Mort d'un canotier sur le fleuve : la victime identifiée

La Sûreté du Québec a identifié le canotier qui a perdu la vie, mercredi midi, à Québec, après que le canot à glace dans lequel il prenait place avec quatre autres personnes eut chaviré sur le fleuve Saint-Laurent.

Il s'agit de Daniel Malenfant, 39 ans, de Québec, un canotier expérimenté. 

C’est un piéton passant à la hauteur du 965, boulevard Champlain qui a d’abord vu le canot chaviré sur le fleuve, un peu passé midi, alertant immédiatement le 9-1-1. 

Selon les informations obtenues par Le Soleil, deux vétérans canotiers de Québec prenaient place dans l’embarcation en compagnie de deux hommes et une femme de Calgary moins expérimentés. Il s’agissait du canot de l’équipe Bistro Le Pape George, qui compétitionne en classe «sport» sur le circuit provincial de canot à glace.  

L’équipage était sur le point de revenir à la rive, mais se serait retrouvé dans un mauvais corridor marin, de grosses vagues venant frapper l’embarcation et la remplir graduellement d’eau. 

Les trois canoteurs de Calgary auraient alors entrepris d’écoper le bateau pendant que les deux autres, plus expérimentés, ramaient pour les ramener à bon port. D’autres vagues seraient toutefois venues complètement submerger le canot, qui aurait commencé à couler, forçant l’équipage à sauter dans l’eau glacée et à nager jusqu’à la rive. 

À l’arrivée de l’escouade nautique des pompiers de Québec, quatre des cinq canoteurs avaient réussi à rejoindre la rive, mais le cinquième, qui était resté un peu plus longtemps auprès du canot, avait été emporté par les vagues.

À 100 pieds de la rive

Dans les conditions difficiles sur le fleuve, les pompiers en pneumatique ont eu besoin d’une vingtaine de minutes et de l’aide d’un bateau-remorqueur pour atteindre la victime. Selon les pompiers, l’homme de 39 ans, originaire de Québec, se trouvait à une centaine de pieds de la rive en arrêt respiratoire et en grave état d’hypothermie. 

L’individu inconscient a rapidement été placé sur le bateau-remorqueur du groupe Océan, qui l’a ramené au quai 17 du port de Québec, où une ambulance l’attendait. Il a été conduit d’urgence à l’Hôtel-Dieu de Québec, mais son décès a été constaté à l’hôpital, a confirmé la Sûreté du Québec, mercredi soir. Les quatre personnes qui prenaient place à bord du canot n’ont subi que des blessures légères, mais ont tout de même été transportées en ambulance au CHUL. 

Les pompiers en pneumatique ont eu besoin d’une vingtaine de minutes et de l’aide d’un bateau-remorqueur pour atteindre la victime.

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PAS UN TEMPS POUR UNE SORTIE

Vétéran du canot à glace et spécialiste du sauvetage nautique, Jean-François Lachance peinait à comprendre comment des canoteurs avaient pu s’aventurer sur le fleuve, mercredi midi. 

«L’accident d’aujourd’hui, ça me touche à plusieurs niveaux», a avoué en soirée celui qui est également capitaine de bateau. «Je ne serais pas sorti. Ce n’est pas une température pour aller en canot. Comme il y avait un bon vent et qu’il n’y a pas encore beaucoup de glaces, les vagues étaient de 4-5 pieds de haut. Un canot à glace, ce n’est pas fait pour les vagues.»

Président de l’association des coureurs en canot à glace du Québec, Jean Anderson semblait pour sa part hésitant à se prononcer sur la décision d’aller sur l’eau mercredi. Lorsque joint par Le Soleil, en après-midi, il ne connaissait par le trajet qu’avaient effectué les canoteurs dont l’embarcation a coulé dans le Saint-Laurent, coutant la vie à un membre de l’équipage. 

«Les gens connaissent un peu les propres limites de leur embarcation», a expliqué le multiple champion de canot à glace. N’empêche, le canot à glace «est fait pour affronter beaucoup de glace, pas des vagues», a-t-il admis. 

Pour Jean-François Lachance, il s’agit d’un tragique rappel pour les nouveaux adeptes du sport qu’il existe des dangers rattachés à sa pratique. «Avant, c’était surtout des gens dont l’emploi était lié au fleuve qui pratiquaient le canot à glace. Maintenant, il y a un engouement pour le sport chez les gens qui aiment l’activité physique, mais ils ne connaissent pas nécessairement bien le fleuve. Dans l’effervescence, des fois, c’est facile d’oublier les risques.»

Mais il existe des risques à la pratique de bien des sports, nuance Jean Anderson. «Personnellement, je fais beaucoup de vélo l’été et je me sens plus en sécurité dans mon canot l’hiver.»

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PAS LES BONS BATEAUX DE SAUVETAGE À QUÉBEC

La Garde côtière canadienne et plusieurs corps pompiers de la province ont adopté depuis 2010 les bateaux de sauvetage UMA 17. Inventées par Jean-François Lachance et son père François, à Montmagny, ces petites embarcations robustes sont spécialisées pour les sauvetages en conditions extrêmes. 

Les pompiers de Montréal possèdent sept UMA 17, que l’on retrouve également à Sherbrooke, Repentigny, Kuujuuaq et Rimouski, notamment. Or, le Service de protection contre l’incendie de la Ville de Québec (SPCIQ) n’en possède pas. «Je les ai déjà approchés, mais je ne peux pas non plus les forcer à en acheter», lance Jean-François Lachance.

Selon lui, l’opération de sauvetage menée avec un bateau pneumatique Fortuna aidé d’un bateau-remorqueur, mercredi, à partir du bassin Louise, aurait pu être menée en 10 minutes de moins avec un UMA 17 autonome partant de l’Anse-au-Foulon. «En sauvetage en eaux glacées, chaque minute est précieuse.»

Alain St-Arnaud, conseiller aux opérations de sauvetage nautique au SPCIQ, affirme toutefois que la décision de ne pas se doter d’un UMA 17 est consciente. «C’est un bon bateau», mais pas le plus adapté au besoin du SPCIQ, selon lui, promettant plus de détails sur le sujet jeudi.