Le président Donald Trump s’est adressé à la nation, exhortant le Congrès de lui accorder les 5,7 milliards $ nécessaires pour construire son mur.

Trump fait un plaidoyer pour un mur d’acier

WASHINGTON — Le président américain Donald Trump a lancé mardi soir un appel à la nation pour un financement d’un mur à la frontière avec le Mexique, cherchant à avoir le dessus sur les démocrates au Congrès en affirmant qu’il existe «une crise humanitaire, une crise du cœur et une crise de l’âme».

S’adressant à la nation depuis le bureau ovale pour la première fois, M. Trump a plaidé pour le financement souhaité de 5,7 milliards $ pour des raisons sécuritaires et humanitaires, alors qu’il cherche à faire pression sur des démocrates dans une plus grande position de force en vertu des élections de mi-mandat.

Dans le contexte de la paralysie partielle du gouvernement, qui en était à son 18e jour mardi, M. Trump a appelé les démocrates à revenir à la Maison-Blanche pour s’entretenir avec lui, affirmant qu’il est «immoral» pour «des politiciens de ne rien faire».

Le président avait évoqué l’idée de déclarer une urgence nationale pour lui permettre de contourner le Congrès et d’aller de l’avant avec la construction d’un mur à la frontière. Mais il n’a fait aucune mention d’une telle déclaration d’urgence mardi soir.

Les démocrates ont promis de bloquer le financement d’un mur. Les leaders démocrates n’ont pas tardé à répliquer quelques instants après le discours à la nation de M. Trump.

Dans une réaction également télévisée, la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, et le leader de la minorité au Sénat, Chuck Schumer, ont soutenu que M. Trump faisait appel «à la peur, et non aux faits».

M. Schumer a déclaré que les États-Unis étaient représentés par la «statue de la Liberté, et non un mur de 30 pieds».

Mme Pelosi a accusé M. Trump de «fabriquer une crise» à la frontière et l’a exhorté à «rouvrir le gouvernement».

Les leaders démocrates ont exhorté M. Trump et les républicains à «séparer» les propositions pour mettre fin à la paralysie du gouvernement fédéral de celles sur la sécurité à la frontière, pour éviter de prendre en otages les travailleurs américains.

«J’ai rencontré des familles dont les proches ont été volés par l’immigration clandestine»

Crise plus vaste

M. Trump, qui s’en prend avec force depuis longtemps à l’immigration clandestine à la frontière, a récemment puisé dans les préoccupations humanitaires pour faire valoir qu’il existe une crise plus vaste qui ne peut être résolue que par un mur en acier. Ses détracteurs affirment que les risques pour la sécurité sont exagérés et que l’administration est au moins en partie responsable de la situation humanitaire.

Mardi soir, M. Trump a fait longuement référence à des Américains tués par des gens entrés illégalement aux États-Unis : «J’ai rencontré des dizaines de familles dont les proches ont été volés par l’immigration clandestine. J’ai tenu la main de mères en pleurs et de pères affligés par le deuil. Si triste. Si terrible.»

Le président évoque souvent de tels événements, bien que des études sur plusieurs années montrent que les immigrants sont moins susceptibles de commettre des crimes que les personnes nées aux États-Unis.

Tradition murale

M. Trump a laissé entendre que d’autres personnes, y compris de riches libéraux, construisent des murs «non pas parce qu’elles détestent les gens à l’extérieur, mais parce qu’elles aiment les gens à l’intérieur».

Il avait précédemment affirmé que le Vatican et l’ancien président Barack Obama avaient construit des murs pour des raisons de sécurité. Il n’y a pas de mur autour de la maison de M. Obama à Washington.

Le président prévoit se rendre à la frontière jeudi.

Bien que le nombre de traversées illégales à la frontière soit passé de 1,6 million en 2000 à 400 000 l’an dernier, le nombre de familles arrivant à la frontière a augmenté de façon importante. La plupart de ces personnes réclament l’asile, ce qui met à l’épreuve le système d’immigration.

La paralysie partielle du gouvernement est déjà la deuxième plus longue de l’histoire des États-Unis. Et avec aucune fin en vue, l’habileté autoproclamée du président à conclure des ententes soulève des doutes.

Les dirigeants de l’Association nationale des gouverneurs ont rendu publique mardi une lettre envoyée la veille à Donald Trump et aux dirigeants du Congrès. L’organisation non partisane les a appelés à «rouvrir» le gouvernement, affirmant que «la paralysie ne devrait pas être une tactique de négociation».