Un sommet historique se déroule cette semaine au Vatican où la question des abus sexuels commis par des membres de l'Église.

Une survivante canadienne à Rome doute des résultats du sommet au Vatican

Un à la suite des autres, une dizaine de survivants ont confié leurs récits bouleversants de sévices sexuels commis par le clergé catholique devant des représentants de haut rang de l’Église réunis pour écouter des voix ignorées pendant des années.

Leona Huggins, la seule Canadienne dans le rassemblement qui a eu lieu avant le sommet historique au Vatican cette semaine, a déclaré que l’énergie avait grimpé «comme un tsunami» alors que des victimes d’un peu partout, notamment d’Espagne et de Jamaïque, appelaient le clergé à prendre des mesures concrètes pour entamer un nouveau chapitre pour l’Église.

Mais elle a soutenu que la marée s’était retirée rapidement après la conclusion des témoignages déchirants.

Mme Huggins a relaté qu’un archevêque avait réagi en disant «Je suppose que nous devrons nous mettre au travail», amenant la Canadienne à demander pourquoi un tel travail n’avait pas déjà commencé.

Elle s’est fait répondre de faire preuve de respect, a-t-elle soutenu, réduisant à ses yeux la chance que le sommet destiné à lutter contre les sévices sexuels commis dans les rangs de l’Église engendre un véritable changement.

Dans un entretien téléphonique depuis Rome, l’enseignante établie à Vancouver a affirmé qu’elle-même et les autres survivants étaient véritablement «des diseurs de vérité dans cette pièce».

«C’est vraiment difficile pour moi de penser que quelqu’un peut entendre ces histoires et ne pas prendre de mesures courageuses», a-t-elle fait valoir.

Mme Huggins, âgée de 56 ans, fondait déjà peu d’espoir dans cette réunion internationale, convoquée par le pape François dans le but de calmer un scandale qui l’a poursuivi à la tête de l’Église catholique.

Le pontife lui-même n’était pas présent au rassemblement des survivants, mercredi, organisé la veille du sommet officiel, ce qui a déplu à ceux s’étant déplacés pour venir témoigner.

Le pape François a appelé à mettre la barre haute lors de l’ouverture officielle du sommet jeudi, reconnaissant la nécessité d’actions concrètes et de changements internes importants.

Mme Huggins, qui a dévoilé publiquement des agressions passées, a dit croire que son expérience était celle vécue par tant d’autres personnes. Elle a dit avoir été prise en charge et éventuellement agressée par un prêtre catholique qui travaillait dans sa paroisse de la Colombie-Britannique au début des années 1970.

En 1991, il fut finalement reconnu coupable d’infractions sexuelles contre deux femmes, dont Mme Huggins, mais continua de travailler comme prêtre dans des communautés allant de Lethbridge, en Alberta, à Ottawa, jusqu’à sa mort, en 2018.

Mme Huggins a utilisé une partie de son temps lors du rassemblement à huis clos pour appeler à la reconnaissance des victimes autochtones de violences au Canada.