e premier ministre Justin Trudeau espère que le sommet d’Osaka permettra de réaliser des progrès ou, du moins, d’obtenir le soutien d’autres pays dans les différends entre Ottawa et Pékin.

Un sommet du G20 sous haute tension avec Pékin pour Justin Trudeau

OSAKA, Japon — Le premier ministre Justin Trudeau est arrivé jeudi à Osaka, au Japon, pour le sommet des dirigeants du G20, au moment où on apprenait que deux avions de combat chinois avaient «frôlé» un navire de guerre canadien en eaux internationales dans la mer de Chine orientale, plus tôt ce mois-ci.

M. Trudeau espère que le sommet d’Osaka permettra de réaliser des progrès — ou, du moins, d’obtenir le soutien d’autres pays — dans les différends entre Ottawa et Pékin concernant les produits agricoles et l’arrestation par la Chine de deux Canadiens, en représailles apparentes de l’arrestation à Vancouver d’une dirigeante de Huawei, à la demande des États-Unis.

Aucune rencontre n’est prévue entre M. Trudeau et le président chinois lors du sommet du G20, mais Donald Trump, lui, aura son tête-à-tête avec Xi Jinping. Lors d’une rencontre avec le premier ministre Trudeau à la Maison-Blanche jeudi dernier, le président américain s’est engagé à évoquer la détention des Canadiens Michael Kovrig et Michael Spavor pendant cet entretien bilatéral.

M. Trudeau s’appuiera par ailleurs sur des alliés qui se sont déjà prononcés sur la détention des deux Canadiens, dont la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne et l’Espagne. Le premier ministre rencontrera vendredi des partenaires européens pour discuter de toute une série d’enjeux, notamment les changements climatiques, mais la question diplomatique avec la Chine devrait certainement être soulevée.

L’incident dans le détroit de Taïwan a été rapporté par Matthew Fisher, de l’Institut canadien des affaires mondiales, qui était à bord du NCSM Regina le 18 juin lorsque les deux chasseurs chinois ont survolé la frégate canadienne à moins de 300 mètres.

Le ministère de la Défense nationale a déclaré que le Regina et le navire de ravitaillement Astérix faisaient route en eaux internationales, du Viêtnam vers la côte nord-coréenne. On assure par ailleurs que la décision de traverser le détroit qui sépare la Chine continentale et Taïwan n’était pas destinée à envoyer un message à Pékin : il s’agissait simplement de l’itinéraire le plus pratique à emprunter pour les navires canadiens.

Des eaux chinoises?

Un autre navire de guerre canadien, le Calgary, a effectué le même voyage en octobre dernier. Mais la Chine a récemment condamné la France et les États-Unis pour des passages similaires dans une zone qu’elle a qualifiée d’«eaux chinoises», revendiquant la souveraineté sur Taïwan et affirmant sa domination sur diverses régions côtières de la région.

Des avions russes ont déjà survolé à basse altitude des navires de guerre canadiens de la même façon dans la mer Noire, où les tensions sont vives depuis que Moscou a annexé la péninsule ukrainienne de Crimée en 2014.

Adam MacDonald, directeur adjoint du Centre d’études sur la sécurité et le développement à l’Université Dalhousie, de Halifax, prédit que de tels incidents deviendront de plus en plus fréquents à mesure que le Canada augmentera sa présence militaire en Asie et que la Chine tentera d’exercer un contrôle accru sur la région.

L’incident du détroit de Taïwan, quant à lui, représente une nouvelle escarmouche dans les relations déjà tendues entre le Canada et la Chine, qui occupera une place centrale à Osaka au cours des deux prochains jours.

Avant le sommet du G20, certains experts estimaient que le Canada pourrait profiter de ce forum pour parler à d’autres dirigeants qui sont confrontés à des défis similaires avec la Chine.

«Il est dans l’intérêt des États-Unis et de nombreux autres pays de voir la Chine renoncer à cette diplomatie des otages et de l’intimidation», a soutenu l’ancien ambassadeur du Canada en Chine David Mulroney.

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G20: TRUMP SOUDAIN CONCILIANT

OSAKA — C’est avec un Donald Trump radouci qu’a commencé vendredi le G20 d’Osaka, sans réduire sur le fond les fractures entre les grands dirigeants du monde, sur le commerce, le climat et le sens même de la mondialisation.

Coutumier de ce rôle de pompier pyromane, le président américain a multiplié les amabilités et déclarations conciliantes lors de ses premières réunions avec les 19 autres chefs d’État et de gouvernement réunis pour deux jours dans la grande ville côtière japonaise, alors qu’il en avait étrillé certains ces derniers jours.

Illustration vendredi lors du tête-à-tête avec le premier ministre japonais Shinzo Abe, avant le début officiel des débats à 20.

«Nous allons discuter l’achat par le Japon de nombreux équipements militaires», s’est réjoui le milliardaire républicain, qui avait mercredi moqué publiquement la dépendance japonaise à l’égard de la protection militaire américaine.

Il a aussi vanté les «magnifiques usines» construites par les constructeurs automobiles japonais aux États-Unis. Shinzo Abe avait d’ailleurs préparé à l’intention de son invité un document recensant des investissements nippons sur le marché américain.

Même ton lors d’une rencontre avec le premier ministre indien Narendra Modi, auquel Donald Trump avait reproché jeudi des taxes douanières «inacceptables». «Nous allons continuer à bien nous entendre avec l’Inde», a au contraire affirmé le président américain vendredi.

Sur l’Iran, l’un des grands sujets de crispation de ce G20, Donald Trump s’est aussi voulu apaisant. «Nous avons le temps» de résoudre les tensions, a-t-il dit, lui qui parlait encore il y a peu de «guerre» contre les Iraniens.

«Grande amie»

Et Donald Trump n’a pas tari d’éloges pour Angela Merkel, «une grande amie» et une «femme fantastique», au début de leur rencontre vendredi. Et ce, deux jours après avoir qualifié l’Allemagne de partenaire «défaillant».

La chancelière allemande a été interrogée sur sa santé, après deux crises de tremblement en public en l’espace de quelques jours. Elle n’a pas souhaité répondre.

Angela Merkel, jusque-là réputée infatigable lors des marathons diplomatiques, n’a pas modifié son programme.

La chancelière, qui s’apprête à quitter la scène internationale, symbolise peut-être plus que tout autre dirigeant à Osaka la volonté de coopération multilatérale qui avait conduit les leaders du G20 à se réunir pour la première fois il y a 11 ans, en plein cataclysme financier.

La montée des populismes a sérieusement mis à mal cette ambition de gouvernance mondiale, en particulier sur le commerce et le climat. Agence France-Presse