Le 24 novembre, Julien, 20 ans, est décédé dans une grande explosion après avoir propulsé sa voiture contre un lourd fardier sur la route 112 à Saint-Joseph-de-Coleraine, près de Thetford Mines.

Mourir à 20 ans... par peur de la prison

«Les policiers m’ont appelé, maman. C’est la dernière fois que tu entends ma voix. Je m’en vais sur la route et je n’attache pas ma ceinture. Je n’irai pas en prison, maman...»

Le 24 novembre, le cœur de mère de Manon Grimard se brisait après avoir entendu ces paroles funestes, prononcées par son fils Julien, 20 ans, au téléphone à 14h30. Quelques heures plus tard, l’étudiant en mécanique automobile au Centre professionnel Wilbrod-Behrer décédait dans une grande explosion après avoir propulsé sa voiture contre un lourd fardier sur la route 112 à Saint-Joseph-de-Coleraine, près de Thetford Mines. 

D’ordinaire sans histoire, Julien avait décidé de s’enlever la vie après avoir reçu un appel des policiers de Sherbrooke. Ceux-ci se rendaient le chercher afin de l’incarcérer pour avoir enfreint les conditions de son ordonnance de probation en entrant en contact avec son ex-petite amie.

N’excusant pas les gestes posés par Julien, coupable de voies de fait et de menaces, Manon Grimard se demande cependant ce qui pourrait être fait pour éviter que d’autres «Julien», à qui l’idée d’entrer de nouveau dans le système carcéral avait donné des idées suicidaires, ne commettent l’irréparable.

«Julien ne voulait pas mourir. Il s’est suicidé en situation de crise», assure Manon Grimard au bout du fil. 

Une seule nuit

La seule nuit que Julien avait passée en détention depuis le début de ses démêlés judiciaires en mai 2016 l’avait profondément traumatisé, selon sa mère. 

«Au début de l’été, son interdit de contact avec son ex-petite amie avait été levé à la demande de celle-ci. Mais il y a encore eu une chicane et Julien a été arrêté en juillet parce qu’il n’avait pas respecté son couvre-feu, qui était l’une des conditions de sa remise en liberté en attendant que son dossier soit réglé. Il ne pouvait sortir après 23h et il a été arrêté à 23h10...», se souvient sa mère.

Comme aucun juge n’était disponible pour présider à sa comparution, le jeune homme a dû passer une nuit en détention en attendant de comparaître le lendemain. «Il a capoté... Il ne voulait pas y aller... Il a menacé de se pendre. Heureusement, les agents correctionnels ont fait le nécessaire, ils l’ont isolé parce qu’il avait menacé de mettre fin à ses jours», poursuit sa mère.

Le jeune homme a finalement plaidé coupable à ses accusations et s’en est tiré avec une période de probation de 18 mois assortie de 200 heures de travaux communautaires et d’une interdiction d’entrer en contact avec son ex-petite amie.

Une fois ce dossier réglé, Julien avait repris ses études, réalisait ses travaux communautaires chez Moisson Québec où il était très apprécié et avait décidé de s’inscrire au Cégep de Sherbrooke en janvier pour retourner vivre avec ses parents en Estrie.

Bris de probation

Les parents de Julien ont toutefois deviné qu’il avait repris contact avec son ex-copine malgré l’interdiction. «Il ne nous en parlait pas, mais on le devinait. C’était son premier amour et il avait de la difficulté à s’en détacher. Il ne réussissait pas à tourner la page. Cet automne, une autre chicane a éclaté et la jeune fille a porté plainte pour bris de probation.»

Pendant que Julien faisait ses travaux communautaires, deux enquêteurs de la police de Sherbrooke se sont déplacés à son appartement de Québec pour aller le chercher. Comme il était absent, ils lui ont téléphoné pour lui dire qu’il fallait qu’ils aillent le chercher et qu’il retournerait derrière les barreaux. «Il a eu peur, il a paniqué... Il m’a téléphoné et ensuite, il a pris son “char” et il a mis fin à ses jours», laisse tomber la mère en étouffant un sanglot. «Il ne voulait pas blesser personne, alors il a attendu de trouver un très gros camion pour se lancer dessus...»

Après ces tristes événements, la mère a rencontré les policiers de Sherbrooke. «Ils ont été très corrects, ils ont fait ce qu’ils ont pu... Pour eux, c’était quelque chose de banal qu’ils faisaient 10 à 12 fois par semaine. L’un m’a dit que c’était la première fois qu’il voyait ça en 32 ans de carrière et qu’avoir su, il aurait agi différemment», poursuit-elle.

Signaux d’alarme

Manon Grimard se demande tout de même s’il n’aurait pas été possible de s’y prendre autrement. «Les policiers nous ont dit qu’ils ne savaient pas ce qui se passait au centre de détention. Pourquoi l’information à l’effet que Julien avait menacé de mettre fin à ses jours quand il était en détention n’a jamais été transmise aux policiers? Pourquoi la main gauche ne sait pas ce que fait la main droite?» s’interroge-t-elle.

«Pourquoi ce n’était pas inscrit nulle part qu’il avait eu ce comportement quelques mois plus tôt, qu’il était fragilisé et qu’il pouvait être dangereux pour lui-même? S’ils avaient su, peut-être que les policiers auraient attendu avant d’aller le chercher plutôt que de l’appeler et peut-être qu’il ne serait jamais monté dans son auto cette journée-là», avance sa mère.

Celle-ci croit que d’autres situations comme celle de son fils pourraient être évitées si les services policiers, judiciaires et carcéraux agissaient de façon plus circonspecte et tenaient compte de certains signaux d’alarme.

«Peut-être que ce serait bien qu’ils mettent un drapeau rouge à l’effet que quelqu’un pourrait avoir une dangerosité pour lui-même en lien avec la détention... Julien a été détenu un soir seulement, il a trouvé ça tellement pénible. Il m’a dit qu’il avait fait comme une crise de panique là-bas... Ce n’était pas un jeune homme judiciarisé, il n’était pas du tout habitué à ça», poursuit-elle, convaincue que son fils ne voulait pas vraiment mourir.

«La veille de ces événements, il avait fait sa liste de cadeaux de Noël. Il voulait s’acheter des “pads” de gardien de but pour pouvoir jouer au hockey avec ses amis à Coaticook... Il ne voulait pas mourir. En fait, c’est plutôt de l’aide psychologique dont il aurait eu besoin... Dans sa probation, il aurait fallu l’obliger à voir un psychologue, car les gars, surtout à cet âge-là, n’ont pas le réflexe de demander de l’aide....»