Le chef du Service de police de la Ville de Gatineau, Luc Beaudoin
Le chef du Service de police de la Ville de Gatineau, Luc Beaudoin

Mort de George Floyd: « c’est choquant », dit le chef du SPVG, Luc Beaudoin

Choqué par les images de la mort de l’Afro-Américain George Floyd, le chef du Service de police de la Ville de Gatineau (SPVG), Luc Beaudoin, affirme que son organisation a tissé au fil des dernières années des liens cordiaux avec les communautés noires de la région et qu’il n’hésiterait pas une seconde à poser un geste devenu symbolique pour leur démontrer son appui : poser un genou à terre.

« Face à une situation comme celle vécue aux États-Unis, face aux faits qu’on voit présentement, je peux vous assurer que je mettrais un genou à terre et je suis persuadé que plusieurs de mes policiers feraient de même », lance-t-il.

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La veille, son homologue de Longueuil, Fady Dagher, a affirmé à TVA qu’il serait « le premier » à poser cette action s’il se retrouvait dans une manifestation dénonçant cette arrestation.

À la fois comme citoyen et chef de police, M. Beaudoin a été bouleversé par cette histoire qui a fait le tour du globe.

« Personnellement, je pense qu’on ne peut pas rester indifférents face à une telle intervention et sa durée. Il me semble que lorsqu’on regarde les images, la longueur est épouvantable. C’est choquant », dit-il.

À son avis, les actions comme celles posées par les quatre policiers de Minneapolis la semaine dernière ont « malheureusement » des répercussions négatives sur tous les corps policiers, y compris au Canada.

« Lorsqu’un policier commet une faute, un acte criminel, un geste comme on a vu, ça entache l’ensemble de la communauté policière. Tout le monde est touché, ça fait un accroc à notre profession. Ce n’est pas dans nos valeurs. C’est malheureux, car on met plusieurs choses en place pour préserver la confiance de la population », confie-t-il.

Luc Beaudoin ajoute qu’en voyant les images de la mort de George Floyd, « il serait difficile de dire que le racisme n’existe pas, qu’il faudrait être dans un autre monde pour dire ça ».

Le chef du SPVG affirme que malgré tout, le climat est encore sain avec les communautés en sol gatinois ces derniers temps.

« Ç’a dégénéré aux États-Unis, mais pour moi c’est important de faire la différence entre les deux pays. Nous (au SPVG), on travaille beaucoup en amont pour établir des liens avec les différentes communautés. J’ai contacté le Conseil de la communauté noire de Gatineau, c’était important pour moi de savoir s’ils avaient détecté quelque chose, s’il y avait des enjeux particuliers, mais on m’a dit que la situation est quand même stable, excluant la participation à différentes manifestations. C’est une culture organisationnelle, ce n’est pas juste l’histoire d’un chef de police. Cet après-midi (jeudi), je vais assermenter neuf nouveaux policiers et je vais leur parler de l’importante du traitement équitable envers chaque citoyen, peu importe son âge, sa religion, sa race », dit-il.


« Lorsqu’un policier commet une faute, un acte criminel, un geste comme on a vu, ça entache l’ensemble de la communauté policière. »
Luc Beaudoin

En plus des cours donnés à l’École nationale de police du Québec, une série de mesures ont été instaurées au SPVG pour sensibiliser les policiers, par exemple une formation en matière de profilage racial et social, une formation en efficacité interculturelle ou encore une formation sur le profilage racial.

« On fait plusieurs démarches pour contrer les risques. Ça permet de mieux comprendre les réalités des différentes communautés. On met en place différentes mesures pour établir des liens, c’est la même chose avec la mosquée, par exemple. On ne doit pas attendre une crise pour réagir », lance M. Beaudoin.

Le chef espère que les événements des derniers jours vont permettre à la société « de s’ouvrir les yeux » sur certaines situations.

« Je crois que dans chaque crise, il faut trouver des opportunités. Il faut regarder ce qui se passe et mettre en place des actions pour se rappeler que cette réalité-là est bien présente, que le climat social est fragile », conclut-il, spécifiant que le profilage est une pratique à proscrire à moins que l’agent réponde à une plainte ou mène une enquête formelle.

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UN GESTE QUI ÉCLABOUSSE TOUS LES POLICIERS

«On veut souvent éviter de juger, les gens peuvent le faire par eux-mêmes, mais une chose est sûre, ce qu’on peut voir dans cette vidéo n’est pas ce qui nous est enseigné à l’école de police comme utilisation de la force».

Même s’il affirme d’emblée que les tribunaux feront leur travail pour la suite des choses et que les interventions physiques peuvent «laisser place à de l’interprétation» dans certains cas, le président de la Fraternité des policiers et policières de Gatineau (FPPG), Steve Spooner, soutient qu’il n’appuie certes pas l’intervention policière dans l’affaire qui s’est soldée par la mort tragique de George Floyd, le 25 mai au Minnesota.

«Le silence, le fait de ne pas aller sur la place publique ne veut pas dire qu’on cautionne de telles actions», lance-t-il.

Une chose est certaine, depuis que ces images ont tourné en boucle dans les médias et que les manifestations ont éclaté dans plusieurs grandes villes, ravivant ainsi les tensions raciales et les critiques envers le travail des policiers, M. Spooner indique que le sujet fait jaser chez les quelque 450 membres, qui sont plusieurs à estimer que ça entache leur métier.

«L’une des frustrations c’est de voir que lorsqu’une personne pose un tel geste, plusieurs gens véhiculent ensuite le fait que tous les policiers sont pareils. Parfois, on dirait qu’on nous met tous dans le même bateau. Il ne faut pas oublier une chose: tous les jours, aucun policier ne veut qu’un citoyen, un collègue ou un même un détenu ne soit blessé dans le cadre de son travail. Le but premier est de maintenir l’ordre et d’assurer la sécurité de la population, ensuite de revenir à la maison sans problème. Même si on sait que ça peut dégénérer, aucun policier n’est indifférent à ça», explique-t-il. 

Comme le reste de la société, les policiers sont sensibles à tout ce qui se passe actuellement, y compris aux manifestations dénonçant la discrimination raciale. 

«Quand on voit des images à la télévision, comme celles présentées la fin de semaine dernière, d’un policier blanc qui demande à un enfant noir ce qu’il veut dans la vie et que celui-ci répond: juste de survivre, c’est certain que ça vient nous toucher», note le président de la FPPG, qui ajoute que «le racisme n’est pas encouragé» dans le milieu policier et que pour lui, «la loi et l’intervention ne changent pas selon la couleur de la peau de la personne». 

Au sujet des manifestations, même pacifiques, qui prennent parfois une tournure inattendue, M. Spooner affirme que les forces policières se retrouvent en quelque sorte prises en l’arbre et l’écorce. 

«Quand on voit des actes de violence, on réalise souvent que ce n’est pas nécessairement les gens qui étaient là pour manifester pour la cause, par exemple dans ce cas-ci la lutte au racisme. Des fois, ce sont d’autres gens qui n’étaient pas là pour le message initial. Quand ça dégénère, autant les policiers que les gens peuvent subir des blessures, alors que le but recherché n’est pas la violence. Ce n’est pas toujours évident», dit-il, souhaitant qu’on fasse la part des choses entre le travail de veiller au respect de l’ordre public et la sympathie envers une cause.