«Dans le monde entier, les forces de l’ombre auront compris qu’il ne faut pas grand-chose pour obtenir la tête d’un ambassadeur», a déclaré Marie Yovanovitch lors de son témoignage au Capitole, vendredi.

Trump s’attaque par tweets à l’ex-ambassadrice Yovanovitch lors de son témoignage

WASHINGTON — L’ex-ambassadrice américaine à Kiev a jugé vendredi «intimidantes» les flèches décochées à son encontre par Donald Trump au moment même où elle livrait un témoignage édifiant au Congrès dans le cadre de l’enquête en destitution qui menace le président.

Les démocrates ont dénoncé une pression sur un témoin qui pourrait alimenter le dossier d’accusation contre le président des États-Unis, déjà soupçonné d’abus de pouvoir pour avoir demandé à l’Ukraine d’enquêter sur un de ses rivaux.

«Partout où Marie Yovanovitch est passée, les choses ont mal tourné», a tweeté Donald Trump une heure après le début de l’audition de la diplomate. «Elle a débuté en Somalie, et regardez comment ça s’est terminé», a-t-il ajouté en référence au chaos dans ce pays de la Corne de l’Afrique.

Mme Yovanovitch, diplomate depuis 33 ans jouissant d’une réputation de grande intégrité, avait été rappelée en urgence à Washington en mai sur ordre du président. 

Dans ses tweets, le président a défendu «son droit absolu» de choisir ses ambassadeurs.

À la Chambre des représentants, sa salve n’est pas passée inaperçue. L’élu démocrate Adam Schiff, qui dirige l’enquête contre le président, a lu ses messages et demandé à la diplomate de réagir. Après un moment de recul, elle a pesé ses mots : «C’est très intimidant».

Lors d’une pause, Adam Schiff a dénoncé «une intimidation de témoin en direct», qui pourrait constituer une «entrave» à l’enquête.

Ce «n’était pas de l’intimidation de témoins, c’était juste l’opinion du président», a réagi la Maison-Blanche. «J’ai le droit de m’exprimer», a renchéri le président devant la presse.

Donald Trump est visé par une procédure de destitution parce qu’il a demandé le 25 juillet à son homologue ukrainien d’enquêter sur le démocrate Joe Biden, bien placé pour l’affronter lors de la présidentielle de 2020. Dans cet appel, rendu public en septembre après l’intervention d’un lanceur d’alerte, il avait cité Mme Yovanovitch. «Il va lui arriver des choses», avait-il déclaré.

«Forces de l’ombre»

«J’ai été choquée» d’entendre ça, «Cela ressemblait à une menace diffuse», a-t-elle commenté vendredi.

La diplomate, restée très digne malgré une émotion évidente, a également confié avoir été perturbée par la campagne de dénigrement menée contre elle pendant des mois par l’avocat personnel de Donald Trump, Rudy Giuliani. «Je n’ai pas compris pourquoi il m’attaquait», a-t-elle déclaré, en confiant s’être «inquiétée» de voir «le président et son fils» relayer ses attaques.

Jurant n’avoir «aucun parti-pris politique», Mme Yovanovitch a assuré que son rappel avait «porté un coup au moral» des diplomates américains à Kiev et dans l’ensemble du réseau américain.

Sans citer le secrétaire d’État Mike Pompeo, elle a critiqué les responsables du département d’État pour ne pas l’avoir défendue. «Dans le monde entier, les forces de l’ombre auront compris qu’il ne faut pas grand-chose pour obtenir la tête d’un ambassadeur», a-t-elle dit.

Après cinq heures d’audition, ponctuées par des marques de respect unanimes pour l’ancienne ambassadrice, elle a quitté la salle sous des applaudissements nourris.

Les républicains n’ont pas mis en cause son intégrité, mais ont relevé qu’elle restait employée du département d’État à un poste prestigieux dans une université.

Ils l’ont assaillie de questions sur les affaires du fils de Joe Biden en Ukraine au moment où son père était vice-président des États-Unis. Elle a reconnu que cela «pouvait ressembler à un conflit d’intérêts».

Appel compromettant

Par ailleurs, un diplomate américain a affirmé vendredi lors d’une audition à huis clos au Congrès, selon CNN, avoir entendu une conversation téléphonique prouvant potentiellement l’implication directe de Donald Trump dans les pressions exercées sur l’Ukraine afin qu’elle enquête sur l’un de ses rivaux politiques.

David Holmes, employé de l’ambassade des États-Unis à Kiev, a évoqué une conversation que l’ambassadeur américain auprès de l’Union européenne Gordon Sondland, assis auprès de lui, aurait eue avec Donald Trump depuis un restaurant de la capitale ukrainienne.

Cet échange aurait eu lieu le 26 juillet. Selon une copie de la déclaration liminaire de M. Holmes obtenue par CNN, M. Sondland aurait dit au milliardaire républicain qu’il avait M. Zelensky «dans [sa] poche».

«Est-ce qu’il va donc enquêter?», sur Joe Biden, aurait alors demandé M. Trump avant de se voir répondre que le président ukrainien était prêt à faire «tout» ce qu’il lui demandait.