Cette croix commémorant la mort de Roxanne Leduc installée près de la bretelle de l’autoroute 50, où elle a perdu la vie, a dû être retirée à la suite d’un avis du ministère des Transports du Québec.

Mystère autour d’une croix commémorative

Le mystère plane au sein du ministère des Transports du Québec (MTQ), qui n’arrive pas à trouver qui a autorisé l’installation d’un avis de retrait d’une croix commémorative érigée près de la bretelle de l’autoroute 50 où Roxanne Leduc a perdu la vie en 2016. Les parents de la disparue, qui ont fait plusieurs heures de route pour venir chercher la croix installée en sa mémoire, pourront maintenant la remettre en place.

Fin septembre, un ami de Roxanne Leduc est allé se recueillir sur les lieux où la jeune femme de 27 ans a tragiquement perdu la vie, en septembre 2016. Ce décès a récemment mené à la publication d’un rapport de coroner recommandant au Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais de revoir le dossier, car le suicide de la jeune femme est survenu après des mois d’attente pour un suivi en santé mentale.

En se présentant près du mur de roches où Roxanne Leduc s’est éteinte, l’ami de la défunte a vu un « avis de déplacement ou de retrait » attaché à la croix blanche érigée en sa mémoire.

Cet avis portant l’en-tête du MTQ, daté du 20 septembre, signale que les « éléments commémoratifs installés dans l’emprise routière » devaient être retirés en raison d’un « délai de tolérance dans l’emprise expiré ». Les parents de Roxanne sont donc partis de l’Estrie, une fin de semaine, pour venir chercher la croix sur laquelle est inscrit le prénom de leur fille.

La mère de la disparue a tenté d’obtenir des informations auprès du MTQ, en appelant au 5-1-1. « La dame à qui elle a parlé lui a dit qu’elle allait la rappeler, raconte son époux, John Leduc. On n’a jamais eu de nouvelles. »

Le MTQ a d’abord indiqué n’avoir jamais déposé l’avis de retrait.

Le Droit s’est informé auprès du MTQ, qui a d’abord indiqué n’avoir jamais déposé l’avis de retrait. « [La croix commémorative] n’était pas un risque pour la sécurité des usagers, précisait le MTQ. Le ministère l’a donc laissée en place et n’est pas à l’origine de son déplacement ni même de l’avis écrit qui aurait été installé sur place. »

Davantage de vérifications ont été entreprises après que Le Droit eut envoyé au ministère une photo de l’avis en question, transmise par la famille Leduc. L’avis plastifié porte une signature, qui n’est toutefois pas déchiffrable.

« Nous ne sommes pas en mesure d’expliquer l’avis de déplacement ou de retrait placé sur la croix, a fait savoir la porte-parole régionale du MTQ, Karine Sauvé. Aucune trace de cet avis n’apparaît dans les systèmes de suivi du ministère. Les gestionnaires autorisés à signer ce type d’avis n’ont aucun souvenir de cet avis, tout comme le personnel du ministère responsable de la surveillance de ce tronçon [de l’autoroute 50]. Par respect pour la famille et les proches de Roxanne Leduc, le ministère ne ménagera pas ses efforts afin d’éclaircir cette situation. »

Le jour même, une représentante du MTQ a contacté les parents de Mme Leduc, qui ont été autorisés à remettre la croix, puisqu’elle « ne constituait pas un danger pour la sécurité des usagers de la route », assure le ministère.

M. Leduc a confirmé que la croix sera réinstallée après la saison hivernale. Le MTQ a fait savoir aux parents que l’une des hypothèses repose sur l’utilisation non autorisée d’un avis vierge, car le document est disponible sur son site Internet.

Vous ou vos proches avez besoin d’aide ? N’hésitez pas à appeler au 1-866-APPELLE (277-3553).

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CE QUI EST PERMIS PAR LE MINISTÈRE DES TRANSPORTS

L’installation de monuments commémoratifs en bordure des routes n’est pas interdite par le ministère des Transports du Québec (MTQ), mais certains critères doivent tout de même être respectés pour des raisons de sécurité.

Le MTQ indique s’être doté, en 2016, d’une «orientation» permettant de laisser les croix et sites commémoratifs le long des routes «dans la mesure où ceux-ci ne portent pas atteinte à la sécurité des usagers». Ces installations ne doivent donc pas nuire à la visibilité, servir d’élément de distraction ou se trouver «dans des endroits où elles peuvent être percutées ou projetées», précise le MTQ.

Le scénario est le même du côté ontarien. Le ministère des Transports de l’Ontario (MTO) a fait savoir que sa politique autorise les monuments commémoratifs le long des routes sous sa responsabilité, «en autant que leur taille ou leur position ne génère pas un enjeu de sécurité pour les usagers de la route». Les monuments ne doivent donc pas causer de distraction ni se situer trop près des voies de circulation, précise le MTO.

«Si, pour des raisons de sécurité, nous devons retirer un monument commémoratif, nous prenons tous les moyens possibles pour en informer les proches concernés afin de leur expliquer pourquoi nous devons l’enlever, ajoute le porte-parole du MTO, Bob Nichols. Nous pouvons aussi collaborer avec la famille pour trouver un emplacement convenable.»

Tant au MTQ qu’au MTO, aucune statistique n’est disponible sur la quantité de monuments commémoratifs installés près des routes provinciales.