Le passage de la puissante tempête tropicale Tembin a provoqué des inondations dans le sud des Philippines. Samedi soir, le dernier bilan faisait été de 182 morts, nombre qui pourrait augmenter car plus de 150 personnes sont toujours portées disparues.

Tempête et feu endeuillent les Philippines

MANILLE ET DAVAO – Près de 200 personnes ont trouvé la mort et 70 000 ont été déplacées au cours du passage de la tempête tropicale Tembin, qui balaie depuis vendredi le sud des Philippines, touchant notamment l’île de Mindanao.

Un nouveau bilan officiel faisait état samedi de 182 morts contre 133 dans le précédent. En outre, les secours étaient encore à la recherche de 153 disparus.

Selon un communiqué de la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, 70 000 personnes ont été déplacées, dont 50 000 ont trouvé refuge dans des centres d’évacuation.

La plupart des corps ont été récupérés samedi dans les eaux en crue de la Salog, une rivière de Mindanao, où Tembin a provoqué inondations soudaines et glissements de terrain.

Un homme a été tué par un crocodile dans l’ouest de l’archipel, sur l’île de Palawan, pendant qu’il amarrait solidement son embarcation en raison de l’arrivée de la tempête, a annoncé la police.

Selon un responsable de la police de la ville de Sapad interrogé par l’AFP, Rando Salvacion, les corps repêchés dans la Salog provenaient de la localité de Salvador, en amont.

Par ailleurs, a ajouté la police, 19 personnes ont péri dans le village montagneux de Dalama, près de la ville de Tubod.

«La rivière s’est mise à grossir et la plupart des maisons [de Dalama] ont été emportées. Le village n’existe plus», a déclaré à l’AFP Gerry Parami, de la police de Tubod, joint au téléphone.

Policiers, soldats et volontaires s’activent à l’aide de pelles pour tenter de retrouver des corps ensevelis sous la boue et déblayer les gravats dans ce village agricole de quelque 2000 âmes, a encore dit Gerry Parami.

Sapad, Salvador et Tubod se situent dans la province de Lanao del Norte, dans le nord-ouest de Mindanao, l’une des plus touchées par Tembin.

«Les gens ont été amplement mis en garde. Mais comme nous sommes rarement atteints par des typhons, les riverains des cours d’eau ne nous ont pas pris au sérieux», s’est désolé le responsable de la police de Salvador, Wilson Mislores.

Les Philippines sont frappées chaque année par une vingtaine de typhons et de tempêtes, mais Mindanao, la grande île du sud qui compte quelque 20 millions d’habitants, est en effet généralement épargnée.

Secours difficiles

Ailleurs, des rochers et de la boue emportés par les inondations ont enseveli quarante demeures dans la ville de Piagapo, provoquant la mort d’au moins dix personnes, a déclaré un représentant de la défense civile de la province de Lanao del Sur, Saripada Pacasum.

«Nous avons dépêché des secours, mais leur progression est lente en raison de la présence des rochers», a-t-il poursuivi.

La tempête a aussi causé des coupures d’électricité et des communications.

Les inquiétudes étaient particulièrement vives pour la péninsule de Zamboanga, également sur Mindanao, où, selon la télévision, trois localités au moins ont été la proie des inondations.

Le nombre des morts s’y établit à 28, a dit la police, faisant en outre état de 81 disparus, à la suite de torrents de boue et d’éboulements de rochers dans des localités côtières, comme Sibuco.

«Il est possible qu’ils aient négligé les avertissements des autorités» sur les risques d’inondations, a expliqué le maire de Sibuco, Norbideiri Edding, à la radio de Manille DZMM.

Romina Marasigan, la porte-parole du Conseil national chargé de ce type de catastrophes, a évoqué une situation «redoutablement difficile».

Tembin a frappé moins d’une semaine après le passage d’une autre tempête tropicale, Kai-Tak, qui a dévasté le centre des Philippines, y faisant 54 morts et 24 disparus.

Une centaine de personnes avaient péri en juillet 2014 au moment du passage du typhon Rammasun («Dieu du tonnerre» en thaïlandais), en dépit de l’évacuation massive de près de 400 000 personnes. Il avait aussi touché la Chine et le Viêt-nam.

Haiyan enfin, l’un des typhons les plus violents à avoir jamais touché terre, avait frappé les îles du centre des Philippines en novembre 2013, avec des vents dépassant les 315 km/h. Des vagues géantes, semblables à celles d’un tsunami, avaient tout dévasté sur leur passage. La catastrophe fait plus de 7350 morts ou disparus et privé de logement plus de quatre millions d’habitants.

***

LE FEU S’EN MÊLE

Pour ajouter aux malheurs des Philippins à l’approche de la période des Fêtes, 37 personnes ont probablement péri dans un incendie survenu dans un centre commercial à Davao, la grande ville du sud des Philippines, région déjà touchée par une tempête meurtrière, a annoncé dimanche son maire adjoint.

Paolo Duterte, maire adjoint de Davao et fils du président philippin Rodrigo Duterte, a écrit sur Facebook que les chances que ces 37 personnes aient survécu au sinistre étaient égales à zéro, citant le responsable sur place de la protection contre les incendies.

Davao, située à environ 1000 km de Manille, sur l’île de Mindanao, est la plus grande ville du sud des Philippines et compte 1,5 million d’habitants.

Le feu a pris samedi matin dans l’immeuble du NCCC Mall, haut de quatre étages, prenant au piège la foule, y compris dans un centre d’appels téléphoniques au dernier étage, a indiqué à l’AFP Ralph Canoy, un policier du district.

En plus des ravages de l'eau, le feu a fait des siennes dans le sud des Philippines, à Davao, plus grand ville du pays, où au moins 37 personnes ont perdu la vie dans l'incendie de ce centre commercial.

Selon lui, l’incendie se poursuivait aux premières heures de l’aube.

«Le feu a pris au troisième étage, qui abritait des produits comme du textile, des meubles en bois et des marchandises en plastique, donc les flammes se sont propagées rapidement et cela prend beaucoup de temps pour les éteindre», a-t-il indiqué.

Les enquêteurs pensent que plusieurs victimes ont trouvé la mort dans le centre d’appels, ouvert 24 heures sur 24, a ajouté le policier.

Le président sur place

Le président Duterte, qui a été maire de Davao pendant près de deux décennies et continue d’y habiter, s’est rendu dans le centre commercial samedi soir pour réconforter les proches des victimes, a indiqué à l’AFP un de ses collaborateurs.

Les sinistres meurtriers ne sont pas rares aux Philippines, notamment dans les zones de bidonvilles où aucune réglementation anti-incendie n’est appliquée.

D’autres incendies ont eu lieu dans des usines dépourvues d’équipements de sécurité ou n’appliquant pas les normes de sécurité. En 2015, 72 personnes avaient trouvé la mort dans l’incendie d’une usine de chaussures de Manille, les survivants accusant la direction d’avoir installé des barreaux aux fenêtres, empêchant toute évacuation.

Le plus meurtrier des incendies est survenu en 1996 dans une boîte de nuit de Manille, faisant 162 morts.