La présidente du Syndicat de l'enseignement de l'Outaouais, Suzanne Tremblay, tôt jeudi matin, après que l'action de visibilité ait été posée.
La présidente du Syndicat de l'enseignement de l'Outaouais, Suzanne Tremblay, tôt jeudi matin, après que l'action de visibilité ait été posée.

Négociations: les enseignants de l'Outaouais déplorent le «silence éloquent» de Québec [VIDÉO]

Daniel LeBlanc
Daniel LeBlanc
Le Droit
Pour souligner le premier anniversaire du dépôt des demandes syndicales et dénoncer «le silence éloquent et l'inaction» du gouvernement du Québec, le Syndicat de l'enseignement de l'Outaouais (SEO) a organisé une campagne de visibilité et de placardage devant les bureaux de  trois centres de services scolaires de la région à l'aube jeudi.

Comme partout ailleurs en province où il y a des syndicats affiliés à la Fédération autonome de l'enseignement (FAE), des affiches sur lesquelles on peut entre autres lire «Ma cour est pleine» ou encore «Nous, les profs, avons des solutions» ont été installées sur le terrain et les portes d'entrée des centres de services scolaires au Coeur-des-Vallées (CSSCV), des Draveurs (CSSD) et des Portages-de-l'Outaouais (CSSPO).

Pour la présidente du SEO, Suzanne Tremblay, le message est clair: les conditions de travail difficiles, «qui ont été exacerbées par la pandémie et qui seront toujours là après la période de crise que l'on traverse», doivent être améliorées. 

«On souhaite se faire entendre car c'est un moment important et significatif. Ça fait un an qu'on a déposé nos demandes à la partie patronale et malheureusement, le premier ministre Legault et le ministre de l'Éducation Jean-François Roberge se sont faits entendre par leur silence. Ce qu'on a déposé, ce sont des solutions pour améliorer les conditions de travail, qui sont extrêmement difficiles. La tâche est lourde, le manque de ressources est bel et bien présent et on connaît une pénurie (de personnel) sans précédent dans le monde de l'éducation. Ce que les profs veulent, c'est simple, on veut se recentrer sur notre tâche: on veut enseigner, corriger, planifier. On veut moins de bureaucratie et de temps de surveillance, pour se recentrer sur l'accompagnement de nos élèves et mieux accompagner les élèves en difficulté», s'exclame-t-elle.

La convention collective des dizaines de milliers d'enseignants de la province est échue depuis le 31 mars 2019.

La question de la rémunération est aussi sur la table car, rappelons-le, le salaire d'entrée des nouveaux enseignants québécois est établi à environ 44 000$. Au dernier échelon salarial, ils gagnent près de 83 000$ par an. Pour favoriser la rétention et l'attraction de la profession, la FAE propose dans ses demandes d'éliminer les six premiers échelons afin que le salaire de départ soit établi à 56 000$. Le plafond serait quant à lui d'environ 92 000$.

«Il ne faut pas oublier que les enseignants québécois sont les moins bien payés au Canada, alors ce qu'ils demandent, c'est d'atteindre la moyenne canadienne. Il faut valoriser cette profession-là, et ça passe aussi par de meilleures conditions salariales. On vit une pandémie importante et ils ont répondu présent. Ils sont dans les écoles actuellement et on sait que la détresse est très grande mais celle-ci était déjà présente avant même la crise, elle n'a été qu'amplifiée dans les conditions actuelles. Quand tout ça sera fini, la période qu'on traverse, on va retrouver les conditions de travail difficiles qu'on avait déjà», affirme Mme Tremblay.

Elle rappelle qu'un nouvel enseignant sur quatre (25%) déserte la profession au cours de ses cinq premières années de carrière et que de plus en plus d'enseignants optent pour une retraite anticipée, nonobstant les pénalités imposées, en raison de la fatigue et de l'ampleur des tâches. Par conséquent, un nombre croissant d'enseignants non légalement qualifiés sont dorénavant embauchés par les centres de services scolaires, ce que déplore le syndicat. En début d'année scolaire, Le Droit rapportait que plus de 100 tolérances d'engagement, une «permission exceptionnelle par laquelle le ministère autorise un employeur à embaucher une personne qui n'est pas titulaire d'une autorisation d'enseigner, avaient été accordées par trois centres de services scolaires de l'Outaouais. 

C'est sans compter les listes de suppléance qui sont «complètement vides», dit-t-elle, rappelant que des parents ont même été demandés en renfort à certains endroits.


« On a les solutions sur le terrain, maintenant c'est le temps de les écouter et de poser des gestes concrets. À l'heure actuelle, la balle est dans le camp du gouvernement, on lui demande de poursuivre les discussions qui mèneraient à une entente de principe rapidement. »
Suzanne Tremblay, présidente du Syndicat de l'enseignement de l'Outaouais

«Il faut avoir du temps pour mieux accompagner les jeunes qui arrivent dans la profession, mais pour cela il faut leur donner du temps, les libérer. L'insertion professionnelle, on veut en discuter avec l'employeur. [...] Beaucoup de nos demandes sont pratiquement à coût nul», plaide Mme Tremblay.

Celle-ci affirme qu'il est temps pour le gouvernement, «qui avait dit lors de son élection que l'éducation serait une priorité», de s'asseoir à la table de négociations et de porter une oreille attentive aux revendications.

«On a les solutions sur le terrain, maintenant c'est le temps de les écouter et de poser des gestes concrets. À l'heure actuelle, la balle est dans le camp du gouvernement, on lui demande de poursuivre les discussions qui mèneraient à une entente de principe rapidement», explique-t-elle.

Une gradation des moyens de pression jusqu'à une grève?

À court terme, le SEO affirme qu'il n'est pas question d'hausser d'un cran les moyens de pression et qu'on souhaite trouver des solutions pour «éviter d'en arriver à des moyens plus lourds», par exemple ultimement un débrayage.

«On pourra songer à la suite des choses si le ministre continue à ne pas nous entendre, de ne pas faire cheminer nos demandes. Mais évidemment, ce qu'on souhaite, c'est de ne pas devoir en arriver là. On veut être en classe avec nos élèves, mais on veut améliorer nos conditions de travail», indique la leader syndicale.

Plusieurs affiches ont été installées sur le terrain ainsi que les portes d'entrée du siège social du CSSPO, dans le secteur Hull. La même chose a été effectuée au CSSD et au CSSCV.

En plus d'avoir l'intention d'interpeller différents comités, par exemple les conseils d'établissement, les directions d'écoles et les comités de parents, le SEO souhaite que l'administration des CSS affirme publiquement si elle offre son appui ou non aux enseignants. 

«Ils répondent maintenant directement du ministre (Roberge), alors c'est une demande qu'on va leur faire. On veut savoir ce qu'ils pensent de nos demandes, sont-ils prêts à les appuyer? Il est temps qu'ils disent que c'est assez et qu'il faut aider le personnel enseignant. S'ils refusent, ça lancera malheureusement le message clair qu'on ne reconnaît pas ce qui est vécu sur le terrain», lance-t-elle.

Questionnés par Le Droit, autant le CSSD que le CSSPO ont indiqué qu'ils ne souhaitaient pas s'interposer dans les négociations de quelque façon que ce soit, ajoutant qu'ils laissaient les parties discuter à la fois aux tables sectorielles et centrales, comme prévu.