Donald Trump et Kim Jong-un à l’extérieur de l’hôtel Capella, à Singapour, mardi

Trump suspend les manoeuvres militaires avec la Corée du Sud

SINGAPOUR - Le président américain Donald Trump a annoncé mardi, au terme de sa rencontre avec le dictateur nord-coréen Kim Jong-un, la suspension des manoeuvres militaires organisées annuellement par les États-Unis et la Corée du Sud.

Adoptant essentiellement la position nord-coréenne, M. Trump a déclaré que ces exercices sont une «provocation» et qu’ils sont «inappropriés» à un moment où les États-Unis et la Corée du Nord entament une nouvelle relation.

Tout près de 30 000 soldats américains sont déployés en Corée du Sud. M. Trump a dit que ces manoeuvres sont «extrêmement dispendieuses», puis il a laissé entendre que Séoul ne paie pas sa juste part de la facture. Le bureau de la présidence sud-coréenne a dit à l’Associated Pres vouloir comprendre exactement quelles sont les intentions du président.

La Corée du Sud et les États-Unis avaient toujours maintenu que ces manoeuvres étaient «essentielles» et «défensives».

M. Trump a répondu aux questions des journalistes pendant près d’une heure après sa rencontre avec M. Kim. Il a dit croire que ce dernier souhaite réellement dénucléariser la péninsule coréenne, mais qu’un deuxième sommet sera probablement nécessaire pour peaufiner le tout. Il a ensuite dit que M. Kim et lui ont parcouru plus de chemin qu’il ne l’anticipait.

Le secrétaire d’État Mike Pompeo et le conseiller à la sécurité nationale John Bolton devraient rencontrer des dirigeants nord-coréens la semaine prochaine pour poursuivre les discussions.

Le président Trump a déclaré que son vis-à-vis avait accepté de démanteler un site important d’essais de missiles en Corée du Nord, mais il n’a pas dit lequel.

Donald Trump a aussi dit qu’il avait abordé avec Kim Jong-un la question des droits de la personne, et qu’il aura à ce sujet d’autres conversations avec lui dans le futur.

Le président a ajouté que Kim Jong-un avait par ailleurs accepté de se rendre à la Maison-Blanche à une date qui n’a pas été déterminée.

Devant une série de drapeaux américains et nord-coréens en alternance, les deux hommes ont commencé leur rencontre avec une ferme poignée de main pour les photographes.

Par l’entremise de son interprète, Kim Jong-un a affirmé: «Il n’a pas été facile pour nous de venir ici. Il y avait un historique qui nous a lié les mains et de faux préjugés et des pratiques qui par moments nous voilaient les yeux et les oreilles. Nous avons surmonté tout cela, et nous sommes maintenant ici.»

Donald Trump et Kim Jong-un ont d’abord discuté brièvement seuls avec leurs interprètes.

M. Trump a affirmé que sa rencontre seul avec Kim Jong-un avait été «très, très bonne», et que les deux hommes avaient «une excellente relation». Les deux dirigeants ont discuté pendant environ 40 minutes.

Le président américain a tenu ces propos en marchant avec Kim Jong-un au balcon, alors que les deux hommes se dirigeaient vers le lieu d’une rencontre plus large avec des conseillers et des membres de leur administration.

M. Trump était accompagné par le chef de cabinet John Kelly, M. Pompeo et M. Bolton. Ils étaient tous assis de l’autre côté d’une table, devant Kim Jong-un et son équipe.

Le président a reconnu que le calendrier pour la dénucléarisation est long, mais a déclaré: «une fois que vous démarrez le processus, cela signifie que c’est à peu près fini».

Le président a admis que les renseignements américains concernant l’arsenal nucléaire nord-coréen sont limités, «probablement moins que pour n’importe quel autre pays», a-t-il dit. «Mais nous avons assez de renseignements pour savoir que ce qu’ils ont est très important».

Le document signé par les dirigeants équivaut en grande partie à un accord pour poursuivre les discussions et reprend essentiellement les déclarations et les engagements du passé. Il ne comprend pas d’accord pour mettre fin à l’état de guerre technique entre les États-Unis et la Corée du Nord.

«Paix durable et stable»

Les deux hommes promettent dans le document de «construire un régime de paix durable et stable» dans la péninsule coréenne et de rapatrier les dépouilles des prisonniers de guerre et des disparus au combat pendant la guerre de Corée.

La réunion était la première entre un président américain en poste et un chef nord-coréen.

Conscient que les yeux du monde étaient rivés sur un moment que plusieurs ne s’attendaient jamais à voir, M. Kim a dit que plusieurs penseraient que c’était une scène d’un «film de science-fiction».

Les détracteurs du sommet se sont notamment emparés de la poignée de main des dirigeants pour dire que c’était une preuve supplémentaire que M. Trump aide à légitimer M. Kim sur la scène mondiale. M. Kim a été accusé d’exactions horribles à l’endroit de son peuple.

«C’est une grande victoire pour Kim Jong-un, qui a maintenant le prestige et la propagande de rencontrer individuellement le président, tout en étant armé d’un moyen de dissuasion nucléaire», a déclaré Michael Kovrig, un spécialiste de l’Asie du Nord-Est pour le International Crisis Group à Washington.

M. Trump a répondu à de tels commentaires sur Twitter, en disant: «Le fait que j’aie une réunion est une défaite majeure pour les États-Unis, disent les ennemis et les perdants». Mais il a ajouté «nos otages» sont de retour à la maison et les essais, la recherche et les lancements ont cessé.