Des clients se cognent à des portes closes dans un Starbucks en Californie. L'entreprise a fermé, mardi, près de 8000 établissements américains pour sensibiliser ses employés au racisme.

Starbucks ferme pour une formation anti-racisme

NEW YORK — Un documentaire sur l’histoire des Noirs américains, un message enregistré par un rappeur et un partage d’expériences sur les préjugés quotidiens : la chaîne de cafés Starbucks a fermé mardi les portes de quelque 8000 établissements américains pour sensibiliser ses employés au racisme, une première suivie de près aux États-Unis, sur fond de tensions raciales exacerbées.

L’initiative de Starbucks, qui devait mobiliser, quatre heures durant, quelque 175 000 employés, avait été annoncée le 17 avril par les dirigeants de la chaîne, après l’indignation suscitée par l’arrestation de deux jeunes Noirs dans un de ses cafés de Philadelphie.

Une arrestation au seul motif que les deux hommes avaient demandé à utiliser les toilettes, en attendant l’arrivée d’une connaissance pour consommer. L’incident avait été capturé sur téléphone intelligent et largement diffusé sur les réseaux sociaux, entraînant des manifestations avec la menace d’un boycott pour la chaîne de Seattle, qui revendique 100 millions de clients par semaine à travers le monde.

Dès mardi matin, des affichettes sur les portes des Starbucks annonçaient aux clients la fermeture des magasins. Et peu avant l’heure prévue de la fermeture, à partir de 14h, certains habitués se dépêchaient de se ravitailler en caféine pour l’après-midi, souvent favorables à l’initiative de la chaîne.

«Je trouve que c’est une super décision, socialement responsable, de la part de Starbucks d’éduquer ses employés», a indiqué Mario DeSimone, jeune financier de 24 ans, dans un Starbucks au cœur de Manhattan. «Ça en dit long sur l’entreprise qu’elle prenne une telle mesure».

«Si c’est sincère et plus qu’une opération de communication, c’est une bonne chose», a aussi estimé Devon Smith, dans un Starbucks situé non loin de la Maison-Blanche, à Washington.

La direction de Starbucks, cotée au Nasdaq, a refusé que les médias assistent en direct à la formation, mais ses dirigeants en ont révélé les grandes lignes.

Hormis une séance de partage d’expériences, les employés devaient visionner un film du réalisateur noir reconnu Stanley Nelson sur l’histoire des Noirs et des discriminations infligées dans les lieux publics, un message du rappeur Common, et des messages des dirigeants de Starbucks, Kevin Johnson et Howard Schultz.

«Établir l’empathie»

«Toute la direction de Starbucks a suivi la formation la semaine dernière», a déclaré M. Schultz mardi sur CNN. «L’idée est de se mettre dans la peau des gens de couleur, comprendre que le biais racial existe, le biais racial inconscient existe. Et de voir ce qu’on peut faire en tant qu’entreprise pour créer des références pour établir l’empathie, la compassion et un environnement accueillant pour tout le monde».

La fermeture des 8000 établissements pourrait se traduire par un manque à gagner évalué entre 8 et 12 millions de dollars pour la société, selon diverses estimations.

Si d’autres formations contre le racisme ont été engagées ailleurs - notamment par la compagnie aérienne American Airlines ou la chaîne de grands magasins Target - jamais une entreprise ne l’avait fait aussi publiquement.

Une publicité qui a mis Starbucks sous pression de soigner sa formation, et de servir d’exemple à d’autres entreprises, dans un contexte de tensions raciales exacerbées depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump.

Pour préparer cette formation, Starbucks a sollicité les conseils de dirigeants noirs connus - comme Sherrilyn Ifill, présidente du Legal Defense and Educational Fund, émanation de la puissante organisation de défense de la cause des Noirs NAACP, ou Heather McGhee, présidente de l’association Demos, qui lutte contre les discriminations.

«Nous avons dit clairement que nous n’allions pas valider aveuglément leur programme si nous ne pensions pas qu’il puisse tenir ses promesses», a insisté Heather McGhee, en ajoutant qu’un rapport serait publié en juin sur les suites à donner à cette formation.

Car tous les spécialistes soulignent que, quelle que soit la bonne volonté de Starbucks, les préjugés racistes ne disparaîtront pas en quelques heures.

«Nous savons bien que quatre heures de formation ne vont pas résoudre le problème de l’iniquité raciale aux États-Unis (...) mais nous devons lancer la discussion», a reconnu M. Schultz mardi. «Nous sommes profondément décidés à suivre ce long chemin», et «allons étendre cette formation au monde entier», a-t-il ajouté, alors que la chaîne compte désormais quelque 25 000 antennes dans 70 pays.