Le nombre d’accidents survenus en 2018 en zones urbaines et péri-urbaines de Mexico a atteint 365 167, en légère baisse par rapport à 2017, selon des données de l’Institut national des statistiques (INEGI). Ces mêmes accidents ont fait 4227 tués et 89 191 blessés, une légère baisse aussi par rapport à 2017.

Sur la route à Mexico, un seul défi: survivre

MEXICO — La scène paraît dantesque : à un carrefour de Mexico, des policiers sifflent sans discontinuer en levant les bras au ciel pour stopper le flux des voitures. Sans succès. Par dizaines, elles passent en force.

Au même moment, sur l’axe perpendiculaire, d’autres véhicules s’engagent aussi. En quelques secondes, le chaos s’installe sur l’avenue Chapultepec, dans le centre de la capitale mexicaine.

«C’est une horreur», lâche Ruben Esposito, la trentaine, en rentrant sa tête dans les épaules, «personne ne s’arrête pour personne. Celui qui peut passer, passe».

Son amie, Regina Serratos, confirme : «Les policiers ne savent pas qui faire avancer [...] Il faut clairement être en alerte. Les voitures grillent les feux et ne respectent pas les clous».

À quelques enjambées, les contrevenants zigzaguent, évitent de justesse des piétons téméraires, bien que dans leur droit, et qui sont contraints de s’enfuir en courant afin de ne pas être heurtés.

Des dizaines d’autres voitures freinent brutalement, le tout dans une assourdissante cacophonie de klaxons et de crissements de pneus sur du bitume par endroits très dégradé.

Quant aux innombrables cyclistes, ils tentent avec peine de rester en vie, de même que les usagers de trottinettes électriques et de planches à roulettes à moteur.

Un jour comme un autre à Mexico. Comme par miracle, sous le soleil de ce matin de novembre, il n’y aura aucun tué ou blessé. À proximité, d’autres agents ont observé la scène, impassibles. Personne ne sera verbalisé.

«Les policiers sifflent et tout le monde s’en fiche. Les pouvoirs publics sont perçus comme corrompus. Personne ne les respecte», confie à l’AFP un haut fonctionnaire municipal anonyme.

«Le plus souvent, les automobilistes ne savent pas pourquoi on les siffle», ajoute-t-il.

Et pour cause. À Mexico, comme dans plusieurs États de la Fédération mexicaine, le permis de conduire ne se passe pas obligatoirement, mais s’achète. Une pièce d’identité, un justificatif de domicile et le versement de 754 pesos (50 $) suffisent.

Même chose pour les motos.

Autre explication à ce chaos : la tâche des policiers a été définie par le ministère de la Sécurité afin de fluidifier le trafic, pas de protéger piétons et cyclistes.

«Les vélos et les trottinettes? C’est comme les motos. Une plaie. Parfois j’essaie d’y faire attention, parfois non», avoue à peine honteux José-Carlos Mendoza, 59 ans, au volant de son taxi, une Chevrolet qu’il martyrise à coups d’accélérations brutales.

Sans parler du temps perdu. La chaine de télévision Imagen, qui classe Mexico comme «la pire ville au monde en terme de trafic», a évalué à 59 minutes le temps perdu chaque jour par un automobiliste, soit près de deux semaines par an.

Un reportage d’un architecte mexicain YouTuber «Sinueton», suivi par près de 250 000 abonnés, dresse lui aussi un sombre tableau. On y explique que les cités dortoirs de la périphérie de la métropole de plus de 20 millions d’habitants obligent à l’usage de la voiture.

Des mesures sont mises en place peu à peu. Des caméras de sociétés privées fixées à certains carrefours pour collecter des amendes ont été remplacées par un programme officiel : «Foto-Civicas 2019».

«Les clichés permettent des sanctions fondées sur des travaux d’intérêt général», explique à l’AFP Nadjeli Babinet, une responsable du secrétariat des Transports de Mexico.

«Pouvoir absolu»

Un plan est annoncé pour 2024 afin de mieux protéger tous les usagers de la route sans exception, selon plusieurs médias mexicains.

«La plupart du temps, les automobilistes n’ont pas le sentiment de mal agir, observe Nadjeli Babinet. Ils sont habitués à l’idée d’avoir le pouvoir absolu. Nous essayons de changer cette culture de la rue.»

«De plus, au Mexique, l’usage est de ne rien dire. Agression de femmes ou feu rouge grillé, c’est pareil. Les témoins ne réagissent jamais. Ils ont peur et ne savent pas comment réagir», estime la responsable.

Les chiffres des accidents de la route au Mexique sont édifiants.

Le nombre d’accidents survenus en 2018 en zones urbaines et péri-urbaines a atteint 365 167, en légère baisse par rapport à 2017, selon des données de l’Institut national des statistiques (INEGI). Ces mêmes accidents ont fait 4227 tués et 89 191 blessés, une légère baisse aussi par rapport à 2017.