Le président américain Donald Trump
Le président américain Donald Trump

Trump estime que ses propos retirés par Facebook et Twitter étaient «parfaits»

Agence France-Presse
Ivan Couronne
Agence France-Presse
WASHINGTON — Le président américain Donald Trump a dit jeudi que ses propos sur les enfants et la COVID-19, retirés la veille par Facebook et Twitter, étaient «parfaits».

Il a affirmé dans l’émission de radio du conservateur Geraldo Rivera avoir dressé «un constat parfait, un constat sur la jeunesse».

Facebook a retiré mercredi soir pour la première fois une vidéo de la page du président des États-Unis pour avoir «violé le règlement sur la désinformation dangereuse » autour de la pandémie de COVID-19.

La vidéo montrait le milliardaire républicain expliquant lors d’un entretien sur la chaîne Fox News que les enfants étaient «presque totalement» immunisés, de par leur âge, contre le nouveau coronavirus.

Twitter a également momentanément interdit à l’équipe de campagne de Donald Trump de tweeter tant qu’elle ne retirait pas un message contenant la même vidéo.   

Des études ont montré que les jeunes enfants, bien que moins vulnérables que les adultes, peuvent tout de même attraper et transmettre la maladie.  

Le président défend vivement la réouverture des écoles aux États-Unis afin de remettre le pays sur les rails à l’approche de l’élection présidentielle du 3 novembre.  

«Tous les médecins disent la même chose que moi. Enfin, peut-être pas tous, certains diront autre chose», a-t-il dit dans l’émission de radio, accusant une nouvelle fois les réseaux sociaux de vouloir museler les voix conservatrices.

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CE QU’ON SAIT ET CE QU’ON IGNORE

Des propos de Donald Trump, selon lesquels les enfants sont «presque immunisés» contre la COVID-19 et leur système immunitaire est «bien plus fort contre ça», ont conduit Facebook à censurer la vidéo pour désinformation.

Le terme de «presque immunisé» est vague, du point de vue scientifique. Ce que les études ont confirmé depuis le début de la pandémie est que les enfants risquent peu de tomber gravement malades de la COVID-19, et sont probablement moins susceptibles d’être contaminés.

Mais aucun consensus n’existe sur la question — cruciale à l’heure de la rentrée des classes — de leur contagiosité, une fois qu’ils ont contracté le virus, même s’ils n’ont pas de symptômes.

Ce que l’on sait: les enfants tombent rarement très malades

Les moins de 18 ans représentent environ 2% des hospitalisations et bien moins de 0,1% des décès liés à la COVID-19 aux États-Unis, selon les Centres de lutte contre les maladies (CDC), alors qu’ils représentent 22 % de la population.

45 décès d’enfants ont été attribués au coronavirus depuis février aux États-Unis — contre 105 pour la grippe saisonnière, et 13 000 morts de toutes causes dans cette classe d’âge.

Une étude, réalisée en Chine au début de la pandémie sur 2143 cas, montre que 94 % des enfants n’avaient aucun symptôme ou des symptômes bénins ou modérés (infection des poumons, fièvre, toux, mais pas d’essoufflement).

Les enfants qui tombent gravement malades semblent souvent avoir des antécédents médicaux. Ainsi à Chicago, les 10 enfants hospitalisés en mars et avril avaient tous des pathologies existantes ou une co-infection.

Tout cela ne veut pas dire qu’ils sont immunisés, comme l’apparition d’une maladie inflammatoire grave, mais très rare, l’a révélé.

Un millier de cas de ce nouveau «syndrome inflammatoire multisystémique» ont été recensés chez des enfants dans le monde, avec 2 % de mortalité. Six enfants en sont morts aux États-Unis, selon les CDC.

Ce qui est moins certain: les enfants sont-ils moins infectés?

S’il y a moins d’enfants malades, est-ce parce que leur organisme lutte mieux contre l’infection, ou parce qu’ils contractent moins le coronavirus? On ne peut pas se fier au nombre officiel de cas pour connaître le vrai nombre d’enfants infectés, car les tests ont priorisé les malades avec symptômes, où les enfants sont sous-représentés.

Mais plusieurs études de qualité font pencher la balance en faveur de la deuxième hypothèse: le virus semble moins infecter les enfants, surtout les moins de 10 ans.

Des campagnes de tests, en Islande, en Espagne, à Genève ou dans le village de Vo en Italie, ont recruté des échantillons représentatifs de la population pour voir le taux de personnes contaminées ou ayant développé des anticorps au coronavirus: les enfants y étaient proportionnellement moins touchés que les adultes.

Mais la communauté scientifique n’a pas encore atteint de consensus. Aux États-Unis, une étude a été lancée en mai sur 2000 familles pour connaître l’incidence réelle de la COVID-19 sur les enfants.

«Nous devrions avoir des réponses, avec une bonne étude, d’ici la fin décembre 2020», a dit récemment Anthony Fauci, directeur de l’Institut national des maladies infectieuses.

Ce que l’on ignore: les enfants sont-ils moins contagieux?

C’est la question la plus pressante à l’approche de la rentrée. Si les enfants, même peu ou pas symptomatiques, sont aussi contagieux que les adultes, alors ils peuvent être des vecteurs redoutables et contaminer enseignants, chauffeurs de bus, familles...

Mais évaluer la contagiosité d’une personne n’est pas simple.

Une première méthode consiste à regarder la charge virale, soit la concentration de virus. Une étude sur 145 enfants à Chicago a montré que les enfants de moins de 5 ans avaient 10 à 100 fois plus de particules virales dans le nez, comparé aux enfants plus âgés et aux adultes. Potentiellement, cela voudrait dire qu’ils expulsent plus de virus à chaque respiration et contaminent plus de gens autour d’eux, mais si c’est établi pour d’autres virus, ce n’est pas clair pour le nouveau coronavirus.

L’autre méthode est épidémiologique.

D’une part, des clusters spectaculaires ont éclaté dans un camp de vacances en Géorgie aux États-Unis, ou dans une école de Jérusalem et d’autres en Israël, montrant que le virus peut circuler activement entre jeunes.

Mais à l’inverse, une grande étude en Corée du Sud, et d’autres, ont montré que les enfants, surtout les plus jeunes, contaminaient rarement leurs proches. L’un des premiers foyers en France, parti d’un chalet en Haute-Savoie, est passé par un enfant de neuf ans qui, malgré 172 contacts, n’a contaminé personne.

Nombre d’experts appellent aussi à distinguer les enfants très jeunes des adolescents, ces derniers semblant s’assimiler plus aux adultes.

Enfin, une hypothèse est étudiée par les immunologues: et si les quatre coronavirus humains communs qui causent des rhumes procuraient une immunité contre le nouveau coronavirus? Les enfants étant souvent enrhumés, cela expliquerait qu’ils soient relativement épargnés par la pandémie. Mais là encore, cela reste à prouver.