait pas notre affaire et on ne l’appliquera pas. Le gouvernement est en train de dire aux femmes comment elles devraient s’habiller et c’est inacceptable. Le personnel a été averti de ne pas demander à une femme de retirer son écharpe ou tout autre type de chose couvrant la tête », a-t-il dit en mêlée de presse.

Dénoncée haut et fort ailleurs au pays, entre autres par les trois principaux partis politiques à Queen’s Park, la loi est « un appel à peine voilé au sentiment populiste », estime le maire d’Ottawa, rappelant que nous vivons dans une société « progressiste ».

« Les résidents d’Ottawa interagissent régulièrement avec les services gouvernementaux à Gatineau et je suis attristé que, ce faisant, ils ne jouiront pas des mêmes libertés qu’à Ottawa », rajoute-t-il dans sa missive, ajoutant que la confusion règne au sujet de cette loi, qui, espère-t-il, sera contestée devant les tribunaux.

Même si une copie de la lettre a été envoyée à la Ville de Gatineau, étant donné que des passagers ontariens voyagent aussi à bord des autobus de la Société de transport de l’Outaouais, M. Watson affirme ne pas s’être entretenu sur le sujet avec son homologue Maxime Pedneaud-Jobin. Mais il tient à rappeler que les deux sociétés de transport en commun dans la région sont sous juridiction fédérale, une autre raison pour lui de s’opposer à la loi.

« J’espère que le conseil d’administration de la STO pense la même chose », renchérit-il. 

Le premier magistrat de la capitale fédérale dit espérer qu’après réflexion et face aux vives réactions, le gouvernement Couillard reculera sur la question et reléguera la loi 62 aux oubliettes.

La STO ne se prononce pas encore

Même si le maire Jim Watson dit souhaiter que la STO emboîte le pas à la Ville d’Ottawa et OC Transpo en ne comptant pas faire appliquer la loi sur la neutralité religieuse, le transporteur public soutient qu’il n’est pas encore en mesure de se prononcer sur la question, répétant son discours de la semaine dernière. 

« Nous avons pris connaissance de la position du maire d’Ottawa. Actuellement, il n’y a pas de changement à notre politique d’admission des usagers à bord des autobus. C’est le statu quo. La STO souhaite également prendre le pouls auprès de l’Association des transporteurs urbains du Québec, qui représente neuf sociétés de transport. Le reste est à suivre », affirme la porte-parole Céline Gauthier.