Le président Donald Trump accuse les démocrates de faire une «chasse aux sorcières» sans fin et d’avoir profité de la semaine des Nations unies pour sortir cette histoire.

«Une blague!»: Trump balaie la procédure démocrate pour le destituer

NEW YORK — «Pas de pression, rien du tout» : Donald Trump a contesté mercredi toute irrégularité après la publication du contenu d’un échange dans lequel il demande à son homologue ukrainien d’enquêter sur son rival Joe Biden.

Cet échange, «accablant» selon les démocrates, met en difficulté le 45e président américain, désormais menacé par une procédure de destitution explosive.

Visiblement fatigué, presque abattu, il a tenté de poser en président actif sur tous les fronts diplomatiques, pendant que ses adversaires démocrates, animés par un désir de revanche, s’acharnaient selon lui dans des «chasses aux sorcières» sans fin.

«Une destitution pour ça? C’est une blague!», a-t-il lancé lors d’une conférence de presse dans un hôtel new-yorkais, proche du siège des Nations unies.

«Les démocrates ont fait ça durant la semaine des Nations unies, c’était tout planifié», a-t-il avancé.

Un échange «normal»

La transcription de cet échange, sur la base de notes, jette une lumière crue sur la relation asymétrique entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky, un novice en politique élu en avril à la tête d’un pays très dépendant de l’aide américaine.

Après avoir souligné que son pays «a été très très bon à l’égard de l’Ukraine» sans que cela ait été «forcément réciproque», Donald Trump évoque Joe Biden et les affaires en Ukraine de son fils Hunter.

«Beaucoup de gens veulent en savoir plus sur le sujet, donc cela serait formidable si vous pouviez vous pencher dessus», dit-il à Volodymyr Zelensky.

Donald Trump propose à son homologue ukrainien de travailler en coopération avec son avocat Rudy Giuliani et avec le ministre de la Justice Bill Barr, et précise que les deux juristes vont se mettre en contact avec lui prochainement.

Dans son échange, M. Trump ne brandit pas de menace concrète et ne propose pas directement de contrepartie. Mais il invite le président ukrainien à la Maison-Blanche aussitôt après avoir écouté sa réponse sur Joe Biden.

Mercredi, Donald Trump a assuré que cet échange était parfaitement «anodin» et qu’il n’avait exercé «aucune pression» sur M. Zelensky.

«Ce fut un bon échange téléphonique, normal», a abondé M. Zelensky lors de sa première rencontre avec M. Trump, à New York. «Personne n’a fait pression sur moi», a-t-il encore assuré.

«Chef mafieux» 

Malgré ces dénégations, les démocrates ont jugé que la transcription reflétait «sans ambiguïté un abus choquant et accablant de la fonction présidentielle pour un gain politique personnel».

«C’est comme cela qu’un chef mafieux parle», a estimé l’un de leurs leaders, le représentant Adam Schiff.

À quelque 400 jours du scrutin, les démocrates ont lancé mardi la première étape de la mise en accusation solennelle du président, une procédure rare et explosive qui a peu de chances d’aboutir à sa destitution, mais jette une ombre sur sa campagne de réélection.

Ils le soupçonnent d’avoir gelé une aide de près de 400 millions de dollars destinée à Kiev pour forcer le président ukrainien à l’aider. Dans l’échange entre les deux hommes, M. Trump ne mentionne pas cette aide.

«Très troublant»

Le Congrès doit entendre jeudi le directeur du renseignement national, Joseph Maguire, qui avait un premier temps refusé de leur transmettre le signalement à l’origine du scandale, rédigé par un lanceur d’alerte membre des services de renseignement.

Mercredi soir, un groupe restreint de parlementaires a finalement pu consulter ce document à huis clos.

«Il est évident qu’il y a beaucoup de choses très troublantes là-dedans», a déclaré le sénateur républicain Ben Sasse en sortant. Mais sa voix restait plutôt isolée dans son camp. Chez les démocrates, plusieurs élus ont jugé ce document «profondément troublant».

Promettant mercredi la «transparence» sur ce mystérieux lanceur d’alerte, Donald Trump a toutefois déclaré que l’agent n’avait eu accès qu’à des informations «supposément de seconde main».

Les démocrates tentent encore d’organiser l’audition de cet agent.

Leur but? Réunir le maximum d’informations pour étayer leur dossier de mise en accusation avant de passer au vote.

Étapes à venir

Compte tenu de la majorité démocrate à la Chambre, Donald Trump risque bien d’être mis en accusation, ce qui n’est arrivé qu’à deux de ses prédécesseurs.

Le Sénat, où les républicains sont majoritaires, devra ensuite instruire le «procès» du président et rendre son verdict à une majorité des deux tiers.

Pour que le milliardaire new-yorkais soit destitué, les démocrates devraient convaincre 20 sénateurs républicains, ce qui paraît hautement improbable à ce stade.

La bataille qui s’engage sera farouche et les deux camps jouent gros.

La chef des démocrates au Congrès Nancy Pelosi a longtemps repoussé les appels de l’aile gauche du parti à s’engager dans cette voie, par crainte que la bataille politique n’occulte les grands sujets de la campagne, comme l’économie et la santé.

Mais «non, on ne peut pas demander de l’aide à un gouvernement étranger pour gagner une élection», a-t-elle tweeté mercredi.

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Les présidents Andrew Johnson (vers 1860-1865), Richard Nixon (1973) et Bill Clinton (1998)

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PROCÉDURE DE DESTITUTION: TROIS PRÉCÉDENTS

WASHINGTON - Avant Donald Trump, seuls trois présidents ont fait l’objet d’une procédure en vue d’une destitution, mais aucun n’a été destitué.

Andrew Johnson, épargné à une voix près en 1868

Le premier processus de destitution de l’histoire américaine vise le président Andrew Johnson, un démocrate du Sud, vice-président d’Abraham Lincoln et propulsé à la Maison-Blanche après l’assassinat de ce dernier en 1865.

Fervent défenseur de la Reconstruction après la guerre de Sécession, il veut réintégrer les États du Sud dans l’Union. Il s’engage dans une féroce bataille avec le Congrès qui bloque toutes les lois, et notamment les «black codes» (lois racistes) votés par les représentants du Sud. Lorsque le président Johnson décide de limoger son secrétaire d’État à la Guerre, le Congrès lance une procédure de destitution à son encontre.

L’ouverture d’une enquête en vue d’une destitution est avalisée par la Chambre des représentants. Au terme de cette enquête, M. Johnson est déclaré coupable de 11 délits passibles de destitution le 24 février 1868.

Un procès s’ensuit dans une ambiance d’insurrection nationale rapportée par l’écrivain Mark Twain, mais le 16 mai, lors du vote final du Sénat, le président évite d’une voix la destitution. Il reste au pouvoir, mais perd l’investiture de son parti pour l’élection présidentielle suivante. Il sera réélu au Sénat cinq ans plus tard.

Richard Nixon, démissionne en 1974 pour éviter une destitution certaine

En 1974, Richard Nixon est accusé d’entrave à la justice et d’abus de pouvoir, dans le cadre du Watergate, du nom du siège du Parti démocrate à Washington espionné par le président républicain. Le scandale éclate après les révélations de deux journalistes du Washington Post.

Les auditions à la commission judiciaire commencent le 9 mai 1974 et fin juillet, la commission judiciaire retient trois motifs de destitution à l’encontre de M. Nixon (entrave à la justice, abus de pouvoir et refus de se soumettre aux assignations) et transmet le dossier à la Chambre.

Mais M. Nixon démissionne le 9 août, avant le vote de la Chambre qui, le 20 août, décide néanmoins d’adopter le rapport de la commission par 412 voix contre 3.

Le 8 septembre, son successeur Gerald Ford lui accorde un pardon total.

Bill Clinton, acquitté par le Sénat en 1999

La troisième procédure d’«impeachment» est engagée le 8 octobre 1998 à l’encontre de Bill Clinton accusé d’avoir nié, sous serment, avoir eu des relations sexuelles avec Monica Lewinsky, stagiaire à la Maison-Blanche entre 1995 et 1997.

La Chambre des représentants vote l’ouverture d’une enquête sur le rôle du président démocrate dans l’affaire Lewinsky, dite «Monicagate» (du prénom de Monica Lewinsky). La mise en accusation est votée le 19 décembre pour parjure et entrave à la justice.

Conformément à la Constitution, le procès du président s’ouvre au Sénat en janvier 1999, mais la procédure d’accusation n’obtient pas la majorité des deux tiers des voix des sénateurs.

Bill Clinton est acquitté le 12 février 1999. Il reste au pouvoir jusqu’à la fin de son mandat en 2001.