Dans le verger d’Angus Ferrier, dans le Queensland, les citronniers souffrent énormément de la sécheresse.

Une sécheresse exceptionnelle rapproche l’Outback australien du «Jour Zéro» [PHOTOS]

STANTHORPE - Des pénuries d’eau sans précédent dans les régions frappées par la sécheresse de l’est de l’Australie illustrent le changement climatique à l’oeuvre et menacent l’économie rurale de l’Outback.

Du Queensland (nord-est) jusqu’à Sydney (sud-est), une douzaine de petites villes risquent de voir leurs réserves d’eau épuisées dans les mois qui viennent, une situation qu’ont vécue les habitants du Cap en Afrique du Sud et de Chennai en Inde.

Une expérience que de plus en plus d’habitants sur Terre risquent de connaître en raison du changement climatique. Près d’un quart de la population mondiale, vivant dans 17 pays, est en situation de pénurie hydrique grave, proche du «jour zéro» lors duquel plus aucune eau ne sortira du robinet, selon un rapport publié le mois dernier par l’institut World ressources, qui place l’Australie au 50e rang de ce classement.

Dans l’est de l’île-continent, le temps devient toujours plus chaud et plus sec et les précieuses réserves d’eau sont utilisées pour éteindre des centaines de feux de brousse qui ravagent la campagne australienne.

À Stanthorpe, petit centre de production horticole du Queensland (est), une longue période de sécheresse dévastatrice a fait baisser les réserves du barrage local de plusieurs mètres par rapport au niveau habituel et la ville risque de ne plus avoir d’eau du tout avant Noël.

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De l’eau est acheminée par wagon-citerne à Stanthorpe, dans le Queensland, en attendant qu’un pipeline, construit en urgence entre en service.

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Camions-citerne

Les autorités n’auront d’autre choix que d’acheminer de l’eau par camion-citerne pour un coût d’un million de dollars australiens (environ 900 000 $CAN) par mois, ce qui ne devrait apporter qu’un sursis de douze mois maximum.

Dans le verger d’Angus Ferrier, les citronniers qui autrefois fleurissaient en rangs ordonnés ne sont plus qu’un tas de bois mort. Les réserves en eau de sa ferme seront épuisées dans quelques semaines et l’exploitant s’est résolu à arracher des milliers d’arbres et s’apprête à en sacrifier autant d’ici la fin de l’année. «Ils avaient huit ans. C’est huit ans de ma vie effacés en un jour», dit-il.

L’association de producteurs locaux estime que la sécheresse coûtera 100 millions de dollars australiens à l’économie de la région cette saison, une somme énorme pour une petite localité comme Stanthorpe.

Les agriculteurs doivent dépenser une petite fortune pour acheminer en camion de l’eau pour leurs plantations ou louer de la terre dans d’autres districts moins affectés par la sécheresse.

«Je connais des producteurs qui ont décidé de ne rien planter cette année et de mettre fin à leur activité à court terme», explique Augus Ferrier.

Leurs déboires ont des répercussions en ville, où certaines boutiques sont à la limite de fermer. Des vols d’eau ont été rapportés dans la région.

Dans le sud-est de l’Australie, l’État de Nouvelle-Galles-du-Sud, où se situe Sydney, a été déclaré en état de sécheresse en décembre. Certains réservoirs sont descendus à 1% de leur capacité et de petites villes comme Guyra sont à sec.

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Du bétail dans l’enclos d’une ferme affectée par la sécheresse à Armidale, en Nouvelle-Galles-du-Sud.

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Pipelines et forages

De l’eau est acheminée par wagon-citerne, en attendant qu’un pipeline, construit en urgence pour 13 millions de dollars australiens, entre en service fin septembre. Mais il ne devrait pouvoir répondre aux besoins que pour un an, aux taux actuels d’utilisation de l’eau dans le district d’Armidale, qui compte 30 000 habitants.

«Nous recherchons d’autres sources d’eau, pas seulement celle qui tombe du ciel sous forme de pluie», explique Susan Law, présidente du conseil régional d’Armidale. «Un hydrogéologue a identifié neuf sites autour de la région de Guyra où nous effectuerons des forages pour voir s’il existe de l’eau souterraine pour remplir nos réserves».

La sécheresse est une caractéristique de l’Australie, mais les scientifiques estiment que les climats extrêmes sont exacerbés par le changement climatique.

Le gouvernement, soucieux de protéger le puissant secteur de l’extraction de charbon et des mines, sources d’exportations, a rejeté les appels à faire de la lutte contre le changement climatique une priorité, craignant que cela nuise à la croissance économique.

Les autorités locales tentent de faire face à la crise avec des mesures telles que des pipelines et des forages, mais la pression croît pour une réponse politique au niveau national, qui pourrait prendre la forme de construction de barrages ou des restrictions plus sévères à l’usage d’eau à des fins d’irrigation.

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L’éleveur Gordon Youman aide un mouton en difficulté, à Guyra, en Nouvelle-Galles-du-Sud.